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Doha, hors du club des Grands

Aliaa Al-Korachi, Lundi, 24 septembre 2012

De Tunis à Tripoli, en passant par Le Caire ou Sanaa, ce minuscule émirat du Golfe est intervenu sur tous les fronts.

Doha, hors du club des Grands

Le Qatar est furieux de se voir refuser l’accès au groupe de contact régional. Pas de déclarations officielles qui l’indiquent, mais la visite de son émir, Hamed Ben Jassem, au Caire, prenant un titre économique, trois jours avant la première réunion du groupe, a été perçue dans plusieurs sphères comme une tentative de faire pression pour se forger une place. Le porte-parole du président Mohamad Morsi, Yasser Ali, a même démenti « tout mécontentement qatari affiché pour sa non-adhésion au groupe ».

Difficile d’y croire. Doha, qui mène une hyperactivité diplomatique dans la région, et qui se trouve depuis peu d’années à la tête de toute initiative arabe, ne pourrait rater une telle occasion.

Présent ou pas, le Qatar se trouve aux avant-postes dans le dossier syrien. Il dirige de main de maître le comité ministériel sur la Syrie au sein de la Ligue arabe, où il est accusé de « dominer les débats » et même de « dicter la politique arabe » envers la Syrie. Il se trouve toujours à la tête de ce comité même après avoir cédé la présidence de la Ligue arabe à Bagdad en mars dernier.

Mais, dans le chaos qui règne aujourd’hui à Damas, le rôle du Qatar inquiète plusieurs observateurs. La Syrie était pour le Qatar un allié et partenaire économique privilégié jusqu’au déclenchement de la révolte contre Bachar Al-Assad. Doha établit jusqu’à la fin des années 2000, avec aussi l’Iran, un axe diplomatique fort ayant comme objectif de faire contrepoids au trio Egypte-Arabie saoudite-Jordanie. Et au début des événements à Damas, les Emirats arabes unis paraissent hésiter, ils envoient des médiateurs et leur chaîne satelliteAl-Jazeera reste discrète.

La fin de non-recevoir de la médiation qatari par le président syrien « pour des réformes politiques » a marqué une rupture totale entre les deux régimes. Et Doha se livre alors à un combat diplomatique pour contribuer à faire chuter Al-Assad. Un combat qui prenait plutôt, selon des observateurs, « un caractère personnel ».

Les Emirats arabes unis ont profité de leur présidence tournante de la Ligue arabe, pour tenter de forcer les événements, entraînant l’ensemble des pays de la Ligue à exclure la Syrie de l’organisation panarabe.

Prenant la tête du Groupe d’amitié pour le peuple syrien et multipliant les initiatives diplomatiques, Doha a appelé à sanctionner le régime d’Al-Assad et devient la première capitale à demander ouvertement l’envoi de troupes pour « mettre un terme au bain de sang ».

Le soutien militaire et financier déclaré qu’apporte le Qatar aux révolutionnaires syriens suscite aussi la méfiance. D’une part, il donne à Doha plus de poids et en fait un acteur principal dans la résolution de cette crise. D’autre part, Doha, soutenant le Conseil national syrien dominé par les Frères musulmans, comme il l’a fait auparavant avec les courants islamistes, durant les révolutions en Tunisie, en Egypte, en Libye et au Yémen, jette aussi le doute sur la nature du projet qui anime son action.

« Je ne travaille pas comme ça »

Lakhdar Brahimi, représentant spécial conjoint des Nations-Unies et de la Ligue arabe pour la crise en Syrie, vient d’afficher son mécontentement, avant de partir la semaine dernière à Damas, contre les ingérences du Qatar qui commencent à le gêner dans sa mission. « Je ne travaille pas comme ça. Je suis l’envoyé personnel du secrétaire général de l’Onu, et ne veux pas qu’on me fixe des limites », a-t-il dit, affichant un grand « non », aux principales exigences de Hamad Ben Jassem de fixer une date limite à sa mission.

« Il est clair que l’objectif de ce groupe de contact de commencer par les négociations avec le régime de Bachar Al-Assad n’était pas au goût du Qatar. Doha est contre toute intervention pacifique à Damas. Il veut à tout prix mener une intervention militaire, comme en Libye », dit Mohamad Al-Saïd Idris, au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Pour le politologue, afin d’atteindre cet objectif, « le Qatar s’est mis à faire échouer toute tentative arabe et faire la propagande de l’échec de la mission de Brahimi, pour déférer le dossier syrien au Conseil de sécurité ».

A Damas comme ailleurs, le moteur de l’action de cette monarchie reste douteux. Depuis 2010, le Qatar est devenu l’un des médiateurs diplomatiques les plus actifs du monde arabe. Au Liban, au Soudan, en Palestine ... Doha a multiplié les initiatives. Il a accueilli également des conférences portant sur de grands enjeux internationaux.

Sa chaîne satellite Al-Jazeera joue toujours un rôle de premier plan dans la politique régionale. En 2011, avec le déclenchement du Printemps arabe, le Qatar abandonne son rôle de médiation pour devenir le sponsor des révolutions en présentant toutes sortes de soutien financier, militaire et médiatique. Pour placer enfin ses investissements au service des nouveaux régimes.

Abritant El-Oudeid, le plus grand dépôt d’armes américaines à l’étranger, le Qatar est toutefois accusé d’appliquer l’agenda américain dans la région et de jouer son rôle par agence, en lui donnant une couverture arabe.

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