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Le Golan, un territoire petit mais stratégique

Ola Hamdi, Mardi, 02 avril 2019

Occupé par Israël depuis 1967, le plateau du Golan syrien a une grande importance pour différentes raisons. Explications.

Le Golan, un territoire petit mais stratégique
Le Golan fournit à Israël un peu plus de 250 millions de m3 d’eau douce par an. (Photo : AFP)

Situé au sud-ouest de la Syrie, et entouré à la fois du Liban, de la Jordanie et d’Israël, le plateau du Golan est situé sur un carrefour haute­ment stratégique. D’une superficie totale de 1 860 km2, le plateau du Golan est long de 74 km du nord au sud. Sa largeur maximale est de 27 km. Il est parsemé de cratères volcaniques qui lui confèrent un sol basaltique favorable à l’agriculture. 21 % de la production israélienne de raisin proviennent du Golan, ainsi que 50 % de la production d’eau minérale et 40 % de la viande de boeuf. Pour Israël, les hauteurs du Golan sont un excellent site pour surveiller les mouvements syriens. C’est une zone tampon naturelle contre toute attaque militaire syrienne.

Si Israël et la Syrie accordent au Golan un intérêt particulier c’est surtout grâce à la richesse de ce plateau en ressources hydriques, en particulier la rivière Baniyas, qui alimente le Jourdain. Le Hasbani, qui prend sa source au Liban, traverse lui aussi le Golan avant de se déverser dans le Jourdain, de même que la rivière Dan. La rive est de la mer de Galilée, où arrive une grande partie de l’eau du Golan, est la principale source d’eau douce d’Israël, lui fournissant pas moins de 30 % de son eau. Le Golan (avec divers cours d’eau et nappes phréatiques) fournit ainsi à Israël un peu plus de 250 millions de m3 d’eau douce par an. Le contrôle du plateau permet, en outre, à Israël de protéger le Jourdain — fleuve qui longe le flanc ouest du plateau et que la Syrie, la Jordanie et le Liban voulaient détourner à leur profit avant l’occu­pation — mais aussi de protéger le lac de Tibériade, qu’Israël considère comme sa plus grande réserve d’eau. C’est parce que la Syrie revendiquait une frontière lui laissant accès à la rive droite de ce lac que les négo­ciations syro-israéliennes ont définitivement achoppé en avril 2000, Israël s’y opposant catégoriquement. Au milieu des années 1960, la question de l’eau a d’ailleurs été l’une des principales causes du contentieux israélo-syrien. Damas avait accusé Israël de détour­ner les sources du Jourdain. En fait, l’idée d’un « Etat d’Israël … du Nil à l’Euphrate » n’est pas une idée éphémère, le fondateur du mouvement sioniste, Théodore Herzl, dans son livre « Terre ancienne … Terre nou­velle », explique que « l’existence d’Israël dépend de l’existence des ressources en eau. L’établissement de l’Etat d’Israël a besoin d’eau pour l’agriculture, l’industrie et la consommation courante ».

D’après certains historiens, le mot « Golan » est dérivé du mot arabe « Gawalan », qui signifie errance, car le riche plateau était un pâturage où les mou­tons erraient, et les bergers venaient de toutes les régions autour du plateau pour faire paître leurs troupeaux grâce à l’abondance de la verdure, des sources d’eau et des ruisseaux. D’autres pensent que le mot réfère au grand nombre de chevaux byzantins errants lors de la bataille d’Al-Yarmouk, qui s’est déroulée sur les terres du Golan.

100 000 habitants d’ici 10 ans

En juin 1967, le Golan comptait environ 250 villages et fermes, et quelque 150 000 habitants, dont il ne reste aujourd’hui que 22 000 environ travaillant dans l’agriculture et l’élevage. Israël a laissé 5 villes principales : Aïn Qinya, Baqata, Masaada, Majdal Shams et Ghajar, habitées par les Druzes. Une partie de Ghajar est située sur le territoire libanais. Au fil du temps, Israël a construit environ 30 colonies juives et les a pla­cées sous administration militaire israélienne. Israël a également installé une base militaire au sud des hauteurs du Golan. Depuis 1967, quelque 26 000 colons israéliens se sont installés dans le Golan, construisant des vergers, des vignobles et des hôtels, transformant la région en un lieu de villégiature. Le ministre israélien des Finances, Moshe Kahlon, a présenté à la Knesset un vaste plan visant à porter le nombre de colons dans les hauteurs du Golan occupé à 100 000 en 10 ans. Les quelques 22 000 Syriens qui y vivent, dont la plupart sont des Alaouites, ont également eu la possibilité d’obtenir l’iden­tité israélienne, mais la plupart ont préféré conserver uniquement la nationalité syrienne et obtenir le statut de résident permanent, ce qui leur permet d’exercer la majorité des droits conférés aux citoyens israéliens, à l’exception du vote pour la Knesset et du port du passeport israélien. Les habitants du Golan parlent l’arabe et l’hébreu.

Une protection onusienne

La Force des Nations-Unies chargée d’ob­server le désengagement (FNUOD) est basée dans des camps et des points d’observation dans le Golan. Elle est également appuyée par des observateurs militaires appartenant au groupe d’observateurs de l'ONUST déployés dans le Golan. Il existe également une « zone de séparation », d’une superficie de 400 km2. Il s’agit d’une zone démilitarisée séparant les armées israélienne et syrienne en vertu de l’ac­cord de cessez-le-feu. De même, conformé­ment à l’accord de désengagement signé le 31 mai 1974, la ligne Alpha a été tracée à l’ouest de la zone de séparation obligeant les forces israéliennes à rester derrière elle, ainsi que la ligne Bravo à l’est que les forces syriennes ne doivent pas dépasser. Un seul passage entre les parties israélienne et syrienne était utilisé jusqu’au déclenchement de la guerre en Syrie en 2011. Il était exclusivement consacré aux forces des Nations-Unies et à un nombre limité de civils druzes et au transfert des produits agricoles.

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