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Le monde à l’écoute de l’Egypte

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 26 septembre 2017

Les trois discours du président Sissi cette année à la tribune de l'Onu et ses rencontres bilatérales, notamment avec le président américain Donald Trump, confirment la diplomatie active de l'Egypte et son rôle grandissant sur l'arène internationale. Retour sur les moments-clés de la visite du président aux Etats-Unis et sa participation à l'Assemblée générale de l’Onu.

Le monde à l’écoute de l’Egypte
Le président Sissi à la tribune de l'Onu.

3 discours, 3 réunions de haut niveau, 16 rencontres bilatérales avec des dirigeants et des chefs d’Etat et 3 rencontres collectives avec 22 personnalités influentes aux Etats-Unis. Tel est le bilan de la participation du président Abdel-Fattah Al-Sissi à la 72e Assemblée générale des Nations- Unies, à New York, selon un rapport publié par l’Organisme général de l’information. Il s’agit en fait de la quatrième participation consécutive du président Sissi à l’Assemblée générale de l’Onu, depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Un fait sans précédent pour un président égyptien depuis la création de l’Onu. Durant ce rendez-vous politique, le plus observé au monde. « L’Egypte a voulu marquer sa présence non seulement au niveau diplomatique, mais aussi au niveau des discours où la voix de l’Egypte devient plus claire sur la scène internationale », dit Ahmad Youssef, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

« Cette année, l’enjeu était totalement différent qu’en 2014 », explique Malek Aouny, spécialiste des relations internationales et rédacteur en chef de la revue Al- Seyassa Al-Dawliya, à Al-Ahram. Et d’ajouter qu’en 2014, l’enjeu de la première participation du président à l’Assemblée générale des Nations- Unies était de rectifier l’image de la révolution du 30 juin 2013 qui a entraîné la chute du régime des Frères musulmans et de briser l’isolement imposé à l’Egypte par une partie de la communauté internationale. « En 2014, l’Egypte était affaiblie en raison de l’instabilité économique et sécuritaire. Sissi n’avait pas alors parlé des crises régionales, et il s’était employé à défendre la légitimité politique de son régime et expliquer au monde la réalité de ce qui s’est passé en Egypte », dit le politologue. Le président a réussi rapidement à briser cet isolement et à restaurer la voix de l’Egypte au cours des deux assemblées qui ont suivi, ce qui a aidé l’Egypte à remporter un siège non permanent au Conseil de sécurité pour les années 2016 et 2017.

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Avec le président américain Trump.

« Aujourd’hui, la position de l’Egypte a évolué vers plus d’efficacité. Et les discours du président devant l’Assemblée reflètent d’une manière très évidente le renforcement des capacités de l’Egypte sur les plans interne et externe. D’une part, l’Egypte se présente comme un pays qui possède un haut niveau de stabilité institutionnelle, économique, politique et sécuritaire.

D’un autre côté, les transformations régionales survenues cette année ont renforcé la présence de l’Egypte dans la région. Celle-ci possède désormais beaucoup d’outils pour le règlement des conflits régionaux », dit Aouny.

Les points forts des discours présidentiels

Présentant des solutions ou fixant des lignes rouges à ne pas dépasser, les discours du président Sissi ont été « retentissants » et ont trouvé de l’écho aux Nations- Unies, grâce aux efforts déployés par l’Egypte dans plusieurs dossiers régionaux. « On note que les discours présidentiels ont été bien accueillis par la communauté internationale », explique Hani Al-Assar, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Le président a prononcé trois discours au cours de sa visite à New York : devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, lors d’une séance consacrée à la Libye, et lors d’une autre consacrée à la réforme des forces de maintien de la paix.

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Avec le cheikh Mohamad Bin Zayed, prince d'Abu-Dhabï, au cours de sa visite, lundi, aux Emirats arabes unis.

« Devant l’Assemblée générale, le président a passé en revue les grandes crises de la région : la Syrie, le Yémen et l’Iraq, mais c’est le processus de paix qui a constitué l’axe principal du discours présidentiel », explique Al-Assar. La médiation égyptienne ces derniers jours pour unifier le front palestinien interne, obligeant le Hamas à accepter les conditions du Fatah pour la réconciliation, a été le point fort du discours du président à l’Onu.

