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Les trois questions-clés du sommet arabe

Maha Salem avec agences, Lundi, 16 avril 2018

Le 29e Sommet de la Ligue arabe s’est tenu lundi à Dhahran en Arabie saoudite. Outre le dossier palestinien, récurrent, le sommet a abordé la crise syrienne et dénoncé les ingérences iraniennes dans la région.

Les trois questions-clés du sommet arabe

Malgré un contexte dominé par le conflit syrien, notamment suite aux frappes menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni contre des installations syriennes suite à l’usage présumé d’armes chimiques par Damas, le som­met annuel de la Ligue arabe s’est principale­ment centré sur deux questions-clés: la cause centrale des Arabes, à savoir la question palesti­nienne et les relations avec l’Iran. A la fin de leur sommet qui s’est tenu dimanche 14 avril à Dhahran, en Arabie saoudite, les dirigeants arabes ont dénoncé la décision des Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et condamné les ingérences de l’Iran dans leurs affaires. Hôte du sommet, le roi saoudien, Salman, a souligné que la question de Jérusalem et l’attitude agressive de l’Iran étaient en tête des priorités arabes.

Mais actualité oblige tout de même, la Syrie n’a pu être reléguée au second plan. Dans leur communiqué final, les représentants des 22 membres de la Ligue arabe ont appelé à réactiver le processus politique et le règlement pacifique pour mettre fin au conflit dévastateur dans ce pays tout en soutenant l’unification de la Syrie et sa souveraineté. Cependant, le communiqué final était très prudent en ce qui concerne la Syrie, comme l’explique Dr Sameh Rashed, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Le communiqué s’est contenté de condamner l’usage d’armes chimiques et a insisté sur le jugement de ceux qui commettent des crimes de guerre contre les civils. Mais aucune référence directe aux frappes américaines, britanniques et françaises contre des cibles du régime de Bachar Al-Assad en Syrie n’a été faite », explique l’analyste. Selon lui, « cette prudence s’explique par des positions différentes en fonction des pays sur la crise syrienne. Certains Etats arabes soutiennent le régime syrien, d’autres appellent au départ de Bachar. Chaque pays a ses propres calculs dans ce dossier et il est impossible d’avoir une posi­tion arabe unifiée. D’où cette formule choisie dans le communiqué final qui devait satisfaire toutes les parties », affirme l’analyste.

Rejet des ingérences iraniennes

Pour ce qui est de la Palestine en revanche, il est plus facile de parvenir à une position com­mune. Les dirigeants arabes ont réaffirmé leur soutien aux Palestiniens et rejeté comme illégi­time la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. « Jérusalem-Est restera la capitale de la Palestine arabe », dit le communiqué, alors que les Etats-Unis pré­voient de transférer leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem à la mi-mai. Rompant avec ses pré­décesseurs, le président Donald Trump avait annoncé en décembre dernier que Washington reconnaissait officiellement Jérusalem comme la capitale d’Israël, provoquant la colère des Palestiniens qui veulent faire de la partie orien­tale de Jérusalem, occupée par l’Etat hébreu, la capitale de l’Etat auquel ils aspirent. Or, au-delà de la condamnation, aucune action concrète n’a été prise au sujet de la question palestinienne. « Il existe déjà un comité au sein de la Ligue arabe concerné par la question palestinienne. On s’attendait à ce qu’il soit réactivé pour qu’il puisse agir en faveur des Palestiniens, ou par exemple, intenter un procès devant la Cour inter­nationale de justice », critique Sameh Rashed. Et d'ajouter: « Il faut tout de même noter que le communiqué final du sommet a annoncé son soutien aux propositions faites par le président palestinien, Mahmoud Abbas, lancées en février dernier: Abbas avait appelé à organiser une conférence internationale pour relancer le pro­cessus de paix, mais pas sous parrainage améri­cain. Or, cette position vise essentiellement à soutenir Abbas face aux accusations israéliennes selon lesquelles le président palestinien n’est pas un partenaire de paix ». Ainsi, selon l’analyste, les dirigeants arabes devaient demander explici­tement la tenue de cette conférence.

Unanimité sur la question palestinienne

Outre la question palestinienne, le Sommet arabe a aussi insisté sur le rejet des « ingé­rences » de l’Iran dans les affaires arabes. Le communiqué final a été très sévère contre l’Iran, accusé d’armer des milices terroristes dans plu­sieurs pays arabes en violation des règles de bon voisinage et des conventions internationales. Les dirigeants arabes ont également dénoncé « les tentatives agressives (de l’Iran) qui visent à ébranler la sécurité régionale ». « Les déclara­tions du secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmad Aboul-Gheit étaient très critiques à l’égard de l’Iran, pas seulement à cause de son rôle au Yémen et en Syrie, mais aussi à cause du nucléaire et des missiles balistiques. Mais il faut noter aussi que certains pays arabes ne veulent pas de confrontation plus grande avec l’Iran comme le Koweït, Oman ou le Qatar », explique Dr Sameh Rashed.

En outre, pour éviter toute crispation, le som­met n’a pas abordé la crise entre d’une part le Qatar et d’autre part l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats et l’Egypte. Ces quatre pays avaient rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, accusé de « soutenir le terrorisme », et cette crise se poursuit depuis 10 mois en dépit des efforts du Koweït et des Etats-Unis pour la désamorcer. « Cette crise sera réglée entre les pays eux-mêmes et non pas à travers la Ligue arabe et il était prévisible qu’elle ne soit pas sur l’agenda », conclut Dr Sameh Rashed.

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