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Eman Ragab : L’Egypte possède beaucoup d’opportunités pour activer davantage son rôle au sein de l’UA

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 12 février 2019

Eman Ragab, experte en sécurité régionale au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, revient sur les domaines de coopération continentale dans lesquels l’Egypte peut jouer un rôle important.

Eman Ragab

Al-Ahram Hebdo : Quel sera l’impact de l’Egypte, qui vient de prendre la présidence de l’Union Africaine (UA), sur cette organisation panafricaine ?

Eman Ragab: Au cours des cinq dernières années, l’Egypte a renforcé sa place en Afrique en adoptant une diplomatie plus dynamique dans le continent. « Se diriger vers le Sud », ce slogan utilisé par le président Sissi, dès ses premiers jours au pouvoir, n’était pas seulement un slogan politique. Il s’est traduit par une série de politiques et de partenariats économiques avec le reste du continent. La nouvelle diplomatie africaine du président a permis à l’Egypte de vite récupérer sa place au sein de l’UA, après avoir été suspendue près d’un an en 2013.

Ce n’est pas la première fois que l’Egypte se trouve à la tête de l’UA, mais cette fois-ci, la présidence égyptienne a démarré avec beaucoup d’élan. Toutes les institutions officielles, les ONG et même les centres de recherches sont mobilisés pour faire réussir la présidence de l’Egypte. Il ne s’agit pas seulement de consolider les relations politiques avec le reste de l’Afrique, mais aussi de créer des opportunités pour un développement durable en Afrique. En effet, l’Egypte possède beaucoup d’opportunités pour activer davantage son rôle au sein de l’organisation panafricaine et dans tout le continent. Pourtant, les défis ne manquent pas. L’environnement stratégique en Afrique est en pleine mutation. La problématique réside dans la manière de parvenir à un mécanisme d’action en Afrique tout en prenant en considération la nouvelle donne continentale.

— Quels sont donc ces défis ?

— Il existe en effet une série de défis que pourrait affronter l’Egypte au cours de son mandat, avec en tête la concurrence entre certains pays africains dont chacun cherche à jouer un rôle influent au sein de l’organisation. C’est un défi principal qui imposera à l’Egypte la formation de réseaux d’alliances politiques ayant des caractères particuliers. Autre défi: La rivalité entre les forces régionales non africaines, comme la Turquie, l’Iran et Israël, pour élargir leurs zones d’influence et renforcer leur présence militaire ou économique dans le continent. Le dysfonctionnement dans la gestion administrative et financière de l’organisation pourra également entraver non seulement l’action de l’Egypte, mais aussi toute autre démarche qui vise à dynamiser et multiplier les sphères d’action de l’UA.

Il incombe donc à l’Egypte, pour surmonter ces obstacles, de présenter ce qui est différent au cours de sa présidence ou, en d’autres termes, marquer de son empreinte l’action africaine commune.

— Et quels sont les avantages dont l’Egypte pourrait tirer profit ?

— L’Egypte pourrait tirer beaucoup de profits de sa présidence de l’UA. Etre à la tête de cette institution africaine a premièrement une portée significative. C’est de confirmer que l’Egypte est un membre actif dans le continent et mettre ainsi définitivement un terme aux soupçons que l’Egypte est loin des intérêts africains. De plus, l’Egypte aura une grande occasion de lancer, au cours de son mandat, des initiatives qualitatives basées sur les facteurs de la puissance globale de l’Etat égyptien, qui le distinguent des autres pays africains. Par exemple, l’Egypte, classée comme la plus grande puissance militaire du continent, pourrait relancer le projet de former des brigades régionales de l’UA pour le mettre en pratique. Cette démarche pourrait être un pas en avant vers la création d’une armée africaine unique. Passer un an au coeur des interactions africaines donnera également à l’Egypte une expérience différente concernant la gestion de l’action africaine commune. Autre caractéristique : désormais, la participation de l’Egypte dans les rencontres internationales, en tant que représentante de toute l’Afrique, comme celle du G20 ou le sommet du TICAD avec le Japon qui auront lieu au cours de cette année, ouvrira des champs d’action plus larges pour la diplomatie égyptienne.

— Quels sont les domaines de coopération continentale auxquels l’Egypte pourrait transférer son expertise ?

— Il y a certainement beaucoup. L’Egypte pourra apporter son expertise au continent dans le domaine des infrastructures routières et du transport, des domaines où le secteur privé est déjà actif en Afrique. Il en est de même pour la coopération en matière des télécommunications, qui est un secteur très développé en Egypte. Sur le plan sécuritaire, l’Egypte peut s’activer à plusieurs niveaux. Le premier niveau est celui du renforcement des capacités des policiers de certains pays africains pour traquer des éléments terroristes. L’Académie de police égyptienne a réalisé un grand progrès dans la formation des cadres de la police tchadienne. L’Egypte, ayant une expérience réussie dans la lutte contre le terrorisme, pourrait entraîner les forces militaires africaines à certaines tactiques pour combattre les éléments terroristes lourdement armés. La base militaire de Mohamad Naguib a accueilli en décembre 2018 des exercices militaires conjoints antiterroristes avec les pays de la CEN-SAD (communauté des pays du Sahel et du Sahara).

Dans le domaine politique, la diplomatie égyptienne a aussi une longue expérience dans la formation d’alliances au sein d’organisations internationales, ce qui pourrait, par conséquent, promouvoir le travail conjoint avec certains pays africains à l’UA. Le dernier domaine est celui de la formation des jeunes Africains. Le programme présidentiel pour la réhabilitation des jeunes pour le leadership est un bon exemple à suivre.

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