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Taux d’intérêt: Une baisse inattendue

Gilane Magdi, Mardi, 24 mars 2020

Taux d’intérêt: Une baisse inattendue

Dans une mesure inattendue, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) a baissé les taux d’intérêt directeurs sur les dépôts et les crédits de 3%, pour se situer respective­ment à 9,25% et à 9,75% contre 12,25% et 12,75% auparavant. « La décision de réduire les taux d’intérêt est exceptionnelle et vise à soutenir l’activité économique dans tous les secteurs, en tenant compte des prévi­sions sur le taux d’inflation. Ce der­nier doit atteindre 9% au cours du 4e trimestre de l’année 2020 », a indiqué le comité des politiques monétaires de la BCE, qui a tenu une réunion exceptionnelle, le 16 mars. Les deux banques publiques (la Banque Nationale d’Egypte et la Banque Misr) ont vite annoncé, au lendemain de la décision de la BCE, l’émission de nouveaux certificats d’épargne d’une durée d’un an avec un taux d’intérêt de 15%. Ce taux d’intérêt, dont le rendement sera versé chaque mois, est le plus élevé actuellement sur le marché. « Le certificat est désormais disponible, et ce, dans le cadre des mesures prises par les deux banques pour soutenir les ménages », a déclaré le vice-président de la Banque Misr, Akef Al-Maghrabi. Les deux banques ont aussi annoncé avoir gardé les taux d’intérêt sur les certi­ficats d’épargne de trois ans à 12 % et d’avoir réduit les dépôts à rende­ment variable de 12,25% à 9,25%. Quant aux autres banques, elles ont annoncé une baisse de leurs taux d’intérêt sur les dépôts et les comptes d’épargne comprise entre 1,5 et 3 %, et sur les emprunts de 3%. Par exemple, la Banque de développe­ment industriel a baissé les intérêts sur les dépôts à rendement fixe et sur les comptes d’épargne de 1,5% seu­lement.

La députée et économiste, Pacinthe Fahmy, a critiqué la baisse des taux d’intérêt de 3% à cause de son impact sur les familles. Elle a en revanche salué l’émission de nou­veaux certificats par les deux banques publiques. « La baisse des taux d’in­térêt de 3% n’est sans doute pas favorable aux dépositaires, qui sont les premiers perdants de cette déci­sion. Ces derniers seront vraiment choqués par la chute de leurs rende­ments mensuels et seront incapables de satisfaire leurs besoins essen­tiels », déclare Pacinthe Fahmy à l’Hebdo. Et d’ajouter que les nou­veaux certificats peuvent compenser une partie des pertes. Le Centre égyptien des études économiques a aussi insisté sur l’impact négatif de la baisse des taux d’intérêt sur les familles « qui représentent une large catégorie des clients bancaires. Elles sont vraiment menacées dans les conditions actuelles, car les entre­prises ont baissé le nombre de leurs employés pour limiter l’expansion de la pandémie de coronavirus dans le pays », souligne le centre à l’Hebdo.

Les bénéficiaires de la baisse

Malgré l’effet défavorable pour les familles, l’impact de cette décision sera sans doute positif sur le coût de l’endettement gouvernemental et l’investissement local. C’est ce qu’a affirmé le président du Comité des banques au sein de l’Association des hommes d’affaires, Hassan Hussein. Il salue la décision de baisser les taux d’intérêt bancaires la décrivant d’au­dacieuse. « Il s’agit de la plus impor­tante baisse de taux d’intérêt dans l’histoire de la BCE », a-t-il affirmé dans un communiqué envoyé à l’Hebdo par courrier électronique. Il explique que cette décision vise à réaliser plusieurs objectifs: le pre­mier est de réduire le service de la dette gouvernementale, ce qui se reflètera positivement sur le budget.

Dans une première réaction à la décision de la BCE, les intérêts sur les titres de l’endettement gouverne­mental (bons du Trésor) ont baissé de 1,02%, passant de 14,31% à 13,29 %. Pacinthe Fahmy met en garde cependant contre l’impact de cette réduction sur l’investissement étranger dans les titres gouverne­mentaux en raison de la baisse des taux intérêt. Mais Radwa Al-Swaify, présidente du département des recherches auprès de la banque d’in­vestissement Pharos, nie un tel impact. « Dans les moments d’incer­titude, les instruments à revenus fixes sortent du marché sans aucune considération pour les taux d’inté­rêt, et puis, il faut savoir que la décision de réduire les taux d’intérêt n’affecte pas l’investissement dans la dette, car le taux d’intérêt en Egypte reste le plus élevé par rap­port aux autres marchés », explique-t-elle.

Le deuxième objectif, selon Hassan Hussein, est de « fournir à l’Etat des liquidités financières pour répondre aux mesures écono­miques et financières annoncées par le président de la République, afin de lutter contre le coronavirus et soutenir tous les secteurs du pays », clarifie-t-il, en expliquant que cette réduction audacieuse donne aux entreprises la capacité financière de faire face à la situation imprévue due au coronavirus. « De même, elle envoie un message ras­surant au marché qu’il existe une complémentarité et une harmonie entre les décisions du président, du gouvernement et de la BCE », ren­chérit-il.

Pour minimiser les effets du coro­navirus sur les secteurs-clés, la BCE a baissé les taux d’intérêt et a lancé plusieurs initiatives de soutien aux secteurs industriel et de financement immobilier, déclare une source de la BCE préférant garder l’anonymat. Et d’ajouter que la BCE va compenser les banques en leur versant la diffé­rence entre les anciens et les nou­veaux taux d’intérêt.

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