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Jehad Al-Harazin : Nous ne lâcherons pas notre droit dans cette terre 

Osman Fekri, Mardi, 16 janvier 2018

Professeur de sciences politiques et dirigeant au mouvement palestinien Fatah, Jehad Al-Harazin explique la réaction palestinienne à la tournée au Moyen-Orient du vice-président américain Mike Pence.

Al-Ahram Hebdo : Quel est, selon vous, l’objectif de la tournée du vice-président américain, Mike Pence? Viendra-t-il avec une nouvelle initiative de paix, le fameux « accord du siècle » ?

Jehad Al-Harazin: La tournée du vice-président américain n’a pas pour objectif de réévaluer la situation dans la région, elle vise à redorer le blason de la politique américaine, notamment après la décision du président Donald Trump de transférer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Cette visite est avant tout une visite de soutien à Israël. En créant des événements à caractère politique, les Etats-Unis cherchent à divertir l’attention loin de ce qui se passe dans les territoires palestiniens occupés.

Cette tournée était essentiellement programmée en décembre dernier, mais a été reportée à trois reprises après les annonces faites par plusieurs responsables qui ont refusé l’accueil du responsable américain. Le refus des dirigeants palestiniens, d’Al-Azhar et de l’Eglise égyptienne d’accueillir Mike Pence a infligé un camouflet à l’Administration américaine et vidé cette tournée de son contenu. Ces refus s’expliquent bien entendu par la décision de Donald Trump relative à Jérusalem, une ville qui a une place spéciale dans la conscience des musulmans et des chrétiens.

Quant à la question d’une nouvelle initiative de paix, je crois qu’un tel discours n’a plus aucun sens dans la mesure où Jérusalem est au coeur du conflit israélo-palestinien. La décision de Trump et son parti pris en faveur d’Israël ont sorti les Etats-Unis du rôle de médiateur susceptible de proposer une solution politique. Le prétendu « accord du siècle » n’est, en effet, qu’un grand mensonge inventé par l’Administration américaine pour contenter le lobby sioniste aux Etats-Unis.

— Quelle est la position de l’Autorité palestinienne vis-à-vis de cette visite ?

— L’Autorité palestinienne a tout de suite annoncé l’arrêt à tous les niveaux des contacts avec l’Administration américaine tant que la décision du transfert de l’ambassade à Jérusalem ne sera pas retirée. Par conséquent, aucune réunion n’aura lieu avec le responsable américain.

Dès le début de cette crise, l’Autorité palestinienne a multiplié les contacts et les consultations avec les parties concernées, notamment les pays arabes et musulmans, ainsi qu’à l’échelle internationale, pour essayer de dissuader l’Administration américaine.

Les efforts palestiniens ont ainsi réussi à rallier tout le monde en faveur du droit international et face au gangstérisme américain. Alors que sur le terrain, les Palestiniens continuent à lutter et à mourir dans les protestations contre la décision américaine injuste dans un message clair à la fois aux Américains et aux Israéliens : « Nous ne lâcherons pas notre droit à cette terre ».

— Et comment Israël a-t-il reçu cette décision ?

— Israël a tout de suite profité de ce couvert américain en faisant passer une série de législations pour renforcer sa mainmise sur les territoires occupés, surtout sur la ville de Jérusalem. Ces lois préparent le terrain à l’accélération des activités coloniales à Jérusalem-Est, en vue de sa judaïsation après l’expulsion de ses habitants palestiniens, ainsi qu’à l’annexion de territoires de la Cisjordanie. Israël est dans une course contre la montre pour créer une nouvelle réalité sur le terrain, et ce, à travers des mesures racistes qui vont à l’encontre de la légitimité internationale et du droit humanitaire. C’est pourquoi il est important que les organisations de droit international, notamment le Tribunal pénal international, demandent des comptes à l’occupant israélien pour ses crimes commis contre le peuple palestinien.

— Peut-on toujours parler d’un processus de paix et de la solution à deux Etats sous parrainage américain ?

— Le parrainage américain n’est plus envisageable. Le monopole américain de la médiation a vidé le processus de paix de son sens. Les Etats-Unis n’ont jamais été un vrai médiateur, et n’importe quel futur arrangement devra être conclu sous les auspices des Nations-Unies. C’est cette organisation qui a décidé de la création d’Israël et il est temps qu’elle décide de la création d’un Etat palestinien. Le peuple palestinien ne souhaite pas vivre sept autres décennies sous l’occupation, et pour mettre fin à celle-ci, il ne faut pas miser sur « l’accord du siècle » ou tout autre accord. Il faut plutôt miser sur la volonté de la communauté internationale et sur le respect du droit international, notamment les résolutions onusiennes 242 et 338 entre autres. La communauté internationale est appelée à organiser une conférence, afin de poser des bases claires pour un processus de paix global et conforme à la légalité internationale.

— Enfin, un commentaire sur les menaces américaines de couper l’assistance financière …

— Lors du vote sur la décision de Trump relative à Jérusalem, les Etats-Unis ont fait un double chantage, politique et financier, au sein de l’Onu, à travers leur ambassadrice Nikki Haley. Mais ces menaces se sont avérées vaines. Et elles le seront a fortiori avec le peuple palestinien qui sacrifie son âme et son sang pour défendre sa terre, cette terre qui ne s’évalue pas en dollars. Et rappelons à ce sujet que les Etats-Unis ont déjà suspendu leur assistance financière à l’Autorité palestinienne il y a plus de 2 ans.

Quant aux menaces de mettre fin au financement de l’Office de secours des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), il s’agit là d’une agence onusienne qui est prise pour cible, et c’est à l’Onu et à la communauté internationale de réagir.

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