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Présidentielle : Deux candidats pour un scrutin

May Al-Maghrabi, Mardi, 30 janvier 2018

Tandis que la porte des candidatures pour l’élection présidentielle a été fermée lundi, deux candidats ont soumis leurs papiers : le président Abdel-Fattah Al-Sissi et le président du parti Al-Ghad, Moussa Moustapha.

Deux candidats

Alors que l’on pensait que le président Abdel-Fattah Al-Sissi allait être le seul candidat à sa propre succession, Moussa Moustapha Moussa, président du parti libéral Al-Ghad, a déposé lundi 29 janvier à l’Organisme national des élections les documents de sa candidature à l’élection présidentielle, après avoir rassemblé les parrainages requis et ce, quelques heures avant l’expiration du délai. Jusque-là, le président Abdel-Fattah Al-Sissi avait été le seul candidat en lice après le retrait de 3 candidats potentiels.

La campagne du candidat président, Abdel-Fattah Al-Sissi, a déclaré avoir soumis à l’Organisme national des élections 173000 parrainages parmi d’autres documents nécessaires. « Nous avons reçu en tout 915000 parrainages valides, mais nous avons décidé de présenter seulement 173000 parrainages à l’Organisme des élections pour que la procédure soit plus rapide », a déclaré Bahaeddine Abou-Chaqa, porte-parole de la campagne du président Abdel-Fattah Al-Sissi. Et d’ajouter: « Lors des élections de 2014, la campagne avait soumis 1,73 million de parrainages et il a fallu attendre toute une journée pour que le haut comité des élections à l’époque achève les procédures ».

Les 173000 parrainages sont représentatifs géographiquement de l’Egypte. « Ces parrainages proviennent de chaque ville et village dans les 27 gouvernorats d’Egypte. Ils ont été faits par des citoyens de tous les âges de 18 à 100 ans. Il y a même 2 parrainages qui ont été faits par deux femmes nées en 1918 », souligne Abou-Chaqa.

La campagne du président a recueilli aussi le parrainage de 594 députés du parlement, issus de différentes formations politiques. En vertu de la Constitution, un candidat aux élections doit soumettre à l’Organisme national des élections le parrainage d’au moins 25000 citoyens issus d’au moins 15 gouvernorats ou celui de 20 députés.

Pour sa part, Moussa Moustapha Moussa a déclaré qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle pour « rendre une quelconque faveur à quelqu’un ou pour rechercher la célébrité » et que son objectif est de « remporter les élections ». « J’ai décidé de me présenter après une série de retraits par d’autres candidats potentiels », a déclaré Moussa Moustapha lors d’une conférence de presse au Caire. « Lorsque l’ancien premier ministre et ancien candidat à la présidence Ahmad Chafiq a annoncé son intention de se présenter, nous avons décidé de ne pas nous impliquer pour ne pas fragmenter les voies », a déclaré Moustapha. Et d’ajouter que l’absence de candidats alternatifs allait être injuste pour les Egyptiens.

Le candidat du parti Al-Ghad a recueilli les parrainages de plus que 40000 citoyens et de 26 députés au parlement. « Le parti Al-Ghad a des branches dans 26 gouvernorats différents et c’est ainsi que nous avons pu réunir les parrainages rapidement », a-t-il expliqué. Moussa Moustapha a déclaré avoir des plans pour développer l’Egypte afin de continuer ce qui a été accompli par le président Abdel-Fattah Al-Sissi.

La semaine qui a précédé la clôture de la porte des candidatures a été riche en rebondissements, plusieurs candidats potentiels ayant annoncé leur retrait. Le 27 janvier, le président du parti libéral Néo-Wafd, Al-Sayed Al-Badawi, a annoncé qu’il ne se porterait plus candidat après le refus de son parti. La réunion du bureau politique du parti, tenue samedi, s’est soldée par le refus de 41 membres sur 45 de présenter un candidat à l’élection présidentielle.

