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Culture : Le soft power de Moscou

Ola Hamdi, Mardi, 22 octobre 2019

Des bourses pour étudier en Russie, l’ouverture d’instituts dans 40 pays africains ou encore l’organisation d’événements culturels en Egypte. Moscou est sur tous les fronts pour renforcer l’influence de la culture russe en Afrique.

Culture : Le soft power de Moscou
Un concert de gala des vedettes russes est programmé à Sotchi.

« Le Sommet de Sotchi offre des opportunités pour renforcer la coopé­ration culturelle entre la Russie et l’Afrique. Rétablir les anciens liens culturels fait partie de la diplomatie russe de soft power en Afrique », explique Chérif Gad, expert des affaires russes et directeur des pro­grammes culturels au Centre culturel russe au Caire.

En effet, le volet culturel occupe une place importante dans l’agenda du sommet Russie-Afrique. Un concert de gala des vedettes russes est programmé à l’agenda de Sotchi. C’est un spectacle sur glace qui réunit le patinage artistique, le théâtre dra­matique, la musique et le cirque.

Après la chute de l’URSS en 1991, la Russie a été contrainte de fermer la plupart de ses centres culturels en Afrique. Beaucoup de programmes éducatifs et d’autres formes d’aide aux pays africains ont été brutalement interrompus. En novembre 1989, à la veille de la chute du mur de Berlin, près de 30 000 étudiants africains se trouvaient en URSS. Une fois au pou­voir en 2000, Vladimir Poutine a commencé à entreprendre plusieurs démarches pour se repositionner de nouveau sur la scène culturelle afri­caine.

Depuis, des centres culturels russes ont ouvert leurs portes dans 40 pays africains. Et diverses bourses d’études en Russie sont offertes chaque année aux étudiants afri­cains. Irina Abramova, directrice de l’Institut de l’Afrique de l’Académie des sciences de Russie, souligne sur le site du sommet l’intérêt croissant porté par les représentants africains pour l’éducation russe. Et d’ajouter : « Chaque année, le nombre d’étu­diants des pays africains qui choisis­sent les universités russes augmente. Notre enseignement attire les étran­gers par sa base scientifique solide et ses standards d’éducation élevés, notamment dans le domaine des sciences exactes. Pendant huit ans, de 2010 à 2018, le nombre d’étu­diants africains dans nos universités a été multiplié par 2,3 ». Pourtant, le nombre d’étudiants africains en Russie reste bien inférieur par rap­port à l’époque soviétique. Ils sont aujourd’hui autour de 5 000 dans les universités russes.

Mohamad Nasr Al-Gebali, chef du département de langue russe à la faculté de langues, de l’Université de Aïn-Chams, dévoile que 75 % des apprenants de la langue russe dans le monde arabe et africain sont diplô­més de cette faculté, ce qui indique, comme l’ajoute Al-Gebali, que « l’Egypte assume une grande res­ponsabilité dans la transmission de la culture russe au lecteur arabe et africain ».

L’année culturelle

égypto-russe 2020

En Egypte, l’histoire de la coopéra­tion culturelle avec la Russie est très profonde. L’Académie des arts avait été créée en coopération avec les Russes. Les experts soviétiques ont également contribué à la création du Conservatoire, de l’Institut du ballet, de l’Institut des arts de la scène et de l’Institut du cinéma.

Lors du sommet qui a réuni les présidents Abdel-Fattah Al-Sissi et Vladimir Poutine à Moscou en 2018, les deux présidents avaient annoncé que 2020 serait l’année de la culture égypto-russe. Depuis, en Egypte, comme en Russie, les préparatifs vont bon train. Le programme des activités du ministère égyptien de la Culture pour célébrer l’année 2020 englobe des soirées littéraires et plus particulièrement sur l’orientalisme russe. « Les orientalistes russes ont joué un grand rôle dans la documen­tation et le renforcement de liens culturels entre la Russie et l’Egypte, notamment dans le domaine de la littérature », estime Al-Gebali. Un forum international intitulé Les rela­tions russo-égyptiennes à travers les époques. Perspectives passées et futures, avec la participation d’un certain nombre de professionnels intéressés d’Egypte et de Russie, aura lieu en avril 2020, en coopéra­tion avec le Centre national de la traduction, l’Université russe du Caire et le Centre culturel russe. Chérif Gad souligne le rôle impor­tant joué par le Centre culturel russe au Caire comme étant une passerelle entre les milieux culturels en Russie et de nombreuses institutions égyp­tiennes telles que l’Association égyptienne des diplômés des univer­sités russes, l’Association des constructeurs du Haut-Barrage, la Fondation égypto-russe pour la culture et la science, ainsi que le ministère de la Culture.

Dynamiser la traduction

Quant aux préparatifs du Centre culturel russe pour l’année culturelle égypto-russe 2020, une conférence est prévue le 27 octobre à l’Université de Aïn-Chams sur les relations égypto-russes à laquelle participera une délé­gation de spécialistes dans les affaires arabes. Cette délégation doit égale­ment prendre part à une table ronde, prévue le 28 octobre au Conseil suprême de la culture, sur l’histoire et les perspectives de l’avenir des rela­tions bilatérales. Le programme inclut de même deux spectacles des troupes folkloriques russes organisés de concert avec le ministère de la Culture au théâtre Sayed Darwich, à Alexandrie, et au théâtre d’Al-Gomhouriya, au Caire, en plus d’ex­positions d’arts plastiques et d'ateliers artistiques.

Nombre d’orientalistes russes seront invités en Egypte et des jour­nées culturelles russes seront organi­sées dans les universités égyptiennes. Chérif Gad dévoile que, parallèle­ment, de célèbres troupes folklo­riques égyptiennes, telle la troupe Réda, feront une tournée dans un grand nombre de villes russes. « Une semaine consacrée au cinéma russe, en coopération avec l’Autorité géné­rale des palais de culture, sera orga­nisée dans différents gouvernorats. Et ce, dans le but de faire connaître au public égyptien le courant contemporain du cinéma russe après une longue période de suspension », ajoute-t-il.

Quant au mouvement de la traduc­tion, Dr Anouar Moghith, directeur du Centre national de traduction, a déclaré que le centre envisageait de traduire, dans le cadre des préparatifs pour l’année de la culture 2020, 5 livres de jeunes écrivains contempo­rains du russe vers l’arabe, et ce, dans le but d’introduire de nouveaux noms dans la littérature russe. « Dans le passé, la traduction était réalisée dans une langue intermédiaire en raison de l’absence de professionnels pour traduire le russe. Des livres de grands écrivains ayant influencé la littérature tels que Fiodor Dostoïevski, Maxime Gorki et Léon Tolstoï ont tous été traduits dans des langues intermédiaires », explique Dr Anouar Moghith. Et de pour­suivre : « Les relations russo-égyp­tiennes ont été renforcées dans les années 1950 et 1960. Les étudiants égyptiens qui faisaient des études en Russie sont devenus, à leur retour, des traducteurs maîtrisant le russe, tels Abou-Bakr Youssef et Abdallah Habba ».

Au cours des 10 dernières années, le Centre national de traduction a publié 50 ouvrages dans les domaines de l’histoire, de l’orientalisme, de la poli­tique et de la littérature. Parmi les titres les plus marquants figurent Mémoires de l’épouse de Dostoïevski et La Garde blanche, en plus d’oeuvres littéraires russes. Quant à la traduction de l’arabe vers le russe, Moghith sou­ligne que « les Russes ont traduit de nombreux livres d’Ibn Khaldoun, de Tawfiq Al-Hakim et de Naguib Mahfouz. Nous espérons d’ailleurs qu’un protocole de coopération sera signé à Sotchi afin de dynamiser le mouvement de traduction de et vers le russe ».

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