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Femmes : Acquis et aspirations

Mardi, 17 mars 2020

La Journée de la femme égyptienne, célébrée le 16 mars, intervient cette année au moment où la femme commence à consolider ses acquis et continue de réaliser des progrès en matière d’autonomisation politique et économique. Mais beaucoup reste à faire. Bilan.

Femmes : Acquis et aspirations

Par Dr Ghada Helmi Ahmad*

En Egypte comme dans le monde entier, le mois de mars représente le mois de la femme par excellence. Le 8 mars, le monde célèbre la Journée internationale des femmes qui correspond à la tenue du premier congrès de l’Union féminine démocratique internationale. Le 16, l’Egypte célèbre la Journée de la femme égyptienne qui correspond à la mémoire de la lutte de la femme égyptienne pour l’indépendance. Ce jour-là en 1919, des manifestantes égyptiennes dirigées par Hoda Chaarawi ont trouvé la mort sous les tirs des soldats britanniques. Ce même jour en 1923, a été créée la première union féminine égyptienne et en 1956, la femme égyptienne a obtenu le droit de vote, de candidature et de l’exercice de tous les droits politiques. Enfin, le mois de mars se clôt par la Fête des mères le 21 mars, qui est l’expression de la profonde gratitude pour le rôle de la mère dans la vie de chacun de nous.

Au cours des 5 dernières années, l’Egypte a connu une grande avancée dans le domaine de l’autonomisation de la femme grâce à une administration politique qui soutient les causes de la femme et qui traduit ses droits en lois, stratégies et programmes exécutifs inscrits dans « la stratégie de l’autonomisation de la femme 2030 ». Cette stratégie vise à augmenter le taux des femmes dans les postes publics de 5 % à 17 % en 2030, l’abolition de la discrimination contre la femme dans l’accès aux postes de direction dans les institutions exécutives et juridiques ainsi que la formation de la femme pour réussir dans ces postes.

10 ministres, 90 députées : Une présence politique remarquable

La femme égyptienne participe aux ONG concernées par la vie publique et politique ainsi que dans les partis où elle exerce un rôle influent. Elle participe aussi avec force dans les syndicats professionnels et ouvriers et elle est devenue présidente de certains syndicats par élection. Selon les statistiques de 2016, la femme participe avec un taux de 60,7 % dans les syndicats des professions sociales et avec un taux de 45,3 % dans les syndicats des professions éducatives.

Cependant, l’un des principaux acquis politiques de la femme est l’amendement de l’article 102 de la Constitution de 2014 qui vise à ancrer la représentation de la femme au parlement, lui garantissant un taux de 25 % des sièges parlementaires. Par ailleurs, l’approbation par le Conseil des députés de la loi de l’organisation du Conseil national de la femme représente une activation du texte de l’article 214. C’est ainsi que la femme détient 20 % des sièges ministériels du gouvernement et a été nommée gouverneure pour la première fois. En effet, en 2017, « l’année de l’autonomisation de la femme », l’ingénieure Nadia Abdou a obtenu le poste de gouverneure de Béheira pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte. Cette réalisation historique de la femme a ouvert grand la porte à d’autres femmes pour accéder à de hauts postes. De même, la représentation parlementaire de la femme depuis 2016 est sans précédent. Le parlement actuel regroupe 90 députées. La plus grande représentation féminine dans l’histoire parlementaire égyptienne qui lui a valu une place avancée sur la liste des parlements qui possèdent une grande représentation féminine. 10 femmes sont ministres dans le gouvernement actuel pour la première dans l’histoire de l’Egypte. Bien plus, le taux de représentation de la femme dans le programme présidentiel pour la formation des jeunes à la direction a dernièrement atteint 57 % et le nombre de femmes dans l’appareil administratif de l’Etat, 44,5 %. Ce taux a même dépassé les 50 % dans certains gouvernorats, notamment à Suez où il atteint les 69 %.

Succès législatifs

La loi du service civil n° 81 pour l’année 2016 est considérée comme l’un des plus importants acquis juridiques dernièrement réalisés. En effet, l’Etat tente de réaliser l’équité, la protection et l’autonomisation pour toutes les femmes égyptiennes. Plusieurs lois ont été adoptées à cet effet. Une législation a été émise pour la criminalisation de la mutilation génitale féminine et des agressions sexuelles verbales. Le parlement a également adopté une loi relative à l’organisation des travaux du Conseil national de la femme ainsi que des amendements pour l’intérêt de la femme dans le projet de loi sur le statut personnel (code civil), un projet de loi pour la protection de la femme contre la violence, un projet de loi pour la lutte contre le mariage des mineures et un projet de loi pour l’amendement de certaines clauses de la tutelle sur l’argent. Sans oublier la révision de certains textes discriminatoires dans les lois égyptiennes comme la peine de l’adultère dans le code pénal égyptien et la limitation du travail de la femme dans des secteurs.

D’autres lois ont également été adoptées pour la criminalisation de la privation de la femme de son héritage comme la loi n° 219 pour l’année 2017 qui criminalise l’abstention intentionnée de remettre l’héritage à qui de droit ou de cacher les documents qui confirme les droits d’héritage. Sans oublier la loi amendée du Conseil de députés et l’amendement de certaines clauses de l’organisation des prisons en 2015 pour garantir les droits de maternité des femmes emprisonnées et la loi des personnes handicapées qui a réalisé d’énormes gains pour les femmes handicapées ou celles qui ont des enfants handicapés.

