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A quand une Afrique sans conflits ?

Amira Samir, Mardi, 30 avril 2019

Imposée par la conjoncture au Soudan et en Libye, la tenue des deux sommets africains d’urgence s’inscrit aussi dans le cadre de l’initiative de l’UA intitulée « Faire taire les armes », dans l’objectif de mettre fin aux conflits armés en Afrique d’ici 2020. Un plan difficilement réalisable.

Lancée pour la première fois en 2013, les mesures pratiques pour l’initiative « Faire taire les armes en Afrique » ont été approuvées lors du 29e Sommet africain en janvier 2017. Préparée par le Conseil pour la paix et la sécurité de l’Union Africaine (UA), cette initiative vise à mettre fin à toutes formes de guerres, aux conflits civils et à la violence qui ravagent le continent africain d’ici 2020. Elle devrait également conclure des accords finaux avec les parties au conflit pour un cessez-le-feu, la fourniture d’une assistance humanitaire aux victimes et la lutte contre la famine et le lancement d’un dialogue entre toutes les parties. La tenue des sommets d’urgence sur le Soudan et la Libye au Caire s’inscrit donc dans le cadre de l’initiative de l’UA. Cette initiative fait partie du Programme de développement durable de l’Afrique de l’agenda 2063.

En effet, suite à l’indépendance de nombreux pays africains dans les années 1960, des conflits internes ou bilatéraux entre les Etats fraîchement indépendants ont persisté dans certaines régions. Les efforts déployés pour instaurer la paix ont témoigné de nombreuses difficultés qui ont compromis le développement du continent, sa prospérité économique, la gouvernance, et bien sûr les droits de l’homme. Il fallait donc redoubler les efforts, ces dernières années, pour réaliser la paix. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’initiative de l’UA « Faire taire les armes d’ici 2020 » visant à mettre fin aux conflits en Afrique.

En février 2019, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2457 saluant cette initiative. La résolution note les efforts de l’UA et des organisations sous-régionales, dans le cadre de l’architecture africaine de paix et de sécurité, pour renforcer leurs capacités et mener des opérations de soutien à la paix sur le continent. D’ailleurs, le Conseil de sécurité se déclare prêt à soutenir la mise en oeuvre du plan directeur de l’UA sur les mesures concrètes à prendre pour faire taire les armes dans le continent.

Selon Ramtane Lamamra, haut représentant de l’UA chargé de l’objectif de faire taire les armes en Afrique, même si le nombre de conflits violents a considérablement diminué ces dernières années, certains pays africains restent encore pris au piège du cercle vicieux de ce genre de conflits. « Ces pays, où la gouvernance reste une source majeure d’instabilité, subissent notamment la criminalité transnationale, le terrorisme, la violence et la prolifération des Armes Légères et de Petit Calibre (ALPC). Il faut bâtir une forte culture de prévention de conflit sur le plan structurel, pour s’écarter de la tendance actuelle à la militarisation dans la résolution de conflit », souligne Lamamra, en rappelant que l’organisation africaine a déclaré le mois de septembre « mois de l’amnistie pour l’Afrique », jusqu’en 2020.

Un plan trop ambitieux ? Sera-t-il possible de faire taire les armes en Afrique en moins d’un an ? Pour certains analystes, ce sera impossible, parce que de nombreux pays africains ont déjà atteint un point de rupture dangereux. Pour ceux-ci, il faudra entre 20 à 40 ans pour pouvoir réaliser cet objectif. Il faudra d’abord mobiliser la volonté politique pour endiguer les flux d’armes illicites, remédier aux causes des conflits et consacrer davantage de ressources à la prévention des conflits. « La réalisation de cet objectif est encore loin d’être mise en oeuvre d’ici l’an prochain, étant donné la persistance et la complexité des conflits, l’escalade des menaces terroristes et les défis matériels et humanitaires en Afrique, aussi les interventions externes qui transforment les conflits internes en des crises régionales », explique ainsi Azza Hachem, chercheuse dans les affaires africaines.

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