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Vers une meilleure gestion de l’eau

Racha Darwich, Mardi, 08 octobre 2019

Confrontée au barrage de la Renaissance, à la croissance démographique et à une consommation accrue de l’eau, l’Egypte a adopté un plan ambitieux pour prévenir une éventuelle pénurie.

Vers une meilleure gestion de l’eau
La station de dessalment d'Al-Yousr à Hurghada est l'une des plus grandes au Moyen-Orient.

Depuis 1959, la part de l’Egypte dans les eaux du Nil n’a pas changé. Cette année-là, le traité de partage des eaux du Nil, signé entre Le Caire et Khartoum à l’occasion de la construction du Haut-Barrage, attribue à l’Egypte les deux tiers du débit du fleuve estimé à hauteur d’Assouan, soit 55,5 milliards de m3 d’eau par an. Avec une population de 25 millions d’habitants à l’époque, la part d’eau par individu dépassait les 2 000 m3 par an. En 2019, avec une population de plus de 100 millions d’habitants, la part par individu a chuté à près de 560 m3. Avec la construction du barrage de la Renaissance et le trébuchement des négociations avec l’Ethiopie autour du remplissage du réservoir, ce chiffre risque de baisser à nouveau.

Face à ces défis, une meilleure gestion des ressources hydriques se révèle nécessaire, mais aussi la recherche d’alternatives. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi avait déclaré en janvier 2018 : « Nous ne pouvons pas permettre un problème d’eau en Egypte. L’Etat ne tente pas seulement de préserver sa part d’eau, mais aussi de maximiser l’exploitation de chaque goutte d’eau ». Dans ce contexte, l’Etat a adopté un plan ambitieux basé sur plusieurs axes, comme le dessalement de l’eau de mer, le traitement des eaux usées du drainage agricole et sanitaire, l’expansion de l’agriculture en serre et la rationalisation de l’eau potable.

Dessaler l’eau

Selon les chiffres du gouvernement, l’Egypte compte à 88 % sur le Nil pour l’eau potable, et à 11,7 % sur les eaux souterraines (la production d'eau dessalée ne représente que 440 000 m3 par jour). Raison pour laquelle le plan de l’Etat vise à augmenter le dessalement de l’eau de mer, pour atteindre 1,7 million de m3 fin 2020, soit 6,6 % du total de l’eau potable grâce à 93 stations de dessalement, dont 58 sont déjà en service. C’est dans ce contexte qu’a été inaugurée, l’année dernière à Hurghada, la plus grande station de dessalement au Moyen-Orient nommée Al-Yousr. Avec une capacité de production de 80 000 m3/jour, cette station vient répondre aux besoins de la ville qui souffre depuis sa création d’une pénurie d’eau. D’autre part, le ministère de la Population construit en ce moment 52 stations de traitement secondaire de l’eau du drainage sanitaire en Haute-Egypte avec un coût de 8,1 milliards de L.E. et une capacité de production de 1,1 million de m3/jour. De plus, la station de traitement d’Al-Gabal Al-Asfar, dans le gouvernorat de Qalioubiya, d’une capacité de traitement de 2,5 millions de m3/jour, sera élargie pour devenir la plus grande au monde avec une capacité de traitement de 3,5 millions de m3/jour d’eaux usées. Ces eaux traitées sont essentiellement destinées à l’agriculture, plus grand consommateur d’eau. « 85 % des ressources hydriques de l’Egypte sont destinées à l’agriculture, 10 % à l’eau potable et 5 % à l’industrie et aux services. Par un simple calcul, on peut déduire que la rationalisation de la consommation de l’eau potable que nous réclamons jour et nuit ne représente que peu de chose face à la rationalisation de l’eau de l’agriculture », explique Abbas Chiraqui, professeur à l’Université du Caire. Partant de ce principe, le gouvernement égyptien a, depuis juin 2016, donné le coup d’envoi à un projet colossal d’agriculture en serre, qui vise à installer 100 millions de serres sur une superficie de 100 millions de feddans à travers tout le pays. En effet, la culture en serre réalise une énorme économie d’eau. Le feddan ne consomme que 2 000 m3 d’eau au lieu de 10 000 en cas d’irrigation par submersion. Enfin, le ministère de la Santé a lancé un plan ambitieux pour réduire les pertes dans l’eau potable à travers l’expansion dans l’utilisation des économiseurs d’eau, dont l’essai dans les bâtiments gouvernementaux a permis d’économiser 45 % de l’eau. Ces économiseurs, qui sont facilement installés sur les robinets, seront en vente à près de 40 L.E. Le plan vise également à diviser le réseau d’eau potable en 10 000 régions isolées, afin de réduire les pertes de 20 à 30 %.

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