Mercredi, 21 février 2024
Dossier > Dossier >

Un mausolée à redécouvrir

Manar Attiya, Lundi, 11 mars 2019

Construit entre 1928 et 1931 en l'honneur de la figure de proue de la Révolution de 1919, le mausolée de Saad Zaghloul, au centre-ville du Caire, est un édifice quelque peu oublié, mais qui mérite le détour. Présentation.

Un mausolée à redécouvrir
Un style néo-pharaonique des années 1920. (Photo : Mohamad Abdou)

Un splendide édifice datant du XIXe siècle, entouré d’un jar­din de 5225 m2 avec de grands arbres et beaucoup de mauvaises herbes, ce qui indique que le jardin n’a pas été entretenu depuis long­temps. C’est à l’intérieur de cet édi­fice historique que se trouve la tombe de Saad pacha Zaghloul (1853-1927) ou « Darih Saad » en arabe.

Le monument se trouve dans la rue Falaki, qui est perpendiculaire à la rue Qasr Al-Aïni, au centre-ville du Caire, en face de la maison de Saad Zaghloul, surnommée « Beit Al-Oumma » (maison de la nation), où les Wafdistes se retrouvaient avant et après le déclenchement de la Révolution de 1919. A quelques pas du mausolée se trouve la station de métro Saad Zaghloul. La plupart des immeubles aux alentours don­nent sur le mausolée et son jardin, à l’exception de certains bureaux gou­vernementaux à l’est et du siège du ministère de la Production militaire au sud. Au-delà des environs immé­diats, cette zone du Caire regorge de bureaux gouvernementaux, aux­quels se rendent chaque matin des milliers de fonctionnaires. Durant la journée, les trottoirs autour du mau­solée sont occupés par les vendeurs ambulants, qui offrent toutes sortes de marchandises: légumes, fruits, sous-vêtements, poissons, télécom­mandes, etc. Une fois la journée de travail des fonctionnaires terminée, les vendeurs quittent les rues et les trottoirs, laissant derrière eux un tas de détritus. Le mausolée semble être devenu invisible pour ces mar­chands ambulants et pour les per­sonnes qui habitent d’autres quar­tiers de la capitale et qui viennent à Saad Zaghloul uniquement pour effectuer des démarches administra­tives.

Le leader Saad Zaghloul est mort le 23 août 1927. Il a d’abord été enterré dans le cimetière d’Al-Imam Al-Chaféï, puisqu’il n’existait pas encore de tombe spéciale pour lui. Après la mort du symbole de la Révolution de 1919, Abdel-Khaleq pacha Sarwat, lui aussi politicien, a décidé d’édifier un mausolée gigan­tesque pour le défunt révolution­naire. En 1925, Zaghloul avait ache­té un terrain sur lequel il espérait construire un club politique pour le parti Wafd. Ce rêve ne s’était pas réalisé et l’endroit a servi pour construire le mausolée où il est enterré actuellement.

Style néo-pharaonique

Le mausolée a été construit entre 1928 et 1931 par le célèbre archi­tecte Moustapha Fahmi. Le style à donner au nouveau bâtiment a fait l’objet d’un débat: fallait-il opter pour le style néo-pharaonique des années 1920, pour un renouveau arabo-islamique, revenu à la mode au début des années 1930, ou pour un style napoléonien? En fin de compte, l’édifice a été construit en granit, dans un style néo-pharao­nique et avec des inscriptions calli­graphiques. L’entrée est flanquée de deux grands piliers en forme de lotus.

Saad Zaghloul, en tant qu’homme politique influent, a passé la plus grande partie de sa vie à tenter de mettre fin à l’occupation britannique de l’Egypte et du Soudan, commen­cée en 1882. Il est devenu premier ministre le 26 janvier 1923, poste qu’il a occupé jusqu’au 24 novembre 1924. Saad Zaghloul n’est pas seul dans le mausolée historique. Sa femme, Safiya Zaghloul, y est égale­ment enterrée. Figure importante elle aussi de la Révolution de 1919, Safiya était militante politique et féministe au sein du parti Wafd après l’exil de son mari. Elle est restée active au sein du parti jusqu’à sa scission en 1936.

Vu l’importance et la beauté de l’édifice dédié à la mémoire de Saad Zaghloul, on peut regretter qu’il soit si peu mis en valeur pour les visi­teurs aussi bien égyptiens qu’étran­gers. Aux heures de pointe, il dispa­raît sous le brouhaha causé par la station de métro de Saad Zaghloul et le marché de légumes du même nom. Les chiens errants accentuent l’im­pression de chaos. « C’est notre gagne-pain. Nous sommes obligés de vendre nos produits près des stations de métro et des institutions gouver­nementales pour subvenir à nos besoins », explique une vendeuse de vêtements pour enfants. Cela ne doit toutefois pas empêcher les visi­teurs — égyptiens et étrangers — de se rendre dans ce lieu historique pour se plonger dans l’histoire de l’Egypte, et la Révolution de 1919 en particulier .

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique