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L’Egypte, passerelle commerciale entre la Russie et les marchés africains

Racha Darwich, Mardi, 22 octobre 2019

Courant octobre, Le Caire a accueilli plusieurs rendez-vous économiques regroupant les milieux d’affaires russes et égyptiens. Un prélude au premier sommet Russie-Afrique qui s’ouvre ce mercredi à Sotchi.

L’Egypte, passerelle commerciale entre la Russie et les marchés africains
Une série d''accords ont été signés au terme de la 12e session du comité gouvernemental conjoint égypto-russe.

L’Egypte et la Russie ont eu un calendrier bien chargé en ce mois d’octobre. Avant la tenue du premier sommet Russie-Afrique présidé par le président russe Vladimir Poutine et le président égyptien Abdel-Fattah Al-Sissi en sa qualité de président de l’Union Africaine (UA), Le Caire a accueilli de nombreux événements économiques conjoints entre les deux pays. « La Russie tient à renforcer la coopération économique et commerciale avec l’Egypte en sa qualité du plus important partenaire commercial de la Russie au Moyen-Orient et en Afrique. En effet, le marché égyptien peut représenter le pilier de l’introduction des exportations russes vers les marchés des pays avoisinants, et le marché russe peut devenir la porte des exportations égyptiennes vers les marchés du centre de l’Asie et de l’est de l’Europe », a déclaré le ministre russe de l’Industrie et du Commerce, Denis Manturov, en visite au Caire du 8 au 10 octobre à cette occasion. En effet, il a présidé, avec le ministre égyptien du Commerce, Amr Nassar, les travaux de la 12e session du comité gouvernemental conjoint égypto-russe pour la coopération commerciale, économique, scientifique et technique, dont l’objectif est d’étudier le développement de la coopération dans les divers domaines.

Dans ce contexte, les deux ministres ont inauguré « la grande semaine de l’industrie » organisée avec la participation de 110 petites, moyennes et grandes entreprises venant de 7 pays (Russie, Egypte, Allemagne, France, Chine, Inde, Biélorussie) au cours de laquelle ont été présentées les plus récentes innovations industrielles. Selon la directrice de « La grande semaine de l’industrie », Elena Suvorova, la Russie a choisi l’Egypte pour y organiser cet événement, parce que « l’Egypte représente le principal foyer de l’exportation des technologies à partir du monde entier vers l’Afrique ».

Au cours de cette même semaine, le Conseil des affaires égypto-russe, sous la présidence de Sahar Talaat Moustapha, s’est également réuni avec son homologue russe, sous la présidence de Mikhail Orlov, afin de discuter du volume des échanges entre les deux pays. Sahar Talaat Moustapha a réclamé la nécessité de la reprise des vols charters après la reprise des vols permanents entre les deux pays, surtout que le marché russe représentait 33,8 % du volume des revenus touristiques en Egypte au cours de 2015. « Ceci permettra également d’augmenter le volume des investissements russes en Egypte du modeste chiffre actuel de 416 compagnies russes avec des investissements de 71 millions de dollars, dont la moitié se concentre dans le secteur du tourisme, outre les nouveaux investissements russes estimés à 2,5 milliards de dollars dans le secteur du pétrole et du gaz, dont la part de la compagnie Rosneft dans le champ gazier de Zohr », explique Sahar Talaat Moustapha.

En fait, la coopération économique entre l’Egypte et la Russie remonte à 1948 avec la signature du premier accord économique pour l’échange du coton égyptien contre des grains et des bois de l’Union soviétique. Les relations ont ensuite atteint leur apogée dans les années 1950 et 1960, lorsque l’ex-URSS a financé la construction du Haut-Barrage et a contribué à la modernisation des forces armées égyptiennes et à la création des grandes entreprises industrielles égyptiennes comme l’usine du fer et de l’acier de Hélouan et le complexe d’aluminium de Nag Hammadi. Puis, les échanges économiques entre l’Egypte et la Russie ont connu un certain recul durant les années 1990, mais ils ont repris un grand élan depuis la visite d’Al-Sissi en Russie en 2015. Une visite qui a abouti, le 19 novembre 2015, à la signature d’un accord de coopération pour la construction de la première station nucléaire pour la production de l’électricité en Egypte grâce à l’expertise russe, mais aussi grâce à un prêt russe. Depuis cette visite, les relations entre les deux pays ne cessent de s’amplifier.

Zone industrielle et accord

de libre-échange

Les deux pays ont aussi signé en 2016 un mémorandum pour la création d’une zone industrielle russe dans la zone économique du Canal de Suez sur une superficie de 5,2 km2. « Les produits fabriqués dans la zone industrielle russe avec une valeur ajoutée égyptienne de plus de 40 % deviennent des produits Made in Egypt, et par conséquent, ils peuvent être exportés vers tous les pays avec lesquels l’Egypte entretient des relations économiques dont évidemment les pays africains. C’est donc de cette manière que la Russie pourra parvenir aux marchés africains », explique Dr Alia Al-Mahdi, professeure d’économie à l’Université du Caire. Selon la Chambre de commerce russe, il s’agit d’un projet à long terme. Cependant, on prévoit qu’à partir de 2026, la production de la zone atteindra 3,6 milliards de dollars par an. « Ce projet représente le plus grand projet de coopération entre Le Caire et Moscou. La partie russe envisage l’investissement de capitaux d’une valeur de 190 millions de dollars dans l’infrastructure de la zone industrielle russe, alors que les investissements prévus s’élèvent à quelque 7 milliards de dollars », a déclaré Manturov.

A l’heure actuelle, le plus grand intérêt a été exprimé par les compagnies pharmaceutiques et automobiles. En outre, les fabricants de machines lourdes envisagent d’y transférer une partie du processus de production, afin de réduire les coûts et de faciliter la livraison de leurs appareils aux partenaires du continent. Le Caire, pour sa part, bénéficiera d’un accès immédiat aux produits russes de haute technologie, ainsi que d’importants investissements et de milliers de nouveaux emplois. « En effet, la loi égyptienne exige dans tous projets étrangers une main-d’oeuvre égyptienne d’au moins 90 % », explique Alia Al-Mahdi.

D’autre part, l’Egypte oeuvre à signer avec la Russie un accord de libre-échange à travers l’Union Economique Euro-Asiatique (UEEA) qui regroupe la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Arménie et le Kirghizistan. L’accord-cadre des négociations relatives à cet accord de libre-échange a été signé en novembre 2018 pour que les deux parties commencent une série de réunions dont la dernière s’est également tenue au Caire au début de mois. L’accord englobera de nombreux produits et services, y compris le commerce électronique et devra entrer en vigueur au milieu de 2020. En effet, le volume des échanges commerciaux entre l’Egypte et la Russie a enregistré 7,7 milliards de dollars en 2018 avec une hausse d’un milliard par rapport à l’année précédente, mais les exportations égyptiennes vers la Russie atteignent à peine 526,4 millions de dollars avec une augmentation de 4,1 % seulement par rapport à l’année précédente. Alors que la Russie exporte vers l’Egypte des graines, des combustibles minéraux, des métaux et des avions, les exportations égyptiennes sont majoritairement des fruits et légumes (96 %) et des vêtements (4 %). Mais on espère que ce rapprochement entre les deux pays permettra de redresser la balance commerciale et d’augmenter les exportations vers de nouveaux marchés.

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