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Mohamed Al-Saïd Idriss : Le risque est que si l’accord capote, Téhéran peut officiellement relancer ses activités nucléaires 

Samar Al-Gamal, Mardi, 13 mars 2018

Mohamed Al-Saïd Idriss, spécialiste des affaires iraniennes au CEPS d’Al-Ahram, estime que, pour Washington comme pour Tel-Aviv, il n’est pas question d’un Iran fort qui menacerait la suprématie israélienne dans la région.

Mohamed Al-Saïd Idriss : Le risque est que si l’accord capote, Téhéran peut officiellement relancer

Al-Ahram Hebdo : Donald Trump a lancé un ultimatum aux Européens afin qu’ils l’aident à durcir les clauses de l’accord sur le nucléaire. Son annulation pure et simple est-elle possible ?

Mohamed Al-Saïd Idriss: A part la position américaine, il semble que les pays signataires de l’accord, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, aux côtés de la Russie et de la Chine, continuent à soutenir l’accord et rejettent l’idée de l’amender comme le réclame Trump. Surtout que le Conseil de sécurité de l’Onu avait adopté à l’unanimité une résolution qui entérine l’accord. Le président américain fait fi ainsi des résolutions internationales. Comme il l’a fait avec le statut de Jérusalem et plus généralement la question palestinienne, cherchant à lancer son propre plan dit « l’accord du siècle ». Une telle démarche place les Etats-Unis en deçà du droit international, surtout que l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) confirme que l’Iran a jusqu’à présent respecté sa part de l’accord.

— Trump dit vouloir ajouter des clauses à l’accord pour que l’Iran mette fin au développement de ses missiles balistiques, est-ce vraiment la raison derrière sa position ?

— Trump adopte sans équivoque la position israélienne qu’il s’agisse des dossiers palestinien ou iranien. L’idée absolue est non seulement l’existence d’Israël, mais aussi sa suprématie dans la région. Et dans ce contexte, l’Iran apparaît comme la seule menace. Au terme de leur réunion en marge de la conférence de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), la semaine dernière à Washington, Benyamin Netanyahu, le premier ministre israélien, a déclaré que la question palestinienne avait pris « peut-être un quart d’heure » de la réunion qui a duré une heure, alors que la question iranienne était le sujet principal, prenant le reste de la rencontre. Et la position israélienne est claire, Tel-Aviv veut l’abdication de l’accord et rejette la présence d’un Iran nucléarisé même à des fins civiles, d’autant plus que le recours à l’arme nucléaire détruira les deux pays. La présence d’un Iran ayant une arme de représailles dans la région crée un équilibre qu’Israël ne veut pas, car il l’empêche d’imposer sa politique et sa suprématie sur ses voisins. C’est dans ce contexte que les missiles balistiques apparaissent comme la vraie menace. L’idée maintenant est de pousser Trump à faire ce que Barack Obama a refusé, profitant de l’animosité des pays arabes du Golfe avec Téhéran et de la confrontation entre les deux pays sur le territoire syrien.

— Les pays européens disent qu’ils tiennent à l’accord, mais face aux pressions américaines, ne peuvent-ils pas finir par s’aligner sur la position de Trump ?

— Le dilemme des Européens est qu’ils sont conscients qu’un retrait de l’accord ne fragilisera pas l’Iran. Car si l’accord capote, ceci signifie que Téhéran peut officiellement relancer ses activités de développement nucléaire, et c’est ça le risque. Ils ne peuvent pas risquer une nouvelle Corée du Nord à leur porte. Et l’Iran, qui est plus ou moins divisé aujourd’hui, sera soudé devant l’Occident. Notons que l’accord n’avait pas obtenu l’unanimité en Iran même. Les conservateurs et la Garde révolutionnaire s’y étaient opposés.

— Peut-on témoigner alors de nouvelles négociations bientôt pour ajouter des clauses ?

— Je crois que les Européens ne font pas confiance à Trump, surtout avec ses déclarations agressives concernant l’Otan, mais aussi à cause de leur conflit autour du commerce. Les Européens ne pourront pas non plus convaincre les Iraniens de renégocier, surtout que Moscou, allié actuel de Téhéran, allié de sang en Syrie, n’a pas encore dit son mot.

— A quoi ressemble le futur proche alors ?

— Nous resterons dans le cadre des menaces et pressions américaines pour le renforcement de l’idée de l’épouvantail iranien devant les Arabes et la liquidation de la question palestinienne.

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