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Union africaine : L’agenda ambitieux de l’Egypte

May Al-Maghrabi, Mardi, 12 février 2019

Réfugiés, réformes institutionnelles, sécurité et développement. C'est ainsi que le président Abdel-Fattah Al-Sissi a défini, devant le sommet de l'UA à Addis-Abeba, les priorités de l'Egypte pour sa présidence de l’Union africaine en 2019. Bilan.

Union africaine : L’agenda ambitieux de l’Egypte
Le Rwandais Paul Kagame cédant son siège de président de l'UA au président Al-Sissi lors de la session d'ouverture du 32e sommet à Addis-Abeba.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a reçu, le 10 février, la présidence de l’Union Africaine (UA) pour une durée d’un an. « Sans aucun doute, le mandat du président Sissi mènera le continent vers de nouveaux horizons afin de réaliser les aspirations de ses peuples », s’est félicité le président sortant rwandais Paul Kagame, avant de passer le flambeau au président Sissi. C’est la première fois que l’Egypte prend la présidence de l’Organisation panafricaine depuis sa création en 2002. Avant cette date, l’Egypte, membre fondateur de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) sous Nasser, a présidé trois fois cette organisation, en pleine vague de libéralisation en 1964, en 1989 et en 1993. Aujourd’hui, l’accession de l’Egypte à la présidence de l’UA vient couronner ses efforts au cours des cinq dernières années, en faveur de la sécurité et du développement du continent noir. Des efforts que l’Egypte envisage d’intensifier durant sa présidence de l’organisation au service des causes africaines.

Depuis son accession au pouvoir, le président Abdel-Fattah Al- Sissi accorde un grand intérêt au renforcement des relations avec les pays africains. Les chiffres sont là pour le prouver. Depuis 2014, environ 30 % des visites présidentielles à l’étranger étaient en Afrique. L’Egypte est porteuse d’un agenda ambitieux de réforme de l’UA. Lors de son discours devant le 32e Sommet ordinaire de l’UA, le président Sissi a tracé une véritable feuille de route pour surmonter les défis du continent, affichant les priorités de l’Egypte durant sa présidence de l’UA en 2019. « L’Egypte est déterminée à relever les défis qui se posent à l’Afrique et à défendre les intérêts du continent », s’est engagé le président, tout en félicitant les dirigeants africains pour « la confiance placée en l’Egypte à la tête de l’UA pour l’année 2019 ».

Dans son discours, le président Sissi a dévoilé les trois « fondements » de sa présidence de l’UA, à savoir : le développement des infrastructures, l’accélération de l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC) et la création d’emplois pour la jeunesse du continent.

Le président a de même insisté sur la lutte contre le terrorisme. L’Egypte défendra les intérêts des pays africains, soutiendra la réforme institutionnelle de l’UA et encouragera la complémentarité économique, l’intégration régionale, l’environnement, les infrastructures, l’emploi et le travail. « Ce sont là des dossiers vitaux pour l’Egypte et pour le continent, qui nécessitent que l’on oeuvre pour la création d’une coalition politique et économique continentale forte et unifiée », a déclaré le président. Il s’est surtout engagé à oeuvrer pour « renforcer les réformes institutionnelles et financières de l’Union, consolider les acquis et moderniser les outils et la capacité de l’UA afin de répondre aux attentes des peuples africains ».

Le président Sissi a mis l’accent sur la nécessité de développer les mécanismes de l’Union et de la Commission de l’UA, rappelant les progrès réalisés dans le cadre du processus de réforme enclenché au sein de l’Union. Pour rappel, l’UA a entamé en 2018 un processus de réforme institutionnelle qui pourrait, s’il est mis en oeuvre dans son intégralité, avoir la même ampleur que celui qui a permis à l’UA actuelle de renaître des cendres de l’ancienne Organisation de l’Unité Africaine (OUA).

Sécurité et terrorisme

Concernant l’instauration de la paix en Afrique, le président Sissi a renouvelé l’engagement de l’Egypte à intensifier les efforts de médiation pour parvenir à un règlement des conflits africains.