Dans son discours, le chef de l’Etat a improvisé une partie de son discours en appelant le peuple palestinien à « surmonter les divergences, à ne pas manquer l’opportunité et à se tenir prêt à accepter la coexistence avec l’autre, avec les Israéliens, dans la paix et la sécurité ». Il a de même lancé un appel au peuple israélien en disant : « Nous avons en Egypte une excellente expérience de la paix avec vous depuis plus de quatre décennies, nous pouvons répéter cette expérience ». Selon Al- Assar, « la percée réalisée dans ce dossier bloqué depuis des années va repositionner l’Egypte et lui donner une place remarquable sur la carte internationale ».

La Libye est un autre dossier fort qui a placé les mots du président sous les projecteurs, que ce soit lors de son allocution ou pendant la séance consacrée à la Libye en marge de l’Assemblée générale. L’Egypte joue aujourd’hui un rôle de premier plan aux niveaux politique et militaire pour mettre fin à la crise libyenne. Les visites ininterrompues en Egypte de l’envoyé spéciale des Nations-Unies pour la Libye indiquent l’importance du rôle joué par l’Egypte dans ce dossier, comme l’indique Al-Assar.

Pour le président Sissi, il existe « une vraie opportunité pour une solution politique en Libye », et « les accords de Sokhirat doivent rester le cadre de discussion, car il ne faut pas perdre du temps en multipliant les initiatives de règlement ».

Le discours de l’Egypte a également été très entendu lors de la séance consacrée à la réforme des forces de maintien de la paix. En fait, l’Egypte a participé à 37 reprises aux missions de maintien de la paix, déployant plus de 30 000 soldats en Asie, en Afrique, en Amérique latine et en Europe. « Le maintien de la paix ne doit pas être un substitut aux efforts préventifs de la diplomatie, à la médiation, à la consolidation de la paix ou autres instruments politiques, économiques ou sociaux visant à remédier aux causes profondes des problèmes », a déclaré le président Sissi.

Rencontres bilatérales

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Avec le premier ministre israélien.

La forte présence de l’Egypte à la 72e Assemblée de l’Onu s’est aussi traduite par une série de rencontres bilatérales avec des personnalités importantes, comme l’explique l’ambassadeur Hassan Rakha, membre du Conseil égyptien des affaires étrangères. « La participation de l’Egypte à l’Assemblée générale des Nations-Unies est une affaire rituelle, et le discours du président peut être prononcé par le chef du gouvernement ou par le ministre des Affaires étrangères. Mais la partie importante que l’Egypte a réussi à investir cette fois-ci dans la visite du président, c’est ce marathon de rencontres bilatérales qui s’est déroulé en marge de l’Assemblée générale et qui reflète la vitalité de la diplomatie égyptienne », dit Rakha. En fait, selon l’Organisme général de l’information, le président Sissi a tenu 82 rencontres bilatérales avec des chefs d’Etats et de gouvernement au cours des trois dernières assemblées générales de l’Onu.

Amr Abdel-Ati, spécialiste des questions américaines à Al-Ahram, pense que l’importance des rencontres bilatérales que le président a eues cette fois ne réside pas seulement dans leur nombre ou l’importance même des personnalités, mais plutôt dans « l’efficacité de ces rencontres ». Le chercheur donne des exemples : « Pour promouvoir le processus de paix, le président a rencontré, pour la première fois sous les projecteurs, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu ainsi que Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, et le roi Abdallah II de Jordanie. Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères s’active sur le dossier libyen ». Ce dernier a eu des réunions avec les premiers ministres tunisiens et algériens, pays frontaliers de la Libye.

La rencontre de Sissi avec le président américain Donald Trump, qui a brisé le protocole en se rendant lui-même à l’hôtel où séjourne le président égyptien, a été aussi très « significative ». « Cette rencontre de 60 minutes montre que la relation de l’Egypte avec la Maison Blanche n’est pas tendue, et ce, malgré la décision du Congrès de réduire le montant des aides militaires et économiques allouées à l’Egypte (voir page 5). Rakha voit également que la rencontre du président avec le premier ministre italien est « l’indice d’un retour à la normale des relations commerciales, économiques et touristiques entre les deux pays ».

L’économie a été aussi présente dans les rencontres du président. Sur le plan économique, le président a eu « des discussions fructueuses », comme le précise le rapport de l’Organisme de l’information. Il a rencontré Ji Young Kim, président de la Banque mondiale, ainsi que le président de la Chambre de commerce américaine. Autant dire que l’Egypte suit une politique active, comme d’ailleurs en témoigne la visite, lundi, du président Abdel-Fattah Al-Sissi aux Emirats arabes unis. Une visite axée sur le renforcement des relations bilatérales et les dossiers régionaux.

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