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Le Caire-Washington renforcent leur partenariat stratégique

May Al-Maghrabi, Lundi, 25 septembre 2017

Lors d'une rencontre à New York, le président Abdel-Fattah Al-Sissi et son homologue américain, Donald Trump, se sont engagés à consolider les relations égypto-américaines.

Le Caire-Washington renforcent leur partenariat stratégique
Le président Trump s'est engagé à consolider la coopération avec l'Egypte. (Photo : Reuters)

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi s’est entretenu, mercredi 20 septembre, avec le président américain, Donald Trump, sur un nombre de dossiers bilatéraux et régionaux, en marge de la 72e Assemblée générale de l’Onu à New York. Une rencontre jugée « rassurante » sur le sort des relations égypto-américaines remises en question depuis la 23 août dernier sur fond du gel partiel des aides américaines à l’Egypte. Selon le porte-parole de la présidence, l’ambassadeur Alaa Youssef, les négociations entre les deux leaders ont porté sur les efforts de l’Egypte en matière de la lutte antiterroriste, ainsi que sur des dossiers régionaux avec en tête la question palestinienne et les crises en Libye, en Syrie, en Iraq et au Yémen. Au niveau des relations bilatérales, les deux chefs ont mis en relief l’importance des relations « distinguées » et « stratégiques » entre Washington et Le Caire. Le président Sissi a estimé que les deux parties doivent oeuvrer en vue de « préserver ces relations importantes pour l’intérêt des deux pays et pour la stabilité et la paix au Proche-Orient ». « La relation est très bonne actuellement », lui a assuré Trump, soulignant l’engagement des Etats-Unis à renforcer sa coopération avec l’Egypte. Trump a, de même, jugé nécessaire d’oeuvrer à « rapprocher les visions entre les deux pays ».

Dans un indice positif, le président américain a surtout laissé envisager une reprise de l’aide militaire américaine à l’Egypte. « Nous allons certainement étudier cela », a lancé le président des Etats-Unis à son homologue égyptien. Une annonce qui va à contre-courant d’une décision prise le 23 août 2017 concernant l’annulation d’une aide de 95,7 millions de dollars et le gel d’une enveloppe de 195 millions de dollars en raison de visions différentes avec Le Caire sur la question des libertés. Ce n’était pas la première fois que les Etats-Unis jouent la carte des aides fournies à l’Egypte comme une sorte de pression. L’ancien président américain, Barack Obama, avait lui aussi décidé, en 2013, de geler partiellement l’aide militaire à l’Egypte, (1,3 milliard de dollars), invoquant des atteintes aux droits de l’homme, puis il l’avait rétablie en mars 2015.

Washington, ami loyal du Caire

Et, en août 2015, la diplomatie américaine avait publiquement relancé un partenariat « stratégique » avec l’Egypte, en promettant le soutien de Washington en matière de sécurité et de lutte antiterroriste. Or, si Le Caire ne s’attendait pas à une telle mesure sous Trump, c’est parce que depuis son arrivée à la Maison Blanche, ce dernier avait formulé sa promesse de faire des Etats-Unis un « ami loyal » à l’Egypte. D’autant plus qu’au mois d’avril dernier, son Administration avait déclaré que les aides militaires et économiques fournies à l’Egypte ne feraient l’objet d’aucun changement. C’est dans ce contexte que cette récente décision est venue donc remettre en question le sort des relations entre Washington et Le Caire, qui semblaient être au beau fixe.

Une hypothèse qu’excluent des observateurs pour plusieurs raisons. Entre autres, les intérêts mutuels entre l’Egypte et les Etats-Unis, le rôle régional de l’Egypte, ainsi que son rôle incontournable dans la lutte contre le terrorisme. D’autant plus que les Américains sont soucieux de couper court à toute infiltration russe dans la région.