Vers une autonomisation économique

Reste le côté économique. La participation de la femme dans le marché du travail sur fond de principe égalitaire entre les sexes consolide certes les opportunités économiques de croissance. Par conséquent, ceci se reflète sur la hausse du PIB des différents Etats avec des variations. L’Egypte est l’un des pays ayant mis au point un plan national pour le développement durable, la Vision de l’Egypte 2030, dans lequel une part est consacrée à la promotion des opportunités économiques de la femme. La femme se trouve donc au centre de cette vision parallèle à la stratégie nationale de l’autonomisation de la femme 2030 qui a abordé dans les détails les facteurs qui entravent son essor économique et le développement de ses capacités. L’objectif de l’étude de ces lacunes est de permettre l’ouverture de nouvelles opportunités d’emploi, donner plus de poids à sa force dans le marché du travail pour la mettre sur un pied d’égalité avec l’homme dans tous les secteurs, y compris le privé et l’entreprenariat. Dans ce contexte, l’un des mécanismes-clés de la stratégie étatique est le secteur des Petites et Moyennes Entreprises (PME) qui s’avère être un espace pour l’action de toutes les femmes productives originaires de tous les gouvernorats.

Parmi les exemples des acquis économiques de la femme : l’augmentation de la représentation des femmes dans les institutions et les fonctions gouvernementales.

La femme en Egypte occupe 45 % de la totalité des fonctions gouvernementales à l’heure où la moyenne mondiale est de 32 %. Le déclenchement des capacités d’innovation et de production de la femme est une valeur ajoutée à la réalisation du développement durable. L’Egypte a accueilli pour la première fois la 26e session du Forum économique mondial de la femme sous le parrainage du président de la République, Abdel-Fattah Al-Sissi. 700 femmes businesswomen et entrepreneures venues de 75 Etats ont signé présent avec la participation de 6 ministres égyptiennes. Le forum a mis l’accent sur la nécessité d’accorder à la femme une autonomie économique qui injecterait environ 28 trillions de dollars à l’économie mondiale.

Des défis, tout de même

Pourtant, les défis face à l’autonomisation économique de la femme sont toujours nombreux. Avec les réussites réalisées dans les dernières années dans le domaine économique, il existe toujours une conscience que de nombreux défis sont à réaliser et que l’Etat oeuvre à liquider. Comme en premier lieu, de donner un plus grand intérêt à la participation de la femme à la force du travail pour atteindre 35 % d’ici 2030 et ceci se fera en déployant des efforts pour rabaisser le taux de chômage auprès des femmes. Un autre défi est d’ordre culturel avec la prédominance des traditions et des coutumes qui renforcent le regard négatif porté à la femme. La privation de l’enseignement demeure également un challenge de taille, ainsi que la privation de l’héritage. Ajoutons à toute cette liste le mariage des adolescentes qui impacte dangereusement l’état de santé et psychologique de la fille. Le phénomène de l’excision continue d’inquiéter ainsi que le harcèlement sexuel.

Pour que la femme puisse jouir d’un statut équitable, il est fondamental d’étudier les moyens susceptibles de réaliser une réelle autonomisation économique dans le marché du travail et de faire de l’environnement du marché un contexte favorable à son élan. Il faut l’encourager à se transformer au secteur formel dans les secteurs non traditionnels qui assouviraient ses ambitions. L’inclusion financière et les compétences technologiques sont donc des atouts qu’elle se doit d’acquérir pour mieux l’équiper à guider ses petits projets.

Enfin, la femme doit être conscientisée sur les législations et les lois taillées à la protéger de toutes sortes de violence morale ou physique, surtout celles qui se trouvent exposées à un mariage précoce, c’est-à-dire avant l’âge juridique. Elle doit être sensibilisée à d’autres formes de violence comme la privation de l’enseignement et des pensions qu’elle est censée percevoir à l’heure du divorce. Un autre phénomène, celui des femmes endettées, doit être minutieusement étudié. Pour le contrer, il faut formuler des nouvelles législations et politiques.

Malgré la représentation satisfaisante de la femme au sein du parlement et du gouvernement, reflétant le plus haut taux historiquement parlant, l’on s’attend à davantage de participation politique et à une intégration économique plus ample dans un nombre de secteurs l

*Chercheuse spécialisée dans les affaires de la femme et de l’enfant

Autonomisation économique : Indicateurs-clés

— La femme occupe 45 % de la totalité des fonctions gouvernementales alors que la moyenne mondiale est de 32 %.

— Au niveau des conseils d’administration, la femme a occupé, en 2018, 10,2 % des sièges.

— Le taux d’occupation des sièges par la femme auprès des conseils d’administration des banques était de 12 % en 2019. Alors que le taux des postes exécutifs occupés par les femmes a atteint en Egypte 7,1 %, le plus haut au Moyen-Orient et dans le nord de l’Afrique, où il est estimé à 5,4 %.

— Les femmes cheffes d’entreprises sont estimées à 16 % et les rédactrices en chef des journaux publics sont de 18 %.

— Le pourcentage des femmes détenant un compte bancaire est de 27 %, et 51 % de la totalité des crédits bancaires destinés aux micro-entreprises vont aux femmes.

— Le taux de chômage des femmes est passé de 24 % en 2014, à 21,4 % en 2018, puis à 19,6 % en 2019.

— Le taux de PME dirigées par des femmes est passé de 23 % en 2015 à 46 % en 2018.

— Le nombre de bénéficiaires de prêts aux micro-entreprises a atteint 2,1 millions, c’est-à-dire que la proportion de microcrédits destinés aux femmes est passé de 45 % à 69 % en 2018.

— Le pourcentage de femmes investisseuses en Bourse a atteint 30 %.

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