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L’Onu tire la sonnette d’alarme

Amira Samir, Mercredi, 28 mars 2018

L'Onu vient de publier son rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau, lors de la 8e édition du Forum mondial de l’eau tenue la semaine dernière au Brésil. A défaut d’un changement fondamental dans les pratiques humaines, la pénurie d’eau aura des conséquences fâcheuses dans les années à venir.

L’Onu tire la sonnette d’alarme
40 % de la population mondiale sont aujourd’hui touchés par une pénurie d’eau. (Photo : AFP)

700 millions de personnes risquent d’être déplacées en quête de l’eau potable d’ici 2030. C’est ce que vient de dévoiler le nouveau rapport inquiétant de l’Organisation des Nations-Unies (ONU). Un rapport sur la mise en valeur des ressources en eau 2018, intitulé « Solutions basées sur la nature, pour l’eau » et rendu public au Forum mondial de l’eau, tenu du 18 au 23 mars à Brasilia, au Brésil. Un pays lui-même en crise : le Brésil, qui abrite 18 % de l’eau potable de la planète, est touché, depuis 2012, dans son nord-est, par la plus longue séche­resse de son histoire.

Sur le plan planétaire, selon les Nations-Unies, 40 % de la popula­tion mondiale sont aujourd’hui tou­chés par une pénurie d’eau. 80 % des eaux usées sont rejetées sans traite­ment dans l’environnement et plus de 90 % des catastrophes naturelles sont liées à l’eau. Plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et plus de 4,5 milliards de personnes ne disposent pas de ser­vices d’assainissement adéquats. « Ces chiffres montrent une dure réalité quotidienne pour les gens dans les communautés rurales et les bidonvilles dans toutes les régions du monde. La plupart des maladies les plus graves dans le monde en développement sont directement liées à l’eau potable insalubre, au mauvais assainissement et aux pra­tiques d’hygiène insuffisantes », a déclaré Antonio Guterres, secrétaire général de l’Onu.

Ainsi, d’après le rapport de l’Onu, plus de 2 milliards de personnes sont forcées aujourd’hui de consommer de l’eau insalubre. Les experts de l’Onu prévoient que d’ici 2050, entre 4,8 et 5,7 milliards de personnes vivront dans des zones où l’eau est rare au moins un mois par an, contre 3,6 milliards aujourd’hui. Ils pré­voient également que 1,6 milliard de personnes seront exposées à des inondations à cette même date, contre 1,2 milliard en 2017. De même, la pénurie d’eau peut entraî­ner des migrations massives, des guerres civiles et des conflits entre différents pays.

Se tourner vers des solutions plus vertes

« Assurer l’utilisation durable des ressources de la planète est vital pour assurer la paix et la prospérité à long terme », lit-on dans le rapport de l’Onu. Des solutions vertes. « Près de 97 % des ressources dispo­nibles d’eau dans le monde sont dans des nappes phréatiques trans­frontalières, d’où la nécessité d’une gestion efficace des eaux parta­gées », a déclaré Benedito Braga, président du Conseil mondial de l’eau, organisateur du Forum de l’eau.

Face aux changements clima­tiques et à la pression démogra­phique qui pèsent sur les ressources en eau, le dernier rapport de l’Onu permet de faire le point sur des solutions plus vertes pour prendre soin des ressources en eau et faire face aux pénuries. La construction de plus de barrages, de stations d’épuration et de réserves d’eaux souterraines n’est donc pas recom­mandée. Ceux-ci ne permettent pas qu’on les exploite davantage. Des processus naturels peuvent « agir comme régulateurs, nettoyeurs et fournisseurs d’eau ». Le rapport invite à se tourner vers des solutions plus vertes et souvent tradition­nelles pour économiser l’eau et évi­ter le ruissellement et l’érosion des sols.

« Nous avons besoin de solu­tions nouvelles pour la gestion des ressources en eau afin de contreba­lancer les défis émergents relatifs à la sécurité de l’eau que posent la croissance démographique et les changements climatiques. C’est un enjeu majeur que nous devons tous ensemble relever avec une approche vertueuse afin de prévenir les conflits liés à l’eau », a déclaré, à l’ouverture du Forum de Brasilia, Audrey Azoulay, directrice générale de l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

L’agriculture est pointée du doigt, puisqu’elle consomme une grande quantité d’eau et utilise des produits chimiques qui polluent l’environne­ment y compris l’eau. Les experts de l’organisation internationale appellent donc, dans le rapport, à une « agriculture de conservation » qui utilise davantage l’eau de pluie que l’irrigation et à organiser des rotations pour maintenir la couver­ture des sols.

Si l’agriculture est mise en cause, l’industrie est aussi de plus en plus consommatrice d’eau et la demande mondiale de ce secteur devrait augmenter de 400 % entre 2000 et 2050. Le rapport onu­sien propose aussi de limiter l’utili­sation de centrales thermiques qui sont très gourmandes en eau, en subventionnant les énergies solaire et éolienne représentant 80 % de la production d’électricité au monde. « Chaque dollar investi pour la pro­tection d’un bassin hydraulique peut permettre d’économiser jusqu’à 200 dollars sur les coûts de traitement de l’eau. Malgré des progrès considérables ces dernières années, 748 millions de personnes sont toujours privées d’accès à une source d’eau protégée d’une éven­tuelle contamination », rappelle le rapport.

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