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Le Wafd, un passé glorieux, un avenir incertain

Ola Hamdi et Racha Darwich, Lundi, 11 mars 2019

Cent ans après sa création, le parti Wafd se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. Que reste-t-il de ce parti historique? Et quelle place y occupent les jeunes? Enquête.

Le Wafd, un passé glorieux, un avenir incertain
« Beit Al-Oumma  », la maison de Saad Zaghloul transformée en siège du parti du Wafd.

A sa création, à la suite de la Révolution de 1919, le Wadf était essentiellement formé de jeunes qui s’étaient donné pour mission de lutter pour l’indépendance de l’Egypte. « Les jeunes étaient un partenaire-clé de la Révolution du 9 mars 1919 et de toute la période de la monarchie jusqu’en 1952. Moustapha Al-Nahhas, après la mort de Saad Zaghloul, s’est associé aux étudiants, donnant ainsi naissance au mouvement des chemises bleues appartenant au Wafd pour faire face aux Frères musulmans et leurs équipes itiné­rantes », explique Mahmoud Ali, un membre du parti qui appartient à la génération « médiane ». Cette époque est révolue. « Cependant, avec la disparition des grandes figures de proue du néo-Wafd, l’idée de lea­dership a pris fin. La structure interne du parti a changé donnant plus d’autorité au président du parti et à ses grands noms aux dépens des jeunes », ajoute Mahmoud Ali. Pourtant, le parti tente tant bien que mal de s’intéresser aux jeunes. « Les jeunes sont très présents dans le parti du néo-Wafd. Ils jouent un rôle important dans les diverses activités du parti. Un comité et une union des jeunes leur sont consacrés », déclare Tareq Tohami, secrétaire général-adjoint du parti et membre du bureau politique.

« Après les révolutions du 25 janvier et du 30 juin, essentiellement soulevées par les jeunes, le parti a connu l’adhésion d’un grand nombre de jeunes. Mais les conjonctures économiques difficiles des dernières années les ont encore une fois écartés de la vie politique », explique Mohamad Arnab, 30 ans, président du comité général des jeunes au Caire. Ce jeune homme, bien que n’appartenant pas à une famille wafdiste, a été élevé dans les principes de ce parti. Tout jeune, sa mère lui apprend à lire et écrire en recopiant les articles du journal Al-Wafd, le seul que son grand-père lisait. Fortement attaché aux principes du Wafd, il est convaincu que c’est le parti de tous les Egyptiens, refusant la classification entre jeunes et vieux. Dès sa création en effet, le Wafd prend le nom de Beit Al-Oumma (la mai­son de la nation), soit de tous les Egyptiens.

A l’origine, le Wafd est un mouvement natio­naliste qui, dans le but d’obtenir l’indépen­dance de l’Egypte, était la délégation perma­nente du peuple égyptien à la Conférence de Versailles, au lendemain de la Première Guerre mondiale. « Tous nos grands-pères ont signé des procurations à Saad Zaghloul et à sa délé­gation pour les représenter à Versailles », dit Mohamad Arnab. Quant à Ehab Mahrous, 29 ans, un jeune membre du parti, il se dit satisfait du taux de 25% que représentent les jeunes au sein du parti. Cependant, il espère que les jeunes bénéficieront d’une plus grande atten­tion de la part des leaders pour leur permettre de jouer un rôle plus actif une fois qu’ils sortent du comité des jeunes à l’âge de 35 ans. « Quand ils font partie du comité des jeunes, ce sont eux qui font tout le travail de terrain et qui sont en contact direct avec le public. Mais à l’âge de 35 ans, ils quittent leur comité et font leur entrée dans la cour des grands où ils se sentent com­plètement perdus. Si nous avons plus de chance de prouver nos compétences, nous pourrons faire beaucoup de choses », explique Mahrous.

Trois générations et trois crises

Le Wafd, un passé glorieux, un avenir incertain
Les présidents du parti depuis sa création.

Selon Tareq, après le retour du parti à la vie politique en 1983 sous le nom de néo-Wafd après les années de gel des partis imposé par Nasser, il existait un large fossé entre l’an­cienne et la nouvelle générations. Mais, au début des années 1990, ce fossé s’était quelque peu réduit avec la croissance du nombre de membres. A l’heure actuelle, le parti néo-Wafd compte trois générations: les leaders âgés, une génération médiane et enfin les jeunes, mais il n’existe aucun fossé entre eux. « Les leaders ont toujours laissé les portes ouvertes aux jeunes. Ils les guident et leur inculquent les principes de la vie politique. Les jeunes occu­pent d’ailleurs une place évidente et importante au sein du parti. La preuve en est que cinq sièges sont consacrés aux jeunes au secrétariat du haut comité du parti », dit Tohami. Et d’ajouter que toutes les réunions du parti à tous les niveaux sont ouvertes à tous ses membres, même aux jeunes dont le taux atteint 40% des membres de ce parti historique. Cependant, les jeunes comme Ehab Mahrous et Mohamad Arnab, ainsi que d’autres assurent que le taux des jeunes ne dépasse pas les 25% au sein du parti !

Nombreux sont ceux qui pensent que les crises et les divisions, qui ont secoué le Wafd, sont à l’origine de l’éloignement des jeunes. « Ces crises donnent une mauvaise impres­sion », estime Mahmoud Ali. En effet, le Wafd a connu trois grandes crises au cours des der­nières années à partir de 2001. La première est survenue lorsque de nombreuses figures de proue partisanes de Mahmoud Abaza ont pré­senté leurs démissions, car elles n’étaient pas convaincues que Noamane Gomaa succède à Fouad Séragueddine à la tête du parti. Le parti s’est alors divisé en deux clans, pro-Abaza et pro-Gomaa

Le Wafd, un passé glorieux, un avenir incertain
Le hall principal du parti.

La seconde crise est survenue à la suite de l’élection d’Al-Sayed Al-Badawi à la tête du parti en 2006. En opposition à la gestion d’Al-Badawi du parti, Fouad Badrawi a investi le parti avec ses partisans. La crise s’est exacer­bée jusqu’à ce que Fouad Badrawi et ses partisans aient été limogés du parti. Ce dernier a alors annoncé la création du courant de la réforme du Wafd et a appelé à l’organisation d’élections anti­cipées. La dernière crise, qui a forte­ment ébranlé le parti, est survenue à la suite des dernières élections du haut comité organisées en novembre dernier lorsque 26 membres, qui ont perdu aux élections, ont refusé les résultats et ont eu recours à la justice. Les choses se sont compliquées jusqu’à ce le prési­dent du parti, Bahaa Abou-Choqqa, décide de limoger 6 membres. « Le parti souffre d’un manque de vision et de confusion entre un passé glorieux et un avenir incertain. Cela explique les crises et les divisions vécues par le parti. Tout cela ne va certainement pas dans son intérêt. Alors qu’il faisait par­tie des anciens partis qui jouissaient d’une large popularité, il n’attire main­tenant que très de peu de membres », explique le politologue Hassan Salama, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire. En effet, dans le parlement actuel, le Wafd n’est repré­senté que par 45 membres seulement, alors qu’il était majoritaire aux pre­mières élections législatives en 1924 en remportant 195 sièges des 214 du parle­ment.

Selon Salama, ce qui manque au Wafd, c’est un véritable espace de liber­té, un relâchement des pouvoirs du pré­sident du parti et une rotation du pou­voir. « Le Wafd est prisonnier du passé qui a été dirigé par des leaders histo­riques. C’est son véritable problème. S’il continue sur cette voie, il s’effon­drera certainement », conclut-il .

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