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L’autre guerre

Amira Samir, Mardi, 05 mars 2019

Israël mène depuis des décennies une véritable guerre pour s’emparer des monuments historiques palestiniens. Malgré le retrait israélien de l’Unesco début 2019, la lutte des Palestiniens pour conserver leur patrimoine se poursuit.

L’autre guerre
L'Unesco a adopté en mai 2017 une résolution sur le statut de Jérusalem, présentant Israël comme « puissance occupante. (Photo : AFP)

La mosquée Al-Ibrahimi, ou d’Ibrahim, à Hébron, est connue pour abriter le caveau des patriarches. Il s’agit d’un lieu saint à la fois partagé par les musulmans et les juifs. Selon les croyances, ce tombeau abrite en son coeur les tombes d’Abraham, de son épouse Sarah, de son fils Isaac, de son petit-fils Jacob et de leurs descendants. En 2010, six ans après le massacre de la mos­quée d’Ibrahim, le gouvernement israélien a inscrit le mausolée sur la liste de ses monuments histo­riques. Et ce n’est qu’en juillet 2017 que l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a tranché ce dossier brûlant oppo­sant Israéliens et Palestiniens, en classant ce site de la vieille ville d’Hébron sur deux listes : celle de « zone protégée » du patrimoine mondial, et en tant que site « d’une valeur universelle excep­tionnelle en danger ». La vieille ville d’Hébron est explicitement mentionnée par l’Unesco comme « islamique », appartenant à la « Palestine », membre à part entière de l’organisation depuis 2011.

Après cette décision, alors que les Palestiniens se sont immédia­tement félicités d’un « succès » diplomatique, les relations se sont tendues entre Israël et l’Unesco. Les responsables israéliens ont accusé cette dernière de nier une présence juive de 4 000 ans et ont immédiatement exprimé leur opposition à cette décision. Et en réaction à cette résolution, le 12 octobre 2017, les Etats-Unis ont annoncé l’intention de se retirer de l’Unesco, l’accusant d’être « anti-israélienne », et de sus­pendre leur contribution finan­cière, évaluée à 22 % du budget de l’organisation. Quelques heures plus tard, Israël avait fait part d’une décision similaire. Le 1er janvier dernier, ce double retrait, américain et israélien, est devenu effectif.

L’hébraïsation toujours

en marche

L’inscription en urgence d’Al-Khalil au patrimoine mondial n’est pas la seule bataille cultu­relle remportée par la Palestine au sein de l’Unesco. Depuis l’admis­sion de la Palestine au sein de l’organisation, en octobre 2011, plusieurs résolutions ont été adoptées suscitant la colère d’Is­raël. En juin 2012, l’Unesco ins­crit le site de l’église de la Nativité de Bethléem, en Cisjordanie, au patrimoine mon­dial, usant d’une procédure d’ur­gence. Il s’agit du premier site palestinien inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’organi­sation. Une autre résolution a été adoptée, le 18 octobre 2016, déclarant « patrimoine palesti­nien » la zone située aux alen­tours de la mosquée Al-Aqsa. Le 5 mai 2017, une résolution sur le statut de Jérusalem présentant Israël comme « puissance occu­pante » est entérinée par le Conseil exécutif de l’Unesco en séance plénière.

« Dès la création de leur Etat, les Israéliens ont lancé une cam­pagne systématique visant à défi­gurer, démolir, réécrire et parfois effacer l’histoire et le patrimoine culturel palestiniens, que ce soit islamique ou chrétien, afin de masquer son identité palesti­nienne et de marginaliser l’exis­tence arabe sur les territoires occupés », souligne Tareq Fahmi, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire. Cette campagne violente d’Israël consiste, entre autres, comme ajoute le politologue, à « renom­mer les lieux des territoires occu­pés ». L’hébraïsation de la carte est un projet national promu par Israël qui consiste à apposer des noms hébreux sur tous les lieux de la carte palestinienne.

Jérusalem et Gaza, déformer le patrimoine

Outre la Cisjordanie, le conflit culturel entre Palestiniens et Israéliens a éclaté depuis long­temps dans plusieurs autres lieux palestiniens. Parmi les plus importants, Jérusalem, où les Israéliens ont détruit un grand nombre de monuments culturels et historiques et de lieux de culte islamique. En 1981, la vieille ville de Jérusalem et ses monu­ments (environ 220 à l’époque) ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Parmi ces importants monu­ments, la mosquée Al-Aqsa, le Dôme du rocher et ses remparts. Selon Fahmi, le processus de judaïsation de la Ville sainte s’accélère pour lui faire perdre son caractère arabe et multicon­fessionnel. Avant 1967, Israël ne possédait pas un seul centimètre de Jérusalem-Est. Aujourd’hui il possède 87 % de ce territoire.

Au cours de l’opération « Bordure protectrice », dans la bande de Gaza, Israël a détruit 73 mosquées en 2014, dont cer­taines historiques et très anciennes, datant de plus de mille ans. La mosquée Al-Omari, à Jabaliya, est l’une d’elles. Construite il y a près de 1 365 ans, elle était considérée comme un symbole de la grandeur pas­sée pour les Gazaouis. Les attaques contre le patrimoine culturel palestinien sont égale­ment nombreuses à Naplouse, Ariha (Jéricho), Yaffa (Jaffa), Haïfa et dans de nombreux autres villages et villes de la Palestine occupée.

Néanmoins, détruire le patri­moine palestinien, changer les noms des rues et déformer l’his­toire ne pourront pas effacer l’identité de cette nation très ancienne.

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