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Gaza dans le viseur d'Israël

Amira Samir, Mardi, 19 novembre 2019

La mort, le 12 novembre, dans une frappe israélienne ciblée, d’un dirigeant du Djihad islamique a ravivé les tensions dans la bande de Gaza, qui a été, ces derniers jours, le théâtre du plus meurtrier échange de feu depuis l’année dernière.

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Les frappes israéliennes dans la bande de Gaza ont fait 34 morts et plus d'une centaine de blessés. (Photo : AFP)

Les habitants de la bande de Gaza, cette enclave pauvre et surpeuplée, ravagée par les guerres, vivent depuis une semaine sous des frappes israéliennes ininterrompues et sans précédent depuis plusieurs mois. L’escalade a débuté le 12 novembre après une opération ciblée menée par Israël contre Baha Aboul-Ata, un haut comman­dant du Djihad islamique, mouvement jugé moins puissant, mais plus radical que le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza. Le commandant Baha Aboul-Ata était considéré comme le cerveau de nombreuses opérations anti-israéliennes ces derniers mois selon les services israéliens. A la suite de son décès, le Djihad islamique a lancé au total plus de 450 roquettes, faisant des blessés, mais pas de mort, vers Israël. Ce dernier a répliqué avec une série de frappes ayant fait au total 34 morts et plus d’une centaine de blessés dans la bande de Gaza. Huit enfants et 3 femmes figurent parmi les victimes, qui sont pour moitié des civils, selon un communiqué des services médi­caux de Gaza. Le bureau d’information du gouvernement à Gaza a indiqué que 48 logements avaient été complètement ou partiellement endommagés par les frappes aériennes israéliennes. C’est entre mardi 12 et jeudi 14 novembre que s’est déroulée la période la plus meurtrière à Gaza depuis des heurts entre soldats israéliens et des groupes palestiniens ayant fait environ une soixantaine de morts le 14 mai 2018, jour de l’inauguration à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis.

Malgré l’entrée en vigueur d’un accord de ces­sez-le-feu le 14 novembre dans la bande de Gaza sous la médiation de l’Egypte, Israël a repris ses frappes, visant aussi des cibles du Hamas, resté jusque-là à l’écart des violences : le 16 novembre à l’aube, des positions du Hamas, dans le nord de cette enclave, ont été bombardées par Israël.

Pourquoi maintenant ?

Mais pourquoi maintenant Netanyahu a-t-il décidé de mener cette offensive contre la bande de Gaza ? Selon beaucoup d’observateurs, Netanyahu tente par ses nouvelles frappes de sortir de l’impasse politique interne. Les négo­ciations pour la formation d’un nouveau gouver­nement sont bloquées et le scénario d’une troi­sième élection législative se profile dans l’hori­zon. Cette attaque augmente en outre les chances de Benny Gantz, le dirigeant de la coalition Bleu et Blanc, qui a soutenu cette attaque de former un gouvernement de coalition avec le Likoud de Netanyahu.

Selon Saïd Okacha, chef du département des études israéliennes au Centre égyptien des études stratégiques (ECSS), cette attaque vise à neutra­liser les accusations dont Netanyahu a fait l’objet au cours de l’année passée, par Avigdor Lieberman, dirigeant du parti Israel Beitenou, d’être trop faible à l’égard de Gaza. « A travers cette opération, Israël a envoyé d’importants messages. Netanyahu a déclaré que cette attaque était préparée depuis longtemps, ce qui signifie qu’elle n’a aucun rapport avec la crise politique actuelle en Israël. Une façon de se disculper des accusations de certains, notamment la gauche israélienne, selon lesquelles cette opération a été menée par le premier ministre sortant pour servir ses objectifs politiques », explique Saïd Okacha.

L’opération militaire israélienne à Gaza inter­vient alors que le premier ministre, Benyamin Netanyahu, est en quête d’appuis pour tenter de se maintenir au pouvoir au moment où son rival Benny Gantz a été choisi pour essayer de former un gouvernement. Il vient de nommer un nou­veau ministre de la Défense, Naftali Bennett, issu d’un petit parti de droite. « L’autre objectif est de créer une rupture entre les factions palesti­niennes ; il a d’abord épargné le Hamas pour que celui-ci ne riposte pas, ce qui lui a valu la critique du Djihad, ensuite il l’a frappé aussi », poursuit Saïd Okacha.

Néanmoins, tous les observateurs s’accordent à dire que la tension va baisser. « Les deux parties vont oeuvrer à éviter toute escalade. Mais, les tensions peuvent rejaillir à tout moment », conclut Okacha.

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