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Le retour du kadhafisme ?

Amira Samir, Mardi, 20 février 2018

Le nom de Kadhafi revient en force sur la scène politique libyenne, sept ans après la chute du régime de l’ancien guide en Libye.

Le retour du kadhafisme ?
Des forces de l'Armée nationale libyenne patrouillant la ville de Benghazi.

Au moment où la Libye sombre dans l’insécurité et la violence, les Kadhafistes semblent préparer leur retour au pouvoir. Ils pensent que le moment est venu pour agir. Les Kadhafistes avaient boycotté les urnes lors des dernières élections de 2014. Mais, en 2018, la famille de Kadhafi a multiplié les appels aux Libyens pour qu’ils s’inscrivent massivement sur les listes électo­rales. Les chefs de tribus et les sympathisants pro-Kadhafi multi­plient les réunions. En effet, après la chute et la mort de Kadhafi, en octobre 2011, la vie n’a pas été tendre avec ce qui reste de sa famille. Trois de ses fils sont morts en 2011, la même année de sa mort. Les autres membres de la famille ont été partagés entre la prison et l’exil. La famille Kadhafi a toujours été en contact avec les tribus influentes et avec ses partisans en Libye, mais aussi à l’exil en Tunisie et en Egypte. Mais aujourd’hui, beaucoup sont retournés dans le pays et une partie d’entre eux parti­cipe maintenant à la vie politique à Tripoli.

En fait, bon nombre de Libyens regrettent, aujourd’hui, l’époque de Kadhafi, notamment dans certaines villes comme Syrte et Bani Walid, où la majorité des habitants conti­nuent à soutenir la famille. Pour Khaled Hanafi, expert des affaires africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, les partisans de Kadhafi attendent ces élections qui seront pour eux une bonne occasion de retrouver leur rôle politique, même partiellement. Seif Al-Islam bénéficie du soutien de certaines tribus, notamment celles qui voient que la chute du régime de Kadhafi n’a pas amélioré la situation du pays, mais, au contraire, a appro­fondi les divisions et répandu le chaos. « La réconciliation tribale libyenne a beaucoup progressé au cours de cette dernière année. Et cela a créé un climat d’acceptation relative du retour des partisans de Kadhafi sur le devant de la scène », estime Hanafi.

Le retour du kadhafisme ?
Seif Al-Islam derrière les barreaux avant sa libération en juin dernier. (Photo : AFP)

Après sa libération en juin der­nier, le fils de Kadhafi, Seif Al-Islam, a annoncé qu’il serait prêt à présenter sa candidature à la pro­chaine présidentielle en Libye qui devrait avoir lieu à la mi-2018. « Seif Al-Islam Kadhafi, le fils de l’ex-président libyen, bénéficie du soutien des principales tribus libyennes pour se présenter à la présidentielle. Il est en train de rédiger la plateforme politique qu’il compte transmettre aux Nations-Unies pour une sortie de crise en Libye », déclare Basem Al-Hashimi Al-Soul, porte-parole de la famille Kadhafi, au magazine cairote Egypt Today. Khaled Al-Zaïdi, l’avocat de la famille Kadhafi, avait souligné, lors d’une conférence de presse à Tunis, que Seif Al-Islam Kadhafi a parachevé son programme électoral et qu’il le rendrait public prochainement. Seif Al-Islam, qui entend bien jouer un rôle dans la future Libye, a annoncé que s’il accédait au pouvoir, il mènerait une campagne militaire contre les groupes terroristes autour de Tripoli pour restaurer la stabilité et la sécurité dans le pays. Son agenda comprend aussi le lance­ment d’un programme de réconci­liation nationale avec les différentes factions politiques.

Les anti-Kadhafis

Arrêté en 2011, Seif Al-Islam avait été condamné à mort et assi­gné à une résidence surveillée dans la ville de Zentan, située à 170 kilomètres au sud-ouest de la capitale. En juin 2011, la Cour pénale internationale a lancé à son encontre un mandat d’arrêt inter­national pour crimes contre l’hu­manité. Et en juillet 2015, il est condamné à mort par un tribunal de Tripoli pour son rôle dans la répression meurtrière de la révolte de 2011. Après six ans de déten­tion dans une prison de Zentan, Seif Al-Islam a été libéré dans le cadre de la loi d’amnistie générale adoptée par le Parlement libyen. Impliqué dans la répression des manifestants de la révolution de 2011, le fils de Kadhafi cherche, à présent, à soigner son image. « Les opposants au retour de la famille Kadhafi la considèrent comme une partie de l’ancien régime qui est la cause de la situation actuelle en Libye. Ils croient que le règne de Kadhafi a pris fin et qu’il n’y a pas de place pour son retour parce que son régime a été vaincu. Et qu’il ne faut pas attendre du bien de Seif Al-Islam parce qu’il a grandi dans la culture de la corruption, en plus du fait que pendant la révolution, lui et son père ont com­battu le peuple libyen et il ne faut pas sympathiser avec lui », sou­ligne Sarah Fathalla, chercheuse au CEPS.

Mais le retour de la famille Kadhafi sur le devant de la scène politique libyenne semble se préci­ser. Selon les analystes, ses rangs sont très structurés. Mais, la vraie question est de savoir si le retour de Seif Al-Islam et du kadhafisme uni­fiera les Libyens ou approfondira le conflit dans ce pays livré au chaos … Certains affirment que le retour du fils de Kadhafi pèsera sur une Libye déjà fragilisée par les rivalités entre les gouvernements de Haftar et d’Al-Sarraj. D’autres, même parmi ceux qui souhaitaient se débarrasser de Kadhafi, en 2011, prétendent aujourd’hui sérieuse­ment que les figures de l’ancien régime sont les seuls capables de stabiliser le pays et vaincre le chaos et la division.

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