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A la recherche d’alternatives en eau

Héba Nasreddine, Mardi, 04 juin 2013

La construction du barrage de la Renaissance rend la recherche d’alternatives aux eaux du Nil indispensable. Or, non seulement ces alternatives sont limitées, mais le coût du traitement de ces eaux est prohibitif.

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Eau
L'Egypte compte plusieurs réservoirs d'eaux souterraines. Leur exploitation est très coûteuse.

Eaux souterraines, pluies et dessalement de l’eau de mer constituent les solutions complé­mentaires pour faire face à la pénu­rie d’eau susceptible de menacer l’Egypte. Aujourd’hui, et avec la construction du barrage éthiopien, le potentiel de ces ressources est minu­tieusement étudié.

En effet, la première étape de la construction du barrage de la Renaissance est lancée, ce qui, selon les experts, aura un impact direct sur le quota des pays du Nil. Une réduc­tion d’environ 15 milliards de m3 est prévue annuellement.

L’Egypte renferme de nombreux réservoirs en eaux souterraines, cer­taines renouvelables et d’autres non renouvelables. Selon les études de l’Institut des recherches des eaux souterraines, les réservoirs d'eaux renouvelables sont répartis entre la Vallée du Nil (un stock de 200 mil­liards de m3 environ) et la région du Delta (un stock de 400 milliards de m3 environ). Quant à ceux non renouvelables, ils s’étendent dans le désert occidental, le désert oriental et dans le Sinaï, avec un stock d’envi­ron 40 000 milliards de m3.

Depuis les années 1990, le gouver­nement a eu recours à ces réservoirs pour approvisionner les régions loin­taines qui souffrent d’une pénurie d’eau douce, ainsi que pour irriguer des régions agricoles, comme dans les oasis de la Nouvelle-Vallée.

Pourtant, on n’utilise en moyenne que 6,5 milliards de m3 par an des eaux souterraines renouvelables et environ 0,6 milliard de m3/an des eaux non renouvelables. Les raisons de cette faible utilisation sont mul­tiples comme l’explique Fatma Abdel-Rahmane, spécialiste en res­sources hydrauliques : « La plupart des eaux souterraines se trouvent à une profondeur de 1 000 à 1 500 m sous terre. Pour l’extraire, il faudrait creuser des puits, et les frais d’un puits dépassent le million et demi de L.E., sans compter les frais des machines de pompage. Ce mode d’extraction nécessite des sommes exorbitantes ».

S’ajoute à cela le problème du taux de salinité dans certains réservoirs. « Ce taux varie souvent de 30 00 à 10 000 ppm. Ce qui rend l’eau assez salée, et par conséquent la rend inva­lide à la consommation. Dans ce cas, on l’utilise dans la culture piscicole, comme c’est le cas dans la région du nord et du sud du Delta, même si son dessalement coûte cher », renchérit la spécialiste.

Elle tient à souligner que la loi interdit le creusement des puits pour usage des eaux souterraines sans per­mis officiel. « Cette loi réglemente le processus d’une part, et garantit d’autre part la non-extraction de grandes quantités d’eaux souter­raines afin d’éviter des effets géolo­giques négatifs ».

Eaux de pluie

Face aux difficultés d’extraction des eaux souterraines, les eaux de pluie représentent la deuxième source d’eau naturelle. Estimée à 160 milliards de m3 annuellement, elle s’intensifie sur la côte nord-ouest, et diminue graduellement jusqu’à devenir presque inexistante dans le sud du pays. Bien qu’elle soit une source principale d’eau douce dans certaines zones déser­tiques, comme au centre du Sinaï, on ne peut pas la considérer comme une source d’eau sûre, en raison des bouleversements climatiques.

Pour en profiter, Wahid Al-Dessouky, expert en météorolo­gie, suggère d’activer un plan de « chasse des pluies ». Une opération qui consiste à construire de petits barrages là où ont lieu des pluies tor­rentielles, afin d’orienter l’eau vers des réservoirs conçus pour supporter un flux intense. Ce système existe déjà au nord du Sinaï. Mais pour l’installer dans toutes les régions plu­vieuses, un budget de 20 milliards de L.E. est nécessaire.

Dessalement de l’eau

Le gouvernement avait déjà eu recours au dessalement de l’eau de la mer Méditerranée et de la mer Rouge, afin d’approvisionner les zones tou­ristiques côtières en eau douce. Le taux de dessalement concerne seule­ment 0,06 milliard de m3 d’eau de mer annuellement. « Le principal inconvénient de ce système est que la technique nécessite des quantités d’énergie très élevées (chauffage ou compression de l’eau) par rapport aux volumes d’eau produits. Pour extraire le sel, il faut, d’un point de vue purement théorique, environ 563 MW par m3. Ce coût énergétique constitue sans doute une vraie entrave », note Fatma Abdel-Rahmane.

Or, elle rappelle que le gouverne­ment allemand avait proposé au régime de Moubarak d’offrir 9 mil­liards d’euros pour le dessalement de l’eau, tout en exploitant l’énergie solaire. Une proposition qui a été refusée par le régime, sans aucune justification.

« Aujourd’hui, le gouvernement devrait traiter ce dossier en priorité, car il s’agit de la meilleure alterna­tive fiable pour répondre à la demande en eau, sans conséquence dangereuse pour l’environnement », conclut Abdel-Rahmane. En défini­tive, même si les alternatives en eau sont nombreuses, elles sont loin de pouvoir compenser les pertes en eaux engendrées par le barrage de la Renaissance.

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