Quelques jours auparavant, le 24 janvier, l’avocat et activiste des droits de l’homme, Khaled Ali, avait annoncé qu’il renonçait à se présenter à l’élection présidentielle. Ali a affirmé que les potentiels candidats « n’ont pas eu suffisamment de temps pour obtenir les parrainages nécessaires avant la date butoir du 29 janvier, qui n’avait été annoncée que le 8 janvier par l’Organisme national des élections ».

Le retrait de Ali est intervenu 24 heures après l’arrestation par l’armée du potentiel candidat Sami Anan, général à la retraite et ancien chef d’état-major de l’armée. L’Organisme des élections a ensuite annoncé que sa candidature avait été annulée. Dans un communiqué, l’armée affirme que le général Anan a annoncé sa candidature « sans avoir l’autorisation des forces armées et sans suivre les procédures requises pour mettre fin à son service actif dans l’armée ». « Anan a cherché à semer la discorde entre les forces armées et le peuple égyptien », précise le communiqué des forces armées. Et d’ajouter que l’ancien chef d’état-major a « falsifié des documents officiels pour montrer que son service au sein de l’armée est terminé, contrairement à la vérité ».

La décision d’Al-Sayed Al-Badawi de ne plus se présenter avait donné lieu à une situation où le président Sissi était l’unique candidat.

Le challenger de dernière minute

A l’inverse de la position du Néo-Wafd, le parti Al-Ghad a décidé de se lancer dans les élections. « La décision de ma candidature à l’élection présidentielle n’a pas été prise du jour au lendemain comme certains le pensent. Je négocie cette affaire avec les cadres de mon parti et avec les forces politiques depuis quelques mois. Ma carrière dans le travail politique ne me permet pas de jouer le rôle de figurant », s’est défendu Moussa Moustapha. Il a ajouté qu’au cours des prochains jours, il annoncerait en détail son programme électoral. « Le contexte de mon soutien affiché préalablement à la candidature du président Sissi diffère de la situation actuelle », a-t-il clarifié.

La candidature « soudaine » de Moustapha a soulevé un véritable tollé sur la scène politique. Un tollé que le député Mohamad Abou-Hamed, de la coalition Fi Daem Misr, trouve injustifié. « Moussa Moustapha a le droit en vertu de la Constitution de disputer les élections », indique Abou-Hamed. Il salue surtout une décision qui, selon lui, contribue à enrichir la vie politique et permet la tenue d’élections concurrentielles. « Même si le président Sissi jouit d’une popularité écrasante, et qu’il est l’homme capable de faire face aux défis auxquels le pays est confronté, il est positif d’avoir une véritable compétition électorale avec une figure de l’opposition. Cela reflète la maturité de la vie politique », pense Abou-Hamed. Il regrette que la plupart des forces politiques n’aient pas été en mesure de présenter des candidats à l’élection présidentielle. Le 30 janvier, l’Organisme national des élections annoncera la liste finale des candidats et la campagne électorale commencera officiellement le 24 février. La campagne électorale du président Sissi a annoncé que des conférences populaires dans tous les gouvernorats seraient organisées pour soutenir la candidature du président. Ces conférences dresseront le bilan du président au cours de son premier mandat. Plusieurs partis organisent parallèlement des campagnes de soutien au président, dont celui des Egyptiens libres, du Néo-Wafd, du Rassemblement et du parti salafiste Al-Nour.

L’analyste politique Akram Al-Alfi regrette, lui aussi, que les forces politiques n’aient pas pris l’élection présidentielle au sérieux et qu’elles se trouvent, par conséquent, hors course aujourd’hui. « Le retrait de Khaled Ali a fait perdre à toute la gauche une chance historique de regagner la scène politique, et ce, même si Ali n’avait pas de chances réelles de remporter les élections », estime Al-Alfi. Selon lui, les forces politiques assument leur part de responsabilité dans cette absence de compétition, car elles n’ont pas été en mesure de présenter des candidats à l’élection présidentielle. Une situation due à deux facteurs, selon Al-Alfi. « Les problèmes internes de chaque parti ainsi que la conviction de la plupart des forces politiques que le président Sissi est le plus capable de sortir le pays de sa crise », indique l’analyste.

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