Hassan Nafea, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, estime que la promesse de l’Administration Trump de revoir le gel d’aides militaires et économiques à l’Egypte dévoile qu’il s’agit davantage de divergences au sein de l’Administration américaine plutôt que d’une volte-face de la politique américaine vis-à-vis de l’Egypte. La position de Trump face à cette question émane, selon l'analyste, de la conviction de l’Administration américaine de l’inefficacité de cette carte de pression qu’est l’aide américaine. Il s’agit aussi, selon lui, d’une valorisation des intérêts américains en Egypte et du rôle crucial que cette dernière joue dans la région. « Tout d’abord, il faut savoir que les répercussions du gel de l’aide américaine à l’Egypte sont bien plus politiques qu’économiques », qui prévoit cependant un retour graduel à la normale entre Le Caire et Washington, Nafea note que l’histoire des relations égypto-américaines montre qu’elles ont toujours été vacillantes à la lumière des orientations américaines dans la région.

L’Egypte, pilier régional

« C’est le pragmatisme et les intérêts mutuels qui dominent souvent les relations égypto-américaines. Aujourd’hui, la force des relations bilatérales sera déterminée proportionnellement à la lumière de la nature et de l’importance de ces intérêts mutuels. Certes, l’Egypte demeure pour Washington un allié stratégique dans la région pour les conflits en Libye, entre Israël et les Palestiniens, ainsi que plus généralement au Moyen-Orient. L’Egypte est surtout un principal médiateur au processus de paix. L’Egypte a aussi intérêt à maintenir ses liens privilégiés avec les Etats-Unis qui lui permettent de se doter d’armes sophistiquées et d’une coopération militaire, diplomatique et économique stratégique », estime l’analyste politique.

Avis partagé par Guéhad Ouda, professeur des relations internationales à l’Université de Hélouan, qui estime que, quelles que soient les divergences entre Washington et Le Caire, il n’est pas question que les Etats-Unis tournent le dos à l’Egypte. « Limiter les relations égypto-américaines à la question de l’aide est une grosse erreur. Il y a des questions bien plus cruciales entre les deux pays, et les intérêts stratégiques des Etats-Unis ne leur permettent pas de rompre avec l’Egypte », affirme Ouda.

Selon le politologue, les Etats-Unis ne veulent pas que la tension perdure avec l’Egypte pour ne pas favoriser un éventuel rapprochement entre Le Caire et d’autres puissances rivales de Washington, telles la Russie et la Chine. A rappeler qu’après la suspension de l’aide américaine, à l’époque de l’ex-président Obama, Le Caire avait pris quelque peu ses distances avec les Américains, et a cherché à renforcer ses relations avec Moscou, en profitant de la rivalité entre la Russie et les Etats-Unis. Ceci, alors que Moscou tente de retrouver son influence, sa stature et son prestige d’antan. Certes, pour l’Egypte, il s’agit davantage de diversifier ses sources de financement et d’opérer un meilleur équilibre dans ses rapports extérieurs que de rompre avec les Etats-Unis ou de les remplacer par la Russie. Idem pour la Chine qui s’intéresse au marché égyptien. Pékin, qui est devenu le premier importateur de pétrole dans le monde, s’intéresse plus que jamais au Moyen-Orient, en raison de ses réserves stratégiques de brut. Certes, l’Egypte n’est pas un exportateur de pétrole, mais ses rapports étroits avec les Etats du Golfe peuvent avoir un effet bénéfique sur l’approvisionnement de la Chine en hydrocarbures. « Dans ces conditions, les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de perdre ou de distendre leurs rapports avec leur allié égyptien au Moyen-Orient. De son côté, l’Egypte est aussi soucieuse de préserver ce partenariat important sur tous les volets », indique-t-il.

Des prévisions qui ne manquent pas de véracité pour le politologue Moustapha Kamel Al-Sayed. « Il y a depuis des années des différences de visions entre Le Caire et Washington sur certains dossiers comme les libertés, les droits de l’homme et la démocratie. Le changement des administrations ne change pas les positions américaines sur ces questions parce que le président n’en décide pas seul. Le Congrès et les autres institutions américaines ont aussi leur mot », dit-il. Selon lui, la récente décision concernant l’aide américaine met en relief la nécessité de formuler une position claire sur les dossiers controversés entre les deux capitales. « Il est vrai que l’Egypte rejette le trop d’ingérence américaine dans ses affaires internes. Mais les deux pays doivent surtout oeuvrer à trouver un nouveau point d’équilibre susceptible d’assurer des relations bilatérales équilibrées et surtout sédentaires », conclut-il.

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