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Au Liban, un enchevêtrement d'enjeux

Abdel-Lattif Nassar, Mercredi, 14 novembre 2018

Depuis plusieurs mois, la question du retour des réfugiés syriens fait polémique au Liban. Mais ce dossier a pris une nouvelle tournure avec l’initiative russe d’encadrer le retour de 1,7 million de réfugiés, dont 890 000 à partir du Liban.

Les réfugiés syriens constituent un lourd fardeau pour l
Les réfugiés syriens constituent un lourd fardeau pour l'économie libanaise.
Liban,
De notre envoyé spécial —
Depuis la première étincelle du conflit syrien en 2011, un grand nombre de Syriens ont fui au Liban. Au début, ils ont étéfavorablement accueillis en guise de remerciement : en 2006, lors de la guerre entre le Hezbollah et Israël, c’était un scénario inverse, la Syrie avait accueilli des milliers de Libanais. Mais le Liban a une expérience difficile avec les réfugiés, notamment àcause des Palestiniens. Beyrouth a donc officiellement refuséd’installer des camps pour les réfugiés syriens. Un contexte difficile donc qui a vu l’arrivée d’environ 2 millions de réfugiés syriens, soit la moitiédu nombre d’habitants libanais, évaluéà4 millions. Aujourd’hui, ces Syriens comptent sur les aides de l’Onu et se contentent de métiers précaires.

Dès le début de la crise syrienne, l’ex-premier ministre libanais, Najib Mikati, a adoptéla politique dite de «la distanciation »vis-à-vis de ce conflit. Cette décision a coupéla sociétélibanaise en deux. Rejetée par les sunnites, pour lesquels le conflit syrien est considérécomme un génocide contre les sunnites, elle avait étéapprouvée par les chiites. Comme les chrétiens, les chiites voyaient l’arrivée des Syriens comme une menace. En effet, l’afflux de ces réfugiés a donnélieu àune nouvelle conjoncture économique : augmentation des loyers, surgage des écoles, baisse des salaires des ouvriers et hausse des prix. Résultat : les réfugiés deviennent une bombe àretardement.

Mais, il y a quelques mois, la Russie a proposéune initiative de retour vers les régions sécurisées en Syrie, qui ont étélibérées par l’armée syrienne avec l’aide de l’aviation russe. Cette initiative a étébien accueillie par les responsables libanais, qui l’ont tous saluée, en plaidant pour «un retour rapide des réfugiés », avec une garantie russe et sous un parrainage onusien. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaréfin de juin qu’il pourrait aider les réfugiés syriens au Liban pour rentrer, vu les «liens forts »de son mouvement avec le gouvernement syrien. Si le Hezbollah a étéle premier àréagir, les autres courants libanais n’ont pas tardéégalement d’accepter cette initiative àcondition que ce retour soit bien sécurisé, qui comprend la création de comités de coordination mixte avec le Liban, la Jordanie et la Turquie.

Sur place, les opérations de retour se poursuivent lentement. Des centaines de Syriens ont étérapatriés de leur propre gré, sous l’auspice de l’Organisme général de la sécuritégénérale au Liban, vers ces régions sécurisées. Mais des responsables onusiens chargés des affaires des réfugiés syriens au Liban les ont visités dans leurs tentes pour les mettre en garde contre le retour au pays.

Cet acte a étécritiquépar le ministère libanais des Affaires étrangères qui a publiéun communiquéattaquant le comportement de ces responsables. Pourtant, bien que 6 mois se soient écoulés depuis l’annonce de l’initiative, il n’y a pas encore d’évolution palpable au Liban, oùla question dépend aussi des équilibres politiques internes, contrairement àla Turquie et la Jordanie. Ainsi, au Liban, le statu quo risque d’être maintenu avec le gouvernement provisoire jusqu’àla tenue des élections législatives en mai prochain. D’autant que le Liban n’est pas épargnéde conditions économiques détériorées. Le fait d’abriter ces millions de réfugiés, dont le nombre représente la moitiédes habitants originaux, est certes un lourd fardeau.

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