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Le Sinaï en pleine métamorphose

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 07 mai 2019

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a inauguré, le 5 mai, une série de projets nationaux dans la ville d’Ismaïliya et au centre du Sinaï, dont deux gigantesques tunnels au nord d’Ismaïliya. Des projets destinés à relancer les roues du développement dans la péninsule et dans l’axe du Canal de Suez.

Le Sinaï en pleine métamorphose

La mission est accomplie et l’heure de l’inauguration a sonné. Le 5 mai, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a inauguré une dizaine de grands projets au centre du Sinaï et dans la ville d’Ismaïliya, avec en tête les deux gigantesques tunnels au nord d’Ismaïliya reliant la péninsule du Sinaï au Delta du Nil. Au bout de ces tunnels, dans la rive orientale du Canal de Suez, une nouvelle vie se dessine. Outre les tunnels, « la nouvelle ville d’Ismaïliya », sortie des sables, figure parmi les projets inaugurés. Sur une superficie de 2 828 feddans, cette cité offre 52 000 logements. Deux ponts flottants et de nouveaux axes de routes pour raccorder les tunnels au réseau routier existant ont été également mis en place. Un nouveau marché aux poissons sur une superficie de 7 200 m2 renfermant 20 magasins pour la vente en gros a également ouvert ses portes (voir page 3). « L’ampleur de l’effort déployé aujourd’hui pour le développement du Sinaï est sans précédent. Le coût des projets exécutés dans la région du Canal de Suez s’élève à 800 milliards de L.E. jusqu’à 2020 », dit le président, avant de souligner que ces projets ont été « exécutés par des sociétés civiles à 100 % » et que le rôle de l’armée s’est limité à superviser le travail et à aider ces entreprises à résoudre les problèmes auxquels elles font face, afin que ces projets puissent voir le jour dans « le délai fixé ».

En fait, l’inauguration était une occasion pour que le gouvernement dresse devant les projecteurs le bilan détaillé de la stratégie globale lancée en 2014 concernant le développement du Sinaï et les villes du Canal. Le nombre de projets exécutés par l’Etat depuis juin 2014 jusqu’en mars 2019 a atteint 751 projets, répartis dans 21 secteurs, avec un coût d’investissement d’environ 360 milliards de L.E. 243 projets devraient être achevés en juin 2020 avec un coût de 437 milliards de L.E. Le développement de l’axe du Canal de Suez figure parmi les méga-projets déjà exécutés. Lancé en 2016, ce projet vise à transformer le Canal de Suez en une zone de développement intégré comprenant des zones commerciales, industrielles, logistiques et résidentielles.

« Les investissements injectés en faveur du développement du Sinaï et des gouvernorats du Canal représentent environ 20 % du total des investissements alloués aux projets nationaux. Ce qui montre l’importance accordée à cette région », a déclaré le premier ministre, Moustapha Madbouli, avant de préciser d’autres indices positifs : « le taux de croissance démographique dans ces régions au cours des quatre dernières années a atteint 3,4 %, un taux supérieur de 1 % à la moyenne. Cela signifie que ces régions peu peuplées deviennent plus attractives après la mise en oeuvre de plusieurs projets sur le terrain ».

Les tunnels, artères de développement

Développer les infrastructures de transports « pour accélérer le développement du Sinaï et promouvoir les opportunités d’investissement dans la région du Canal de Suez se trouve au centre de ce plan », a dit Madbouli. Parmi les grands projets exécutés dans le domaine du transport figurent les tunnels « Vive l’Egypte », au nord d’Ismaïliya qui ont une longueur totale de 5 820 m avec un coût de 11,5 milliards de L.E. Deux tunnels au sud de Port-Saïd et un autre à Suez devraient prochainement voir le jour. L’Autorité du génie militaire avait mandaté quatre sociétés égyptiennes pour mettre en oeuvre le projet de quatre tunnels. Les tunnels du nord d’Ismaïliya ont été attribués à Petrojet et à Concord, alors que Arab Contractors et Orascom ont été chargées de mettre en oeuvre les tunnels du sud de Port-Saïd. Les deux autres tunnels routiers au sud de Port-Saïd ont une longueur totale de 3 920 m chacun.

« Quatre ans uniquement pour achever les tunnels est une durée exceptionnelle, puisque la construction de tels projets au monde devrait durer de 6 à 8 ans », explique Mohsen Qotb, directeur général du projet des tunnels d’Ismaïliya. Les travaux dans les chantiers ont débuté fin février 2015. L’opération de forage s’est faite de novembre 2015 à mars 2016, par une main d’oeuvre à 97 % égyptienne. Les sociétés ont commencé les travaux d’excavation des tunnels en juin 2016. « On a commencé de zéro. Les entreprises égyptiennes ont réussi à creuser des tunnels de 6 km sous terre en seulement 48 mois », dit Qotb, qui raconte que la fermeture du pont Al-Salam pour des raisons sécuritaires a eu de mauvais impact sur le mouvement des marchandises transitées à travers le Canal de Suez. Ce qui a contribué à l’augmentation du coût du transport et des marchandises. « Au lieu de rester jusqu’à 5 jours dans les longues files d’attente de voitures pour emprunter le ferry, traverser le Canal de Suez à travers ces tunnels ne durera que 20 minutes », explique Qotb. Selon Adel Amer, expert économique, « la liaison économique » entre les gouvernorats du canal convient avec l’idée de l’initiative chinoise nommée « La Ceinture et la Route », basée sur les « passages économiques pour le développement durable ».

Rompre avec l’isolement du Sinaï

Selon Ossama Oqeil, professeur de planification routière à la faculté d’ingénierie à l’Université de Aïn-Chams, ce grand projet est d’une grande importance stratégique, puisque la construction des tunnels, des ponts flottants avec le nouvel axe routier rompent définitivement l’isolement de la Sinaï. « Le développement du Sinaï est la meilleure stratégie pour lutter contre le terrorisme », explique Oqeil, avant d’ajouter : « Mais ce développement ne peut être réalisé sans une infrastructure solide qui attire des opportunités d’investissement dans la région. Le manque d’infrastructure routière était la cause principale de l’échec des plans du développement de Sinaï posés depuis sa libération ».

Attirer les investissements, mais aussi inciter les citoyens à quitter la région densément peuplée du Delta du Nil et de la vallée pour s’installer dans la péninsule du Sinaï est « le défi à venir pour accélérer le développement du Sinaï », explique Oqeil. Le premier ministre a dévoilé, lors de la cérémonie de l’inauguration, que 52 projets résidentiels ont été mis en oeuvre, avec un coût de plus de 54 milliards de L.E. dans la région du Canal de Suez et du Sinaï. 31 autres projets pour un coût de 13,3 milliards de L.E. devront être achevés en juin 2020.

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