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Une visite aux multiples volets

Aliaa Al-Korachi, Mercredi, 30 janvier 2019

La visite du président Macron en Egypte comprenait plusieurs volets. Culture, économie et questions régionales étaient au centre des discussions avec le président Abdel-Fattah Al-Sissi. Bilan.

Une multitude d
Une multitude d'accords bilatéraux ont été signés entre Paris et Le Caire.

Avant de parler politique ou business, le président Emmanuel Macron a démarré son premier déplacement en Egypte en visitant un lieu symbolique: les temples d’Abou-Simbel à Assouan. Le choix de ce site n’a pas été fait au hasard. Ces temples, qui remontent à l’époque de Ramsès II, sont un symbole de la coopération franco-égyptienne dans le domaine de l’archéologie. En 2018, l’Egypte a célébré le 50e anniversaire du sauvetage des deux temples d’Abou-Simbel, auquel la France a largement contribué sous l’égide de l’Unesco. « Il s’agit de la plus grande opération archéologique du XXe siècle », a expliqué le ministre égyptien des Antiquités, Khaled El-Enany, qui a guidé pendant deux heures la visite présidentielle. « Le volet culturel a été fort présent tout au long de la visite », explique Moustapha Kamel, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. En fait, cette visite intervient deux semaines après le lancement de l’année culturelle France-Egypte. Outre la tournée touristique de Macron et de son épouse à Abou-Simbel, l'épouse du chef de l’Etat français s’est rendue sur le site des pyramides de Guiza et à la mosquée de la Citadelle de Salaheddine (voir Hebdorama page 26).

Signature d’une trentaine d’accords

Emmanuel Macron et son épouse en visite aux temples d
Emmanuel Macron et son épouse en visite aux temples d'Abou-Simbel.

Après une journée consacrée à la culture, la visite officielle n’a commencé qu’au deuxième jour. Celle-ci a témoigné du renforcement du partenariat économique entre les deux pays. Lundi matin, avant un tête-à-tête avec le président Abdel-Fattah Al-Sissi, au palais d’Al-Ittihadiya, un accueil solennel attendait le président Macron. Les tapis rouges ont été déroulés, les hymnes nationaux joués et 21 coups de canon ont été tirés à l’arrivée d’Emmanuel Macron dans la cour du palais présidentiel. Le sommet Sissi-Macron, qui a duré deux heures, a été suivi d’une cérémonie de signature d’une trentaine d’accords et de contrats commerciaux couvrant des domaines différents comme les transports, les énergies renouvelables, la santé ou encore l’agroalimentaire (voir page 4). Le président français était accompagné d’une cinquantaine de patrons. « La réussite du Forum économique de l’investissement, organisé en marge de la visite, qui a témoigné de la signature de 32 accords d’une valeur totale de 1.6 milliards d’euros, transmet un message positif aux investisseurs étrangers, notamment européens, que l’atmosphère des affaires en Egypte est très prometteuse », affirme Hassan Salama, politologue.

Questions régionales

A l’issue de leurs entretiens au palais présidentiel, les deux présidents ont annoncé « une convergence de vues » autour de plusieurs dossiers régionaux. Concernant la Syrie, Macron a assuré que « l’Egypte et la France partageaient la même vision sur la Syrie ». Les deux pays sont membres au sein du « Small Group » pour parvenir à un règlement politique durable de la crise syrienne conformément aux résolutions internationales.

Quant à la crise libyenne, le président français a déclaré que Paris et Le Caire travaillent de concert pour réaliser deux objectifs: lutter contre le terrorisme et soutenir la réconciliation entre les protagonistes en Libye. Le développement de l’Afrique était aussi au centre des discussions. Le président Sissi a dévoilé son intention de « sceller un partenariat tripartite, Egypte-France-Afrique, pour la sécurité et le développement du continent noir, sous la présidence de l’UA » qui commencera le 1er février. Concernant les droits de l’homme en Egypte, le président Sissi a déclaré avoir eu un « dialogue positif » sur ce sujet avec le président français.

Les questions adressées par les journalistes aux deux présidents après leurs interventions à la conférence de presse ont été dominées par la question des droits humains. Ce sujet a été évoqué non seulement pour l’Egypte, mais aussi pour la France. Le président français a été interrogé par un journaliste égyptien sur l’usage de la force lors des manifestations des « gilets jaunes ». En fait, la visite de Macron est intervenue dix jours après le lancement du grand débat national suite aux manifestations déclenchées à Paris par les « gilets jaunes ».

Selon Salama, un dialogue ouvert et transparent a eu lieu entre les deux présidents où chacun a essayé de présenter son point de vue. L’Egypte a transmis des messages forts et clairs sur la nécessité de prendre en considération la particularité culturelle et les défis sécuritaires de la région. Répondant à la question de savoir si la France, qui avait refusé auparavant de « donner des leçons à l’Egypte », comme l’a déclaré Macron en octobre 2017 lors de la visite de Sissi à Paris, a « changé de stratégie », Macron a confirmé une fois de plus « ne pas vouloir donner de leçons à l’Egypte ni de la déstabiliser », et qu’il respectait « les défis sécuritaires du pays », mais selon lui, la France a « des principes et doit les affirmer … c’est que la stabilité et la sécurité de l’Egypte ne sauraient être dissociées de la question des droits de l’homme » et qu’il ne serait pas « un ami sincère de l’Egypte aujourd’hui si je ne disais pas le fond de ma pensée », a-t-il encore insisté.

De son côté, le président Sissi a appelé l’Europe à ne pas regarder l’Egypte avec des yeux d’Européens, mais avec ceux des Egyptiens. « Nous ne sommes pas comme l’Europe ou comme l’Amérique, nous sommes un Etat, une région, avec sa particularité, on ne peut pas imposer à toutes les sociétés un seul chemin », a-t-il déclaré. « N’oubliez pas que nous sommes dans une région troublée. Le projet d’établir un Etat religieux n’a pas réussi en Egypte … Et les 2,5 millions d’Egyptiens qui naissent chaque année ont besoin d’écoles, de nourriture et de soins médicaux », a ajouté Sissi. D’ailleurs, « les blogueurs parlent un langage tout à fait différent de la réalité que nous vivons », a ajouté Sissi. Et de souligner que l’Egypte « ne sera pas construite par les blogueurs, mais par le travail, l’effort et la persévérance » et que « les droits humains en Egypte ne se résument pas aux blogueurs ». Il a conclu ceci avant d’accompagner le président français dans une tournée dans la Nouvelle Capitale administrative en visitant la nouvelle cité des arts. « Il y a 4 ou 5 ans, il était inimaginable que l’Egypte construise une cathédrale de cette taille dans une région en proie aux confits », avait déclaré Macron devant la communauté française.

Au cours de la troisième journée, le président Macron a évoqué le dialogue interreligieux. Il a terminé son voyage mardi par une visite aux deux principales institutions religieuses en Egypte. Il a rencontré le grand imam de la mosquée d’Al-Azhar et le pape copte Tawadros II. « Je considère que le pluralisme et ce que vous portez aujourd’hui en Egypte et dans toute la région est un élément essentiel de la pacification », a déclaré Macron avant d’annoncer une nouvelle conférence à Paris sur les chrétiens d’Orient. Mardi, le chef de l’Etat français a pris l’avion pour Chypre pour participer au sommet des pays du sud de l’Union européenne, le Med7.

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