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Samia Hachemi : Les six premiers mois de la transition seront consacrés au règlement de la question des mouvements armés

Samar Al-Gamal, Mardi, 27 août 2019

Samia Hachemi, avocate et figure de proue de l’opposition soudanaise, estime qu’aucune partie ne peut contourner l’accord historique conclu le 17 août, et qui ouvre la voie à un transfert du pouvoir aux civils.

Samia Hachemi

Al-Ahram Hebdo : Qu’est-ce qui garantit la durabilité de cette déclaration constitu­tionnelle signée entre les militaires et les leaders de la contestation ?

Samia Hachemi : La garantie est toujours le peuple. Il est le seul garant. Parce que c’est un accord populaire et non pas un accord largué par un certain pouvoir supérieur, au-dessus du peuple. La protection de cet accord est la res­ponsabilité du peuple soudanais pour pour­suivre sa mise en oeuvre sans aucune distor­sion.

— Et de quel mécanisme dispose le peuple, après la fin des manifestations, pour préser­ver l’accord ?

— Cet accord n’a pas été conclu entre des parties ennemies, mais entre des parties qui ont chacune sa propre théorie sur la protec­tion du pays. La déclaration constitutionnelle indique comment le Soudan pourra être gou­verné. Nous ne sommes pas parvenus facile­ment à ce texte, mais il a exigé de longues procédures, des négociations difficiles et sus­cite un débat continu. Lorsque nous nous sommes engagés dans ce débat, nous étions deux équipes et, avec la conclusion de cet accord, nous sommes désormais une seule équipe. Il existe des outils clairs pour mettre en oeuvre l’accord de manière précise. Le Rassemblement des professionnels a prouvé au monde que, avec la supervision du peuple, on peut protéger les droits des Soudanais et conserver le cadre institutionnel du pays. Il incombe au parlement de surveiller le travail du pouvoir exécutif. Et je crois que les Soudanais se sont engagés à faire réus­sir la période de transition et à rectifier toute situa­tion enchevêtrée. Nous travaillons pour la construction d’un Etat basé sur les institutions et la citoyenneté. Le Soudan est un pays qui dispose de tous les composants nécessaires pour réussir et développer son économie.

— Les deux équipes sont désormais une seule, mais ne pensez-vous pas que nous soyons, en fait, face à deux courants, l’un militaire et l’autre civil, qui cherchent chacun à élargir son pou­voir ?

— Je pense que cette situation n’est pas possible, tant qu’il y a un partage du travail. Le Conseil militaire a été dissout dans le Conseil souverain actuel. Les militaires ont des tâches spécifiques, à savoir la nomination des ministres de la Défense et de l’Intérieur, le reste du travail est partagé, car le régime qui nous gouverne actuellement est parle­mentaire et non pas prési­dentiel.

— Dans quelle mesure un tel partage du pou­voir peut-il favoriser un règlement efficace ?

— C’est une révolte civile contre la dictature de 30 ans, et dès le 11 avril, les forces armées se sont rangées du côté du peuple. Désormais, le gouvernement exécutif est le dirigeant de facto. La situation est irréversible.

— Mais certaines forces civiles et mili­taires ont rejeté cet accord, comme le Front révolutionnaire ou la branche nord du SPLM ...

— Il n’y a plus d’oppo­sition armée. Il s’agissait de mouvements armés qui s’activaient contre le régime d’Al- Béchir, et nous apprécions leurs efforts. Selon le document, les six premiers mois de la transition seront consacrés au règlement de la question des mouvements armés et à l’ap­plication des accords découlant des réunions entre les différentes parties armées organi­sées par l’Egypte et l’Ethiopie. La majorité des forces soudanaises ont favorablement accueilli l’accord et l’ont célébré avec nous, et les révolutionnaires ont apprécié leur lutte antérieure contre le régime d’Al-Béchir. Nous avons entamé le long chemin vers la démocratie et, en écartant le gouvernement d’Al-Béchir, le plus dur a été fait. En toute confiance, j’affirme que le génie soudanais est sorti de la bouteille et reconstruira son pays sans quotas, sans entente imposée par un pouvoir supérieur, mais avec des accords entre les différents mouvements en tant que parties prenantes de la révolution.

— Mais il y a déjà des quotas au sein du Conseil souverain et du Conseil législatif, qui est passé de 120 à 300 sièges. N’est-ce pas là faire prévaloir le nombre aux dépens de l’efficacité ?

— Il n’y a pas de modèle spécifique pour le nombre de sièges dans les parlements. Le peuple soudanais veut participer activement au processus de transformation démocra­tique. Si la population soudanaise compte 40 millions de citoyens, ce nombre de sièges est très approprié et l’opposition occupera 76 % de ces sièges.

— Désormais, quel est le plus important défi ?

— Le plus important défi est de nommer des ministres et choisir les députés dans un délai de 90 jours, puis viendra la lourde tâche de redresser l’économie du pays.

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