« Le continent doit intensifier les efforts et travailler main dans la main pour faire taire les armes à l’horizon 2020 », a plaidé le président Sissi. Il a souligné le rejet de toute ingérence étrangère dans les affaires du continent. « Il nous faut des solutions africaines aux problèmes africains. L’Afrique est mieux placée que quiconque pour diagnostiquer ses problèmes et déterminer les remèdes adéquats », a souligné le président, avouant qu’il reste beaucoup à faire pour l’instauration de la paix globale en Afrique. « Malgré nos efforts pour mettre un terme aux conflits en Afrique, il reste encore beaucoup à faire. Nos efforts se poursuivront pour éradiquer ces conflits aux racines. En parallèle, le développement durable est la voie la plus sûre pour assurer la sécurité du continent, surtout en ce qui concerne la reconstruction des sociétés dans les périodes post-conflits », a indiqué le président Sissi. Il a annoncé que l’Egypte envisage de lancer le Centre de l’Union africaine pour la reconstruction et le développement des sociétés postconflits, que Le Caire accueillerait prochainement. « Ce centre est un outil de coordination entre les pays africains, chargé d’élaborer des plans de développement pour les sociétés post-conflits, évitant leur rechute tout en respectant la spécificité de chaque pays. Ces plans sont destinés à renforcer les capacités institutionnelles de ces pays de façon à ce qu’ils puissent assumer leur rôle dans la défense de leur patrie », a expliqué le président. D’ailleurs, le président a mis en garde contre le danger du terrorisme. « Un cancer qui menace l’avenir du continent et qui dissipe les aspirations de ses peuples », selon les termes du président, pour qui il faut impérativement identifier et poursuivre ceux qui soutiennent et ceux qui financent le terrorisme. « Il faut aussi s’attaquer aux racines idéologiques de l’extrémisme et consolider les institutions étatiques pour faire face à ce fléau », a dit le président.

Paix et développement

Se référant à l’Histoire, le président a noté que l’Afrique a franchi des pas importants et a surmonté maints obstacles en vue de concrétiser les objectifs fixés par les pères fondateurs de l’UA et, avant elle, de l’OUA. « Il nous incombe aujourd’hui de resserrer les rangs pour réaliser la complémentarité interafricaine, et pour assurer la paix et la prospérité du continent et de ses peuples », a souhaité le président Sissi. « La paix et le développement sont les deux faces d’une même monnaie. La paix permet au peuple de récolter les fruits du développement », a affirmé le président, avant d’annoncer le lancement du « Forum d’Assouan 2019 pour la paix et le développement durable », qui se tiendra en 2019.

« Il s’agira d’une plateforme continentale où leaders politiques, intellectuels, acteurs de la paix et partenaires du développement étudieront les moyens d’associer la paix au développement et d’offrir un meilleur avenir pour les peuples du continent », a affirmé le président, qui a appelé les partenaires de l’Afrique à renforcer leur coopération avec les pays du continent.

Le problème des réfugiés
Evoquant le thème principal de cette 32e session du Sommet de l’UA, à savoir « 2019, l’année des réfugiés, des rapatriés et des personnes déplacées : pour des solutions durables au déplacement forcé en Afrique », le président Sissi a estimé que ces phénomènes sont dus à maints facteurs.
« La multiplication des conflits, le terrorisme, l’extrémisme, les changements climatiques, la pauvreté, la pénurie d’eau et la sécheresse sont autant de facteurs qui interférent, poussant les gens à quitter leur pays. Et là, il faut noter que c’est surtout l’Afrique qui subit les répercussions de ces crises », a souligné le président, affirmant qu’il existe 8 millions de réfugiés africains dont 90 % ont été rapatriés dans d’autres pays africains, alors qu’il existe 18 millions de citoyens déplacés. Des chiffres qui révèlent l’ampleur du problème, selon le président Sissi qui a demandé à respecter la Convention de Kampala sur la protection et l’assistance aux déplacés internes, ratifiée par 15 Etats en 2009. Le président a estimé qu’il faut mettre en place des méga-projets intercontinentaux qui permettent de créer des emplois pour les jeunes du continent. « Aux jeunes d’Afrique, je vous assure qu’on travaille pour vous assurer un meilleur avenir. Participez à la construction de l’avenir dans vos pays au lieu de vous livrer aux risques de la migration illégale ou de tomber en proie à l’extrémisme », a conseillé le président qui n’a pas manqué, lors de son discours, de saluer la femme africaine, appelant à son autonomisation dans tous les domaines.
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