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Wahid Hachem : Ces changements entrent dans le cadre du plan stratégique 2020/2030 adopté par le prince héritier

Osman Fekri, Mardi, 17 octobre 2017

Wahid Hachem, professeur de sciences politiques à l’Université du roi Abdel-Aziz à Djeddah, analyse les évolutions politiques et sociales qui gagnent l’Arabie saoudite. Interview.

Wahid Hachem
Wahid Hachem

Al-Ahram Hebdo : La décision d’autoriser les femmes à conduire est-elle le témoin d’une petite ouverture ou d’un changement de fond ?

Wahid Hachem : L’Arabie saoudite connaît des changements importants au niveau de ses poli­tiques économiques et sociales, ainsi qu’au niveau de sa diplomatie régionale et internationale. Ils entrent dans le cadre du plan stratégique 2020/2030 adopté et parrainé par le prince héritier Mohamad Bin Salman. Ce plan aspire à propulser le Royaume aux rangs des pays développés et à diversifier les sources de revenus en ouvrant la voie à des industries technolo­giques et modernes.

Au niveau social, il s’agit d’encourager et de donner plus de pouvoir aux jeunes et aux femmes pour leur permettre de mieux servir leur pays. Ces changements auront, bien enten­du, des répercussions sur toutes les facettes de la vie au Royaume. Le leadership politique a compris que les femmes, jusque-là majoritairement inactives et non productives, doi­vent être impliquées dans le processus de dévelop­pement.

Sur le plan de la politique étrangère, l’évolution s’est faite sur plusieurs étapes, tout en prenant en considération l’opinion publique et les change­ments sociaux. Aujourd’hui, 70 % de la population ont moins de 30 ans. Par ailleurs, la mondialisa­tion nous a imposé une ouverture à tous les pays avec lesquels nous avons des intérêts communs. Les grandes lignes de la politique étrangère saou­dienne sont les mêmes que celles des autres pays : il s’agit de préserver la paix et l’ordre dans le monde, de lutter contre le terrorisme et de respec­ter et faire respecter le droit international.

— Mais pourquoi ces changements mainte­nant ? Quelles en sont, d’après vous, les rai­sons ?

— Ces changements répondent à des intérêts et des objectifs nationaux. Ils consistent à lancer des politiques de développement dans les domaines politique, économique, social, scientifique et tech­nologique, y compris la promotion du rôle des femmes et leur inclusion dans le processus de développement. Il s’agit surtout de la construction d’un Etat moderne.

— Pour ce qui est de la politique étrangère, quels changements faut-il prévoir ?

— Au niveau régional, l’alliance sera renforcée avec les principaux pays arabes, l’Egypte en premier lieu, pour faire face au terrorisme et aux ambitions hégémoniques de l’Iran. Et à l’échelle internationale, le Royaume adopte une politique d’ouverture envers tous les acteurs dans un esprit de partena­riat et d’échange d’intérêts.

— Le roi Salman Bin Abdel-Aziz a récem­ment visité la Russie. Dans quel contexte place­riez-vous cette visite ?

— Dans le contexte de la coopération bilatérale. L’Arabie saoudite et la Russie ont beaucoup de liens économiques, commerciaux et militaires. Même au niveau de la communication, un bureau médiatique saoudien vient d’être inauguré à Moscou. Cette visite aura des résultats importants qui apparaîtront très prochainement.

Et comme je viens de le dire, l’Arabie saoudite essaye d’entretenir des relations équilibrées pour préserver ses intérêts auprès des différents pays. Ainsi, notre relation avec la Russie ne se consoli­dera pas aux dépens de celle avec les Etats-Unis. La politique étrangère est basée sur les intérêts, et Washington réalise que l’Arabie saoudite est un facteur de stabilité du Moyen-Orient.

— Comment évaluez-vous les relations actuelles de l’Arabie saoudite avec l’Egypte, et leur position commune à l’égard du Qatar ?

— Les relations avec l’Egypte sont historiques, cruciales et solides. Les deux pays sont unis par des liens stratégiques, ensemble ils forment la pierre angulaire de la stabilité régionale et la ligne de défense contre les desseins, notamment ira­niens, qui cherchent à diviser les pays de la région. La position commune du Caire et de Riyad s’est illustrée dans la crise avec Doha. Le Qatar adopte des politiques négatives qui nuisent aux intérêts, à la stabilité et à la sécurité des autres pays arabes. Je m’attends à ce que le Qatar poursuive cette politique anti-arabe, alors même qu’il réalise l’im­possibilité pour lui d’intégrer le camp iranien, et ce, pour des raisons confessionnelles et géogra­phiques évidentes. L’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont formulé des demandes très claires : le Qatar doit cesser son soutien au terrorisme et son ingérence dans les affaires des autres pays arabes. Ces demandes ne risquent pas de changer, et de son côté, la commu­nauté internationale doit réaliser le danger du soutien financier, militaire et médiatique que le Qatar apporte au terrorisme. Si jamais le Qatar souhaite retrouver son environnement arabe, il doit arrêter immédiatement son soutien au terro­risme et son ingérence dans les affaires des autres pays arabes. Il doit cesser ses tentatives, vieilles de plusieurs années, qui visent à saper la stabilité des pays voisins par le biais des organisations terroristes qu’il soutient.

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