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Le pari de la vague rose

Ghada Ismaïl, Mardi, 06 novembre 2018

Un nombre record de candidates a été enregistré pour la première fois aux élections de mimandat. Une mobilisation féminine déterminante.

Le pari de la vague rose
22 femmes se présentent : 7 républicaines et 15 démocrates.

« Il y a un manque de respect envers les femmes dans cette administration. Et la meilleure façon de changer le discours est de choisir de nouveaux élus à Washington ». C’est ce qu’a déclaré Jennifer Wexton, candidate démocrate au siège de sénatrice en Virginie. En effet, un nombre de candidates sans précédent s’est présenté aux élections de mi-mandat. 234 femmes, qui ont remporté les primaires locales de leur parti, se présentent aujourd’hui à la Chambre des représentants : 182 démocrates et 52 républicaines. Au Sénat, où seuls 35 sièges sont à pourvoir, 22 femmes se présentent : 7 républicaines et 15 démocrates. Autre record. « 2018 compte le plus de femmes nommées pour les élections à des postes de gouverneur avec au moins 11 candidates », a dévoilé le centre des études spécialisées Center for American Women and Politics (CAWP). Le précédent record, établi pour la première fois en 1994, était de 10. Les femmes sont sous-représentées au Congrès. Elles constituent 32 % des candidats au Sénat et 28 % de ceux à la Chambre des représentants. « La mobilisation historique des femmes est sans doute l’élément le plus marquant des élections des mi-mandat. Elles vont probablement jouer un rôle central, et elles pourraient bien changer la donne », estime Mona Soliman, chercheuse en relations internationales à Al-Ahram. Selon elle, « ces candidates ont réussi à mettre sur le devant de la scène des sujets très sensibles, comme le harcèlement sexuel, l’égalité salariale, l’accès à la santé et le renforcement de la société civile », précise la chercheuse.

La plupart de ces femmes sont démocrates, ce qui risque d’affaiblir les chances du président. En fait, c’est la première fois dans l’histoire des Etats-Unis que les démocrates présentent plus de candidates que de candidats. « Ce qui inquiète le plus Trump, c’est aussi la mobilisation des électrices. Dans la plupart des élections de mi-mandat, les femmes votent habituellement à des taux plus élevés que les hommes. A cause de son discours agressif envers les femmes, Trump n’est pas très populaire auprès de cet électorat », dit Mona Soliman. Depuis son arrivée au pouvoir, la grogne des femmes ne cesse pas de monter envers le locataire de la Maison Blanche, qui a publiquement insulté beaucoup de groupes féministes. Il a attaqué une élue démocrate à la Chambre d’« idiote », il a attaqué ainsi une journaliste : « Vous ne réfléchissez pas ».

En réaction, une « vague rose » a vu le jour, comme l’appellent certains médias américains. Cette vague survient après une année marquée par le mouvement Me Too (des manifestations contre le harcèlement). Elle rappelle celle de l’année 1992, qui était un événement majeur pour les femmes et dans les mémoires comme « l’année des femmes » : 51 candidates avaient fait leur entrée au 103e Congrès des Etats-Unis (47 à la Chambre, 4 au Sénat), doublant la représentation féminine au parlement. Ce phénomène avait été interprété comme une réponse au choc ressenti par les femmes face à la manière humiliante dont avait été traitée Anita Hill, une jeune professeure d’université afro-américaine qui accusait de harcèlement le juge Clarence Thomas.

Il y a aujourd’hui un grand espoir qu’un grand nombre de candidates remportent la victoire. « Parmi ces candidats se trouve une ancienne réfugiée musulmane somalienne, Ilhan Omar, susceptible de gagner la sympathie des minorités », estime Mona Soliman. « Je suis l’espoir de l’Amérique et le cauchemar du président », se présente ainsi la candidate somalienne dans son programme électoral.

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