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Pour l’amour de Tanis

Nasma Réda, Mercredi, 31 juillet 2019

Deux mois après la signature, entre l'Egypte et la France, d'un important accord de coopération concernant le site San Al-Hagar, à Charqiya, les premiers travaux ont été lancés mi-juin. L'initiative est ambitieuse et le projet doit se poursuivre jusqu’à fin 2020.

Pour l’amour de Tanis

C’est dans l’objectif de mettre en valeur le site de Tanis que le ministère égyptien des Antiquités et l’ambassade de France ont lancé, mi-avril dernier, un ambitieux projet de coopération franco-égyptienne pour la protection et la mise en valeur du site de San Al-Hagar. Les premiers travaux ont commencé mi-juin. Ce projet est financé par le minis­tère français de l’Europe et des Affaires étrangères dans le cadre du Fonds de Solidarité Prioritaire Innovante (FSPI). Le projet porte sur l’aménagement d’un centre d’interprétation et de facilités pour les visiteurs. Cela se fait par l’ins­tallation d’une signalétique (panneaux d’information) sur le site, la création de pages web offrant des informations complémentaires, des images d’ar­chives datant de la découverte, et la présentation des objets découverts dans les tombes royales, accessibles grâce à des codes placés sur les panneaux d’in­formation.

Pour ce qui est du domaine archéologique, le projet débutera par la restauration de la porte monumentale d’Amon fondée par Chéchanq III (825-773 av. J.-C.). Ce pharaon de la XXIIe dynastie se fit enterrer à Tanis où il avait fait construire cette porte dans le mur d’enceinte en briques de Psousennès Ier (1040-993 av. J.-C., pharaon de la XXIe dynastie tanite), avec de nombreux remplois de monuments plus anciens, pour la plupart en granit: blocs de Chéops et de Chéchanq Ier, fragments d’obé­lisques et de colosses de Ramsès II. L’initiative portera également sur la restauration de monuments sur le site, tels que les obélisques, les colosses, les statues, les colonnes ainsi que tous les temples, comme celui d’Amon, de Khonsou, d’Ho­rus ou de Mout, et le lac sacré d’Amon. « Tanis est l’un des rares sites où l’on compte autant d’obé­lisques. Réemployés par Pi-Ramsès, certains ont été ré-érigés tels quels devant les façades monumentales du temple, d’autres ont été débités en simples blocs de construction », explique Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil suprême des antiqui­tés. Il ajoute que trois des nombreux obélisques de Tanis ont été transportés au Caire pour être exposés à la Nouvelle Capitale et au Nouveau Grand Musée (GEM).

Outre les colosses, dont la plupart appartiennent à Ramsès II, qui sont en quartzite et qui ornaient la façade du sanctuaire d’Amon, viennent aussi, à l’est, les colonnes en granit aux car­touches d’Osorkon II re-gravés sur ceux de Ramsès II. Tandis que dans la partie nord, le lac sacré, qui a été bâti durant la XXXe dynastie avec de nombreux blocs de remploi en calcaire provenant de monuments plus anciens démantelés, sera nettoyé.

Protection des tombes royales

Le projet concerne aussi la protection des tombes royales contre les eaux de pluie, leur conservation et restauration, également l’aménagement de la nécro­pole royale pour la rendre accessible aux visiteurs. A savoir que les pharaons des XXIe-XXIIe dynasties ont fait bâtir leurs tombes dans la partie sud-ouest de l’aire sacrée du dieu Amon. Les tom­beaux principaux sont ceux de Psousennès Ier, Osorkon II et Chéchanq III qui intègrent également d’autres inhumations importantes.

Le tombeau de Psousennès Ier com­porte deux caveaux de granit où ont été retrouvées les riches sépultures du sou­verain et de son successeur Aménémopé, seuls tombeaux royaux de l’Egypte Ancienne retrouvés intacts après la tombe de Toutankhamon. L’antichambre de calcaire renfermait celles des rois Siamon, Psousennès II et Chéchanq II. Deux chambres additionnelles avaient été aménagées pour des proches de Psousennès Ier (le général Oundebaounded et le prince Ankhefenmout). « Cette riche collection de masques en or et des bracelets, ainsi que d’autres objets de valeur, remplace­ra les trésors du roi Toutankhamon au Musée du Caire de la place Tahrir après leur déplacement définitif au GEM », déclare Sabah Abdel-Razek, directrice du Musée égyptien du Caire. Le tom­beau d’Osorkon II (XXIIe dynastie), dont l’énorme sarcophage est visible dans son caveau de granit, accueillait également les sépultures de son père, le roi Takélot Ier, et de son fils, le prince et grand prêtre d’Amon, Hornakht. Bâti avec de nombreux remplois de calcaire provenant de tombes privées de la XXIe dynastie (certains encore visibles sur les parois extérieures), le tombeau de Chéchanq III renferme les sarcophages du roi et de son successeur Chéchanq IV. Le caveau est richement décoré d’extraits du Livre de l’Au-delà.

Le nouveau projet franco-égyptien s’intéresse aussi à la sensibilisation des citoyens, notamment des élèves de la région, et ce, en organisant des visites sur le site de San Al-Hagar. Mené en étroite collaboration avec la mission française des fouilles de Tanis, le pro­jet est mis en oeuvre par l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) et le ministère égyptien des Antiquités. Il bénéficie de l’expertise du Musée du Louvre et de plusieurs institutions scientifiques françaises, notamment l’Université de Montpellier et le Centre Interdisciplinaire de Conservation et Restauration du Patrimoine (CICRP), ainsi que le Fonds Chéops pour l’archéologie. Ce projet a également reçu le soutien de la Direction générale des patrimoines du ministère français de la Culture.

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