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Tournée d'Obama : Colonisation, la toute puissance israélienne

Héba Nasreddine, Mardi, 26 mars 2013

Les espoirs suscités par Barack Obama au début de son premier mandat sur un arrêt de la colonisation israélienne sont partis en fumée. Rien ne semble pouvoir empêcher Tel-Aviv de violer le droit international et de s'étendre toujours plus sur les Territoires palestiniens.

Colonisation
La colonisation, une entrave principale devant la reprise des négociations. (Photo: AFP)

« Sans gel de la colonisation, il n’y aura pas de négociations avec Israël (....) la colonisation est un sérieux obstacle sur la voie de la paix ». Ce sont les déclarations du chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lors de sa ren­contre avec le président américain, Barack Obama, en visite à Ramallah le 21 mars.

Une visite qui n’a fait qu’amplifier le pessi­misme et la déception des Palestiniens pour qui le gel de la colonisation est une condition sine qua non à une reprise des négociations. Celles-ci sont gelées depuis 2010 principalement en raison de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Obama, qui avait soulevé beaucoup d’espoirs au cours de son premier mandat en demandant, à l’époque, un gel de la colonisation pour reprendre les négociations, se montre aujourd’hui beaucoup moins catégorique sur la question. Il se contente de réaffirmer que la colonisation « ne fait pas avancer la paix » sans pour autant exiger son arrêt. Une attitude perçue par les observateurs comme un blanc-seing donné par Washington à Israël pour pour­suivre son grignotage progressif des Territoires palestiniens.

Par ailleurs, la composition du nouveau gou­vernement israélien fait craindre une accéléra­tion de la colonisation. Le gouvernement ren­ferme, en effet, des représentants de la ligne dure du lobby des colons, en particulier les ministres de la Défense et du Logement, qui jouent tous deux un rôle crucial dans l’approba­tion des nouveaux logements israéliens.

« Si cette nomination se traduit par une vague de nouvelles constructions dans les colo­nies, son but aura été de détruire toute chance de parvenir à un compromis et à la paix entre les deux peuples », a averti le coordinateur spécial de l’Onu pour le processus de paix au Proche-Orient, Robert Serry.

520 000 colons

Depuis la guerre des six jours en 1967, 250 colonies ont été créées, occupées par 520 000 colons. A l’époque, l’armée israélienne avait commencé, officiellement pour des « raisons sécuritaires », à saisir des terres palestiniennes qu’elle a ensuite cédées aux colons.

Après le verdict de la Cour suprême israé­lienne qui a mis fin à cette pratique en 1979, les autorités ont changé de méthode. Les terrains non enregistrés et non cultivés de façon inten­sive sont déclarés « terres d’Etat », puis cédés aux colonies. Parallèlement, des terrains sont régulièrement confisqués pour des infrastruc­tures, notamment les routes qui relient les colonies entre elles ou au territoire israélien de l’autre côté de la ligne verte.

Malgré le gel de la colonisation décrété en 1992 par le premier ministre Yitzhak Rabin, le nombre de colons en Cisjordanie est passé de 112 000 en 1992 à 150 000 en 1995. En 1996, son successeur Benyamin Netanyahu lève le gel partiel et, à l’arrivée au pouvoir d’Ehud Barak en 1999, le nombre de colon de Cisjordanie et de Gaza s’élève à 180 000.

Une fois Ariel Sharon à la tête du gouverne­ment en 2001, la colonisation en Cisjordanie est favorisée sous forme d'« avant-postes », illégaux au regard du droit international. Une politique poursuivie par les différents gouver­nements israéliens qui ont fait suite à Ariel Sharon.

Retrait de Gaza

et nouvelles implantations

Le retrait israélien en 2005 de la bande de Gaza, qui renfermait 21 implantations où vivaient 8 000 colons, prouve aux Palestiniens que la colonisation est un problème qui peut être résolu par le biais d’une volonté politique israélienne. Quatre ans après, un moratoire de dix mois est décrété par Netanyahu sous pres­sion américaine. Toutefois, ce gel ne portait que sur les nouvelles constructions en Cisjordanie (300 000 Israéliens au sein de 121 colonies).

Les milliers de permis de construction déjà délivrés et les bâtiments publics tels que les écoles et les synagogues étaient aussi exclus de ce gel. Quatre mois plus tard, Israël donne son feu vert à la construction de 1 600 logements supplémentaires dans les quartiers colonisés de la ville sous prétexte que les autorisations avaient déjà été données. Cette décision pro­voque une crise diplomatique avec Washington.

Aujourd’hui, 340 000 Israéliens habitent dans des colonies en Cisjordanie, et 200 000 autres dans une douzaine de quartiers issus de la colonisation à Jérusalem-Est, où vivent plus de 270 000 Palestiniens.

Israël a par ailleurs récemment décidé de développer de nouvelles colonies dans une zone connue sous le nom de E1, afin de couper Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie. Cette décision faisait suite au vote de l’Assemblée générale de l’Onu sur la reconnaissance de l’Etat palestinien.

Condamnations sans effet

Face à ces violations flagrantes des résolu­tions de l’Onu et des lois internationales — dont la quatrième Convention de Genève qui inter­dit à la puissance occupante de transférer des populations dans des territoires occupés — les organisations de la société civile restent impuissantes malgré plusieurs condamnations publiques.

L’Union Européenne (UE), dans un rapport publié fin 2012, appelle les Etats de l’UE à « ne soutenir ni la recherche, ni l’éducation, ni la coopération technologique » avec les colo­nies, et à « décourager » l’investissement dans les sociétés israéliennes qui opèrent dans les territoires occupés.

Amnesty International affirme que « le droit international stipule clairement que les colo­nies israéliennes sont illégales et doivent être démantelées. Elles constituent des atteintes persistantes au droit international, comme si un bulldozer était passé sur les Conventions de Genève et la Cour internationale de justice ».

Des experts indépendants, dans un rapport commandé par le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, demandent « l’arrêt immé­diat et sans condition préalable des colonisa­tions et le retrait progressif de tous les colons », évoquant pour la première fois un éventuel recours devant la Cour pénale internationale. Des déclarations sévères qui dépassent le cadre des recommandations, mais qui restent sans le moindre effet sur le terrain.

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