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Les revenus et la consommation passés au crible

Gilane Magdi, Mardi, 06 août 2019

L’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS) vient de publier une enquête sur les revenus et la consommation. Celle-ci indique une augmentation du revenu annuel moyen de la famille égyptienne, mais aussi une hausse du taux de pauvreté. Explications.

Les revenus et la consommation passés au crible
Les revenus et les dépenses des Egyptiens ont augmenté de presque le tiers.

L’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS) a publié, la semaine dernière, une enquête intitulée « Les résultats de la recherche sur le revenu et la consommation en 2017-2018 ». Effectuée auprès de 26 000 ménages (voir encadré page 4), elle présente en détail la progression des chiffres de quatre indices principaux : le revenu, la consommation des ménages, la pauvreté et les subventions alimentaires, en 2017-2018. « Cette recherche vise trois objectifs principaux : fournir une base de données reflétant les revenus et les dépenses moyens des familles, obtenir les informations nécessaires pour déterminer le panier des biens et déterminer le taux d’inflation et enfin, présenter les indices de pauvreté au sein du pays », note la recherche.

Pour sa part, la ministre de la Planification, Hala Al-Saïd, a déclaré que l’enquête 2017-2918 sur les revenus, les dépenses et la consommation était l’une des plus importantes recherches soutenant les bases de données économiques et sociales de la CAPMAS. « La recherche de cette année est la 13e de la série de recherches menée par l’agence depuis la première recherche, présentée en 1958-1959 ». La ministre a fait cette déclaration lors d’une conférence de presse tenue le 29 juillet à l’occasion de la publication des résultats de la recherche.

Hala Al-Saïd a souligné l’importance de fournir les informations révélées par la recherche de la CAPMAS aux différents ministères, tels que le ministère de la Solidarité sociale et celui du Commerce intérieur, pour améliorer les indices économiques. Il s’agit notamment de promouvoir la croissance du PIB, dont le taux a atteint 5,6 % (le niveau le plus élevé depuis 11 ans) pendant l’année financière 2018-2019. « La hausse de la croissance s’est reflétée sur le taux de chômage, qui atteint son plus bas niveau depuis 2011 au dernier trimestre 2018-2019, soit 8,1 % », a dit la ministre. Et d’ajouter que le pays prévoit injecter des investissements de 460 milliards de L.E., dont la majorité dans des domaines visant à améliorer le niveau et la qualité de vie des citoyens.

Selon la CAPMAS, le revenu annuel moyen de la famille égyptienne est passé de 44 200 L.E. en 2015 à 58 900 L.E. en 2017-2018 (soit une hausse de 33 %). « Le revenu annuel dans les villes a augmenté pour passer à 66 788 L.E. en 2017-2018 et, à la campagne, à 52 133 L.E. », note l’enquête, qui présente, par ailleurs, en détail les différentes sources de revenus (travail, propriété et transferts courants, ces derniers comprenant notamment les sommes versées par les Egyptiens de l’étranger à leurs familles). « Le revenu du travail représente 62,7 % du total du revenu au niveau de la République, suivi par les transferts courants (24,5 %) », indique la CAPMAS. L’agence a subdivisé les différentes catégories de la société en 10 tranches. « Le revenu de la tranche inferieure est passé de 22 500 L.E. en 2015 à 30 400 L.E. en 2017-2018. Quant à celui de la tranche supérieure ou la plus élevée, il a augmenté pour passer à 100 200 L.E. », note l’étude. Cela veut dire que la famille appartenant à la tranche de revenu inférieure dispose d’un revenu mensuel de 2 533 L.E., contre 8 333 L.E. pour la famille appartenant à la tranche de revenu supérieure.

Or, s’il y a eu augmentation des revenus durant cette période, il y a aussi eu des effets inflationnistes. « Les chiffres révélés dans l’enquête sur les revenus sont calculés d’après les prix courants qui ne prennent pas en considération le taux d’inflation. Ce dernier a atteint son niveau le plus élevé durant la période de la recherche de la CAPMAS, entraînant la baisse de la valeur de la monnaie et la baisse du pouvoir d’achat des Egyptiens en raison de la hausse des prix », souligne Alia Al-Mahdi, professeure d’économie et ex-doyenne de la faculté d’économie et des sciences politiques de l’Université du Caire.

L’étude de la CAMPAS est d’une grande importance, puisqu’elle a fait une comparaison de la situation des Egyptiens entre 2015 et 2017-2018, période durant laquelle le programme de réforme en était à ses premières étapes. Ce dernier a été lancé en novembre 2016 en accord avec le Fonds Monétaire International (FMI) pour obtenir un crédit de 12 milliards de dollars. Il était basé sur la suppression graduelle des subventions à l’énergie dans le but de réduire le déficit budgétaire ainsi que sur la libéralisation du taux de change, suite à laquelle la monnaie nationale a perdu environ 60 % de sa valeur par rapport au dollar. Une situation qui a entraîné une flambée des prix.

La ministre a ajouté que cette enquête offrait aux preneurs de décisions des informations qui leur permettent de cibler géographiquement les fossés au niveau du développement et de combattre la pauvreté ainsi que de réaliser la justice sociale. Elle a expliqué que les données utilisées pour effectuer cette enquête dataient de 2017, c’est-à-dire des premiers mois de mise en oeuvre du programme de réforme. « Le programme de réforme vient de s’achever, alors que les données de cette enquête datent de 2017/2018. Cela veut dire que les fruits de la réforme n’ont pas été pris en considération dans les résultats ».

D’après le site électronique de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), le taux d’inflation est passé de 19,4 % en novembre 2016 à son niveau le plus élevé en avril et octobre 2017 (soit 31,5 %). Il a ensuite considérablement baissé pour atteindre 9,4 % en juillet 2019. Malgré la hausse des prix, l’enquête indique une augmentation des dépenses annuelles moyennes à 51 000 L.E., contre 36 700 L.E. en 2015.

Un tiers de la population est pauvre

Selon la CAPMAS, le taux de pauvreté est passé de près de 28 % de la population en 2015 à près de 32,5 % en 2017-2018. « Ce taux est le plus élevé comparé aux années précédentes », note l’étude. Le nombre estimé d’Egyptiens résidant dans le pays est d’environ 95 millions, d’après les résultats du recensement effectué en 2017. Selon ces chiffres, environ 30,8 millions d’Egyptiens vivent donc en dessous du seuil de pauvreté. La recherche détermine ce dernier comme étant de 8 827 L.E. par habitant et par an, soit 735,7 L.E. par mois et 24 L.E. (1,4 dollar) par jour « Ce niveau est inférieur au seuil de pauvreté défini par la Banque mondiale, soit 1,9 dollar par jour », indique Alia Al-Mahdi.

Les chiffres relatifs à la pauvreté étaient prévisibles pour Pacinthe Fahmi, députée au parlement égyptien. « L’Egypte a bien travaillé sur les indicateurs macroéconomiques tels le taux d’inflation, le déficit budgétaire et l’augmentation des réserves. Pour que les Egyptiens ressentissent aussi une certaine amélioration du niveau de vie, le gouvernement doit maintenant travailler sur le niveau microéconomique, lié au développement sectoriel telles l’agriculture et l’industrie, en créant des usines et différents projets qui emploient plus de main-d’oeuvre », déclare-t-elle.

Soutien grâce aux subventions alimentaires

La recherche consacre un chapitre complet aux indices relatifs aux subventions alimentaires et à leur impact sur la réduction de la pauvreté dans le pays. « 88,5 % des familles égyptiennes étaient couvertes dans le système des subventions en 2017-2018 au niveau de la République. Ce taux s’élèvait à 95,5 % à la campagne et à 80,2 % dans les villes », indique la CAMPAS, ajoutant que le montant des subventions alimentaires a presque doublé pour passer à 1 927,9 L.E. par famille et par an en 2017-2018, contre 858,1 L.E. en 2015. « Cette somme s’élevait à 2 141 L.E. à la campagne et à 1 675,7 L.E. dans les villes en 2017-2018, contre 924,5 L.E. et 779,2 L.E. respectivement en 2015 », selon l’étude.

Alia Al-Mahdi insiste sur le rôle qu’ont joué les programmes de sécurité sociale adoptés par le gouvernement pour atténuer les répercussions difficiles du programme de réforme économique sur les pauvres. « Le taux de pauvreté pourrait dépasser les 35 % de la population sans l’adoption de ces programmes, en particulier le programme Takafol wa Karama », souligne-t-elle. Au cours des trois dernières années, le gouvernement a, en effet, lancé un programme de protection sociale basé sur plusieurs piliers, notamment l’augmentation annuelle des retraites de 15 % en juillet au lieu de 10 % auparavant, et l’augmentation annuelle des allocations consacrées au programme Takafol wa Karama pour les veuves et les personnes handicapées. Des mesures qui montrent que la lutte contre la pauvreté et l’amélioration du niveau de vie des couches défavorisées de la population sont au coeur de la préoccupation du gouvernement.

La moyenne du revenu net annuel de la famille selon le lieu de logement (en mille L.E.)

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