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Cours du brut, la dégringolade

Mardi, 10 mars 2020

Verser de l’huile sur le feu. Littéralement. Il s’agit d’inonder le marché avec du brut bon marché, à un moment où l’économie mondiale est en ralentissement et la demande en pétrole en baisse. « Nous verrons potentiellement, lors du prochain trimestre, les prix les plus bas du pétrole en 20 ans », d’après une analyse de la maison de recherche IHS Markit.

Tout a commencé lorsque la Russie, troisième plus grand producteur pétrolier mondial, s’est engagée en un bras de fer avec l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial. Elles fournissent ensemble à peu près un baril sur 4 de la production mondiale. Résultat : une baisse record des cours pétroliers pour la seule journée du lundi 9 mars. Cela est intervenu alors que le prix brut avait déjà connu une baisse de plus de 48 % en un an. Mais la chute des prix s’est aussi aggravée depuis l’apparition du coronavirus, bien qu’elle se soit davantage intensifiée depuis la réunion extraordinaire de l’Opep+, qui regroupe les grands joueurs du marché, ayant été achevée le 5 mars sans accord. Le coronavirus a poussé l’organisation à réviser à la baisse, pour la deuxième fois en quelques mois, les chiffres de la demande mondiale. Celle-ci a ainsi baissé à 0,48 million de barils par jour (mb/j), contre 1,1 mb/j en décembre 2019, d’après les estimations de l’Opep qui prévoit que la situation perdurerait surtout lors de la première moitié de l’année.

Le communiqué de presse de la clôture de la réunion ministérielle du 5 mars a donc demandé aux membres de couper encore une fois, collectivement et volontairement, leur production d’ici juin 2020. Il s’agit d’une baisse d’un mb/j (l’Arabie saoudite endurerait la majorité de cette baisse). Les producteurs hors club — notamment la Russie — devraient en revanche couper leur offre de 0,5 mb/j. Mais la Russie avait un autre mot à dire. Le ministre russe de l’Energie, Alexander Novak, a déclaré plus tard à la presse qu’à partir du 1er avril, « nous n’allons plus travailler sous les quotas ou les baisses qui étaient dorénavant en place ». Le lendemain, l’Arabie saoudite a réagi en offrant à ses clients en Europe et aux Etats-Unis un prix réduit de 4 à 8 dollars pour son brut, lançant ainsi une guerre de prix avec son rival.

Dommage collatéral ? Probablement. Quand l’Arabie saoudite augmente sa part du marché, ce serait notamment au détriment de ses voisins au Golfe. La baisse des prix signifie pour les petits producteurs des déficits budgétaires plus larges, et par la suite des économies en détresse. Il est estimé que le taux des exportations pétrolières par rapport au PIB baisse de 7 à 15 %, et donc moins de ressources en dollars pour ces pays, d’après la maison de recherche Capital Economics. Or, le plus grand perdant de cette guerre pourrait être les producteurs du pétrole du schiste. Le boom du schiste, qui a permis aux Etats-Unis de devenir le premier producteur mondial d’or noir devant la Russie et l’Arabie saoudite, est dû à des taux d’intérêt particulièrement bas. Si ces producteurs lourdement endettés sortent du marché, comme l’espère la Russie, le marché sera rééquilibré, et l’Opep+ verra une « happy end » à la crise actuelle

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