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En Israël, entre droite et droite

Racha Darwich, Mardi, 05 mars 2019

Le paysage politique israélien est en ébullition à l’approche des législatives anticipées d’avril prochain. Un chiffre record de 47 listes en lice se disputent les 120 sièges de la Knesset. Passage en revue de la scène électorale.

En Israël, entre droite et droite
Selon les derniers sondages, l'alliance Gantz-Lapid devancerait la coalition du Likoud. (Photo : AP)

De la création de la formation politique Bleu et blanc à l’alliance controversée du Likoud avec l’extrême droite et les partis religieux, en passant par les divisions au sein de la liste arabe commune, et par le lancement de pas moins de six nouveaux partis, la scène électorale israélienne connaît de nombreux soubresauts depuis que le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a dissout la Knesset en décembre dernier, entraînant ainsi l’organisation d’élections anticipées le 9 avril prochain.

Tout a commencé par la démission surprise de l'ancien ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, le 14 novembre dernier, et le retrait de son parti Israël Beitenou de la coalition au pouvoir, comme signe de refus de l’accord de cessez-le-feu indirectement conclu entre Israël et le Hamas. Un geste qui a mis à mal Benyamin Netanyahu, puisque sa coalition ne disposait plus que d’une faible majorité de 61 députés sur 120 : deux semaines après la sortie d’Israël Beitenou, fin décembre, la coalition du premier ministre israélien a décidé à l’unanimité de dissoudre le parlement huit mois avant la fin de la législature. En fait, si Netanyahu s’était trouvé affaibli au parlement — sa coalition a été incapable de faire passer le projet de loi sur la conscription des juifs ultraorthodoxes dans l’armée —, sa décision de convoquer les élections anticipées s’explique aussi par une autre raison : cerné par les affaires de corruption, Benyamin Netanyahu espère prendre de vitesse la justice en renouvelant son mandat et profitant d’une immunité politique.

Et depuis la convocation des élections, le paysage politique israélien est en ébullition. Quelques heures seulement avant la fermeture des dépôts de candidature, les deux rivaux les plus sérieux de Netanyahu, Yaïr Lapid et Benny Gantz, ont annoncé l’union de leurs partis. Issue de l’alliance entre le parti de Lapid (il y a un futur) et le tout jeune parti de Gantz (Résilience d’Israël), la nouvelle formation politique baptisée Bleu et blanc, en allusion aux couleurs nationales israéliennes, se revendique du centredroit. Outre Gantz, elle regroupe également deux anciens chefs d’état-major des armées : Moshe Ya’alon, également ex-ministre de la Défense de M. Netanyahu, Gaby Ashkenazi, nouveau venu en politique, et Avi Nissenkorn, désormais ex-président de la puissante Fédération générale des travailleurs de la terre d’Israël.

Netanyahu encore plus extrémiste

En fait, l’alliance de Benny Gantz et Yair Lapid se pose en alternative d’un chef de gouvernement qui mène une campagne de plus en plus décomplexée. Visé par trois enquêtes pour corruption et menacé d’une possible mise en examen, Benyamin Netanyahu veut assurer sa survie politique à droite, même s’il se rallie aux partis les plus extrêmes. Il parvient à une fusion des listes de Foyer juif, parti nationaliste religieux déjà dans sa coalition avec la formation d’extrême droite, Force juive. Cette alliance avec Force juive, majoritairement considérée comme raciste, est très critiquée à gauche, mais aussi par une partie de la droite israélienne. Elle a même valu à Netanyahu les critiques de l’AIPAC, le lobby pro-israélien du Congrès américain.

Une première pour cette organisation qui tient à rester à l’écart des affaires internes israéliennes. Selon les derniers sondages, Bleu et blanc remporterait 36 sièges à la Knesset et le Likoud 30. « Si le Likoud venait à remporter les élections, les conjonctures palestiniennes se détérioreraient encore plus. Il est difficile de s’imaginer que le chef de gouvernement, qui a fait passer la loi de l’Etat-nation et qui utilise le slogan Plus de colonies pour attirer plus de voix, mette un terme à la violation des Territoires palestiniens. D’ailleurs, tous les principes du Likoud depuis sa création confirment le droit d’Israël sur tous les territoires historiques d’Israël, la Palestine et l’est du Jourdain », explique Noura Fakhry, chercheuse dans les affaires israéliennes, dans son étude publiée par la revue politique spécialisée Al-Siyassa Al-Dawliya (politique internationale).

Et d’ajouter : « Quant à l’alliance Bleu et blanc, elle n’a pas exprimé ses positions que ce soit envers la loi l’Etat-nation ou envers les causes palestiniennes. Bien que Netanyahu tente de l’attaquer en la décrivant de coalition de gauche pro-arabe, il faut rappeler que Gantz s’est vanté d’avoir renvoyé Gaza à l’âge de pierre lorsqu’il commandait l’armée israélienne sous le règne de Netanyahu ».

La gauche en agonie, les partis arabes divisés

Quant à la gauche, elle se trouve de plus en plus affaiblie et continue sa descente dans les sondages. En effet, le Parti travailliste, qui représente historiquement l’un des deux grands partis d’Israël avec le Likoud, mènera seul les élections après avoir refusé l’offre du parti de gauche, Meretz, pour concourir ensemble. En effet, la chef du parti Meretz, Tamar Zandberg, avait appelé les Travaillistes à créer une coalition de gauche après l’annonce de l’alliance Gantz-Lapid, et pour faire barrage à la coalition de Benyamin Netanyahu, mais son offre a été refusée. « Le conflit électoral est maintenant entre une droite qui représente les tendances laïques de la société israélienne et une droite sociale rigoriste. Dans les deux cas, le dossier palestinien ne représente aucunement un sujet de discussion en Israël. Les termes droite et gauche se rapportent désormais aux visions sociales. Ils n’ont plus aucune relation avec la politique envers les Palestiniens », ajoute la même étude.

De leur côté, les quatre partis arabes, qui s’étaient unis sous la houlette de la liste arabe commune lors des législatives de 2015, se sont divisés cette fois-ci en deux listes distinctes.

Le parti arabo-juif Hadash (communiste) est parvenu à un accord avec le Mouvement arabe pour le renouveau Taal d’Ahmed Tibi (porteparole de la Knesset et ancien conseiller de Yasser Arafat), pour se présenter sur une liste commune. Cette décision intervient après que Tibi a annoncé en janvier le retrait de Taal de la liste arabe commune pour se lancer seul dans les élections. D’autre part, le mouvement islamique Raam et les nationalistes de Balad sont parvenus à un accord pour former une autre alliance. Cette division réduit considérablement les chances de ces partis arabes face aux coalitions israéliennes de droite, surtout qu’il faut franchir le seuil de 3,25 % des voix qui permet de siéger à la Knesset avec le lot de 4 sièges. En effet, Israël avait élevé ce seuil de 2 % à 3,25 % avant les législatives de 2015 pour empêcher les partis arabes d’arriver au parlement. Mais la formation d’une seule liste électorale leur avait alors permis de remporter 13 sièges sur les 120 sièges, sans oublier que la participation des Arabes aux élections était la plus forte depuis la création de l’Etat hébreu.

Mais cette fois-ci, on craint fort que les électeurs arabes s’abstiennent de se rendre aux urnes à cause de leur hésitation entre les deux listes. En effet, les derniers sondages révèlent que la coalition Hadash-Taal pourrait remporter 10 sièges et la formation Raam-Balad 4.

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