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Les rendez-vous africains de l’Egypte

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 11 décembre 2018

Alors que Le Caire se prépare à présider l'Union africaine à partir de janvier 2019, l'Egypte accueille une série d'événements économiques majeurs consacrés à l'Afrique. Objectif : dynamiser l'intégration économique du continent.

Les rendez-vous africains de l’Egypte
Le Forum Afrique 2018 a offert une plateforme pour promouvoir le commerce et l'investissement en Afrique.

Dirigeants politiques, chefs d’entreprise et entrepreneurs venus du continent noir, mais aussi des institutions financières africaines et internationales, se rassemblent en un seul lieu, « pour élaborer une feuille de route pour le développement de l’Afrique », a déclaré Sahar Nasr, ministre de l'Investissement et de la Coopération internationale. Il s’agit de la 3e édition du Forum Afrique 2018, tenue du 8 au 10 décembre à Charm Al-Cheikh et organisée par le ministère de l'Investissement et de la Coopération internationale et l’Agence régionale des investissements du marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA). Pour la 3e année consécutive, le Forum a réuni plusieurs chefs d’Etat, 1 500 chefs d’entreprise et 3 000 participants. Mais cette fois-ci, cette édition revêt une importance particulière. Elle est intervenue quelques jours avant que l’Egypte n’entame sa présidence de l’Union africaine en janvier 2019.

Et ce grand rassemblement économique n’est pas le seul rendez-vous afro-africain qui a lieu en Egypte. Le Caire accueille ces jours-ci 2 autres conférences économiques, tenues en parallèle et qui ne manquent pas d’importance. Le Centre d’exposition international du Caire à Madinet Nasr abrite, du 11 à 17 décembre, la Foire commerciale intra-africaine, l’ITAF, la première de son genre en Afrique. Celle-ci, organisée par Afreximbank en collaboration avec l’Union africaine, devrait accueillir plus de 1 000 exposants et 70 000 visiteurs et acheteurs avec une ambition de 70 milliards de dollars d’affaires ciblées. En marge de la Foire, la 7e conférence des ministres africains du Commerce se tiendra pour la première fois en Egypte, les 12 et 13 décembre, avec la participation des délégations de 55 pays africains et de représentants des blocs économiques régionaux de l’Afrique.

Selon Amany Al-Tawil, présidente du département des études africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, « il s’agit d’un cycle des conférences qui se succèdent et se complètent ». On peut facilement lier entre ces trois conférences économiques en leur donnant un seul titre : « Booster l’intégration économique continentale », explique Al-Tawil, avant d’ajouter : « Ces grands événements afro-africains visent essentiellement le rapprochement et la mise en contact entre les différents secteurs et acteurs économiques du continent, pour que le processus d’intégration se fasse en harmonie : le secteur privé, les individus ou les groupes industriels et les décideurs politiques ».

Le Forum 2018 Afrique a accordé cette fois-ci une place importante au secteur privé africain (voir page 3). Ce rendez-vous a été une plate-forme pour aider les hommes d’affaires africains à « définir leurs priorités en matière d’investissement et dévoiler au monde la carte d’investissements et des grands projets du continent au cours de l’année 2019 », explique-t-elle. Et d’ajouter : « Ce forum offre en outre aux chefs d’entreprises l’occasion de discuter avec les décideurs politiques des nouvelles idées pour améliorer le climat d’affaires du continent ».

L’Egypte, destination attractive

Si l’Egypte est le pays d’accueil de toutes ces conférences, elle joue également le rôle d’une « passerelle stratégique » pour les investissements étrangers vers l’Afrique. Cette année, l’Egypte occupe une place très distinguée. Elle est désignée par la plupart des rapports internationaux comme la championne d’Afrique en matière d’investissements. Le rapport préparé par le COMESA, en collaboration par le Financial Times, publié à la veille du Forum, dévoile que l’Egypte est le pays le plus attractif pour les investissements étrangers en Afrique en 2017. Et ceci malgré le net recul du flux d’investissements étrangers vers le continent africain, qui s’élève à 42 milliards de dollars, soit une baisse de 21 % par rapport à l’année 2016. Selon ce rapport, l’Egypte occupe la première place parmi les cinq plus grandes destinations attractives d’investissements étrangers en Afrique, avec des investissements estimés à 7,4 milliards de dollars. L’Ethiopie vient au 2e rang avec 3,5 milliards de dollars d’investissements, suivie par le Congo avec 1,9 milliard de dollars et le Soudan avec 1,6 milliard de dollars d’investissements. Le secteur privé égyptien a marqué aussi une forte présence économique dans le continent. Selon ce rapport, les investissements des entreprises égyptiennes dans la région COMESA se sont élevés à 4,4 milliards de dollars en 2017.

La ZLEC au coeur des discussions

L’ITAF est un autre lieu où « l’offre et la demande » africaines se regroupent en un seul endroit. Il s’agit de connecter les marchés africains, afin d’impulser une nouvelle dynamique aux échanges commerciaux entre les pays africains qui possèdent un marché intérieur de plus d’un milliard de consommateurs. D’après Afreximbank, la banque africaine d’import-export, le niveau des échanges entre les Etats du continent reste faible, autour de 15 %, alors qu’il est de 59 % en Europe, 51 % en Asie et 37 % en Amérique du Nord. L’objectif de la banque est donc d’augmenter le commerce intra-africain de 170 milliards de dollars enregistré en 2014 à 250 milliards de dollars d’ici 2021, et que la part du commerce intra-africain dans le commerce total de l’Afrique atteigne 22 % dans 3 ans. Selon Ramadan Qorani, spécialiste des affaires africaines, « la foire vise à combler le manque d’informations sur les données relatives au commerce intra-africain, les opportunités d’affaires et les entreprises travaillant dans ce domaine ». « L’information gouverne le commerce », a déclaré Kanayo Awani, directeur général de l’ITAF.

Finalement, « le cercle se ferme », pour reprendre les termes d’Amany Al-Tawil, avec la rencontre des ministres africains du Commerce qui représentent le secteur officiel, ou les décideurs africains qui devraient poser les législatives et enlever tous les obstacles qui pourraient entraver le processus de l’intégration continentale. Pour Qorani, Cette réunion ministérielle, même s’il s’agit d’une rencontre protocolaire qui se tient chaque année dans le pays qui prendra le flambeau de l’Union Africaine (UA), le processus d’achat et de vente, la signature des contrats commerciaux qui se passent en parallèle dans les locaux de la Foire, l’a mise cette année sous les feux des projecteurs. L’ITAF est en fait une tentative de concrétisation du projet de la ZLEC, la zone de libre-échange intra-africaine. Signé en mars 2018 par 44 pays africains à Kigali, la capitale rwandaise, cet accord vise à dynamiser le commerce intra-africain. Débattre les grands défis de l’intégration et régler les points de la deuxième phase du ZLEC, concernant l’investissement, la politique de la concurrence et la propriété intellectuelle se trouveront également au centre des discussions des ministres africains du Commerce.

Miser sur les jeunes entrepreneurs

« Encourager l’Entreprenariat et les start-up africaines », autre grand objectif de ces rassemblements économiques, estime Qorani. Au cours du Forum 2018, comme à l’ITAF, des rencontres B2B (Business to Business) sont programmées entre investisseurs et hommes d’affaires, et les jeunes entrepreneurs africains, qui représentent « les leaders de l’avenir de l’économie africaine », selon les termes de Sahar Nasr. L’entreprenariat est une nouvelle tendance économique qui gagne du terrain en Afrique. Le continent noir est le plus jeune du monde avec près de 70 % de sa population ayant moins de 25 ans. « C’est un grand gain pour l’Egypte de prendre l’initiative de promouvoir l’entreprenariat en Afrique », dit le spécialiste. Le ministère de l'Investissement a mis effectivement en place plusieurs initiatives pour développer la culture d’entreprenariat en Egypte, telles que Falak Start-ups et Fekretak Sherketak.

La tenue de ces conférences représente, comme le conclut Qorani, « un bon départ » pour l’Egypte qui se prépare à présider l’UA en janvier 2019 et dévoile les traits d’« un agenda de réformes qui s’annonce riche et ambitieux pour le développement du continent noir ».

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