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Une victoire, mais encore des défis

Amira Samir, Mardi, 26 février 2019

Daech ne contrôle plus aujourd’hui qu’environ 1 % des territoires qu’il avait auparavant occupés et est sur le point d’être définitivement battu. Mais une autre phase dans la lutte antiterroriste s’ouvre après la bataille millitaire.

Une victoire, mais encore des défis
Quasiment battu, Daech ne détient plus que 1 % des territoires occupés.

Retranché dans une petite poche d’un demi-kilomètre carré, Daech vit ses derniers jours en Syrie. L’heure de l’assaut final contre le groupe terroriste a sonné. C’est dans le village de Baghouz, à l’est de la Syrie proche de la frontière iraqienne où les derniers combattants sont encerclés depuis des semaines.

« Dans un laps de temps très court, qui ne durera pas plus que quelques jours, nous annoncerons officiellement la fin de l’existence du groupe. Les djihadistes sont désormais assiégés dans un quartier dont la surface est estimée à 700 mètres de long sur 700 mètres de large. Soit un demi-kilomètre carré dans le village de Baghouz », a précisé Jia Furat, commandant de la force arabo-kurde, une alliance de combattants arabes et kurdes menant l’offensive anti-daech soutenue par la coalition internationale menée par Washington. L’opération de l’évacuation des habitants de cet ultime réduit du groupe terroriste par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) a débuté avant de lancer l’offensive finale pour arracher le dernier morceau de terre sous l’occupation de Daech. En fait, près d’une trentaine de camions chargés d’hommes, mais surtout de femmes et d’enfants, ont quitté cette zone.

Les violents combats ont poussé, dès le début de décembre, près de 40 000 personnes de s’échapper de Baghouz et des villages voisins. Les combattants arrêtés sont envoyés dans des prisons, et leurs familles dans des camps du Kurdistan syrien. Quelque 2 000 personnes sont encore présentes dans le demikilomètre carré que tient Daech dans le village de Baghouz. « Alors que des milliers d’étrangers fuient le califat en ruine, le fardeau qui est déjà trop lourd pour nous devient encore plus lourd », a prévenu Moustafa Bali, porteparole des FDS. « C’est le plus grand défi qui nous attend à moins que les gouvernements n'agissent et n'assument leurs responsabilités à l’égard de leurs citoyens. Le nombre des évacués est majeur. Même les prisons ne peuvent pas les accueillir », a-t-il ajouté sur Twitter.

De lourdes répercussions

Après avoir étendu son contrôle sur une part significative de l’Iraq, Daech a annoncé, en juin 2014, la création de son califat dirigé par son leader, Abou-Bakr Al-Baghdadi. A son apogée, le « califat » de Daech avait une superficie comparable à celle de la Grande-Bretagne actuelle (environ 250 000 km2).

Selon l’Onu, Daech compterait jusqu’en août dernier 20 000 à 30 000 combattants en Iraq et en Syrie. Ces plusieurs milliers de djihadistes sont venus des quatre coins du monde. Ils occupaient un tiers de l’Iraq et un tiers de la Syrie, avec une population estimée entre 10 et 12 millions de personnes.

Les premiers raids américains frappant les combattants de Daech et leurs équipements datent de l’année 2014. Le groupe a perdu son emprise sur la ville de Mossoul, puis de Raqqa en octobre 2017. Et depuis, il a cédé la vaste majorité de son ancien territoire, mais laisse derrière lui une zone ravagée par la guerre. En Iraq, les autorités avaient proclamé la victoire sur Daech en décembre 2017. En Syrie, la coalition internationale et celle arabo-kurde ont annoncé cette semaine que les jours de Daech sont comptés.

Selon Safinaz Ahmad, chercheuse au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, « si la phase la plus difficile concernant l’affrontement militaire face à l’organisation terroriste est sur le point de se terminer, la guerre contre Daech s’ouvre à une nouvelle étape encore plus difficile ». « La difficulté réside ici dans les répercussions de la guerre sur la sécurité et la souveraineté des Etats iraqien et syrien, d’une part, et sur l’avenir de la sécurité et de la stabilité dans les zones libérées, d’autre part », ajoute-t-elle.

Selon beaucoup d’observateurs, l’organisation n’a pas été totalement éradiquée et elle a toujours une présence en Iraq et en Syrie. Moins visible, la propagande du groupe reste toujours en ligne sur les réseaux sociaux. En 2018, le groupe a publié une dizaine de longues vidéos par semaine. La majorité des vidéos sont conventionnelles contre ses différents adversaires. Et bien que l’organisation ait perdu son appareil militaire ainsi que la quasitotalité de son emprise territoriale, elle est encore capable de mener des attaques sur le territoire syrien. Le 21 février, un attentat à la voiture piégée, revendiqué par Daech, a tué 20 personnes dans l’est de la Syrie, à une dizaine de kilomètres seulement d’une grande base de l’alliance arabo-kurde. Six combattants de la force arabokurde ont été parmi les victimes.

Et le 16 janvier dernier, le groupe a revendiqué la responsabilité d’un nouvel attentat suicide dans lequel ont été tuées 19 personnes, dont 4 soldats américains. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière contre les troupes américaines depuis 2014. Selon Safinaz Ahmad, ces incidents illustrent « la capacité de déstabiliser » que maintiennent encore les combattants de Daech, même s’ils sont désormais acculés dans de petites poches.

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