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Subventions à l’énergie : L’indispensable réforme

Nourane Chérif, Mercredi, 30 novembre 2016

Annoncée depuis de nombreuses années, la réforme du système des subventions à l'énergie n’a pas encore porté ses fruits. L'accélération du rythme de ces réformes paraît toutefois imminente.

Subventions à l’énergie : L’indispensable réforme
Selon le FMI, en 2008, en Egypte, les 40 % les plus pauvres de la population n’ont reçu que 3 % des subventions à l’essence.

Depuis des décennies, les subventions à l’énergie sont considérées comme un droit fondamental intouchable. D’une manière plus générale, le grand nombre de bénéficiaires du système de subventions explique pourquoi les tentatives d’y mettre fin, ou même simple­ment de les limiter, subissent de fortes contes­tations populaires, comme c’était le cas en 1977.

En Egypte, les subventions à l’énergie concernent une large gamme de produits éner­gétiques dont l’électricité, le carburant et le gaz. Quasiment toutes les catégories d’énergie sont subventionnées et les prix sont largement inférieurs aux prix du marché. En 2012-2013, les subventions sur les carburants (120 mil­liards de L.E.) représentaient environ 70 % du total des subventions. En 2013-2014, elles représentaient 67 %, et en 2015-2016, elles ne représentent que 40 % du total des subven­tions (154 milliards de L.E.).

Dans le projet du budget 2016-2017, les subventions sur les carburants (35 milliards de L.E.) devront encore baisser à 27 % du total des subventions.

Ces subventions des produits pétroliers ont été introduites pour répondre à un certain nombre d’objectifs, comme le fait de protéger les ménages vulnérables contre la hausse des prix, doper la croissance et réduire la pauvreté et l’inégalité. Mais, en dépit de leurs effets souhaités, les subventions ont été sévèrement critiquées.

Un système critiqué

Malgré ses avantages, les spécialistes font plusieurs critiques au système des subventions à l’énergie. Certains analystes estiment que les subventions à l’énergie ont mené à une surconsommation de produits pétroliers, de charbon et de gaz naturel, ainsi, le taux de pollution locale augmente d’une manière continuelle, entraînant des milliers de décès par an. C’est pourquoi « l’Egypte, dans le cadre de sa signature de l’accord de Paris sur le