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Amira Abdel-Halim : L’Afrique est en passe de devenir le plus grand marché mondial

Ghada Ismaïl, Mardi, 22 octobre 2019

Amira Abdel-Halim, spécialiste des affaires africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, revient sur la nouvelle politique africaine de la Russie. Elle juge positive la concurrence entre les partenaires de l’Afrique.

Al-Ahram Hebdo : C’est la première fois qu’un sommet Russie-Afrique se tienne. Quelle perspective offre-t-il pour l’avenir de la coopération ?

Amira Abdel-Halim : Pour l’Afrique, ce sommet revêt une importance toute particulière de par les perspectives nouvelles offertes par la coopération avec la Russie. En outre, la multiplication des partenaires est une opportunité pour l’Afrique, qui doit tirer parti de tous ses partenariats commerciaux pour diversifier son économie. Parallèlement, la Russie accorde beaucoup d’intérêt pour faire réussir ce sommet. La montée en puissance de la Russie en Afrique fait partie de sa stratégie visant à renforcer son statut sur le plan international. Au cours du sommet, Moscou va dévoiler sa nouvelle vision de l’Afrique et redessiner la carte de son influence commerciale dans le continent. Bref, cette méga-rencontre jette les bases d’une nouvelle phase de partenariat stratégique entre l’Afrique et la Russie.

— Y a-t-il une nouvelle politique de la Russie à l’égard de l’Afrique ? S’agit-il d’une résurgence des anciens principes de l’ex-Union soviétique ?

— Les relations entre la Russie et les pays africains se reposent sur des bases historiques profondes. L’Union soviétique a fourni une assistance économique importante, notamment en matière d’infrastructures, de sécurité et de l’éducation. L’ex-URSS avait tissé des liens étroits avec de nombreux pays africains à l’époque des indépendances, pour former un bloc contre l’Occident. Aujourd’hui, l’ère des idéologies dans le monde est révolue. Le contexte et les enjeux sont différents à la fois pour la Russie et l’Afrique. Rechercher des opportunités d’investissements est le moteur de la Russie comme tout autre partenaire économique en Afrique.

— Quelle est donc l’importance stratégique du continent africain pour la Russie aux niveaux politique, militaire et économique ?

— Pour beaucoup d’observateurs, l’Afrique est en passe de devenir le plus grand marché mondial. Les pays africains disposent d’énormes ressources naturelles et offrent d’énormes possibilités d’investissement. L’importance de sceller des partenariats avec le continent réside aussi dans sa position géographique distinguée. L’Afrique est un carrefour maritime stratégique pour la navigation et le commerce international. Sur le plan militaire, la possibilité de construire des bases militaires dans différentes régions du continent offre des atouts économiques pour ces pays pour financer ses plans de développement. Moscou participe actuellement à l’entraînement des armées de certains pays africains et leur fournir des armes et des technologies militaires de pointe. Moscou a déjà conclu un accord avec l’Erythrée l’année dernière pour établir une base militaire sur son territoire. En outre, la voix des pays africains qui représentent près d’un tiers des voix à l’Assemblée générale de l’Onu constitue un atout très important pour la Russie.

— Il y a une véritable concurrence stratégique entre les grandes puissances, dont les Etats-Unis, l’Union Européenne (UE), la Chine, le Japon et l’Inde, et finalement la Russie, pour l’établissement d’un partenariat économique avec l’Afrique ...

— Ces grandes puissances portent, en effet, aujourd’hui des intérêts croissants à l’Afrique, notamment après le lancement officiel de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECA). L’intensification de la concurrence entre les partenaires du continent noir peut stimuler la croissance et créer des emplois. Ces pays s’attachent à transférer leur compétitivité internationale aussi que leurs conflits dans d’autres différentes régions du monde, y compris l’Afrique. C’est pourquoi la concurrence prend des formes différentes, afin d’agrandir les réseaux d’alliés africains. D’ailleurs, le rapprochement accru entre la Russie et le continent africain peut influencer les intérêts américains plutôt que ceux chinois, puisque la Chine et la Russie sont parmi les cinq pays composant les BRICS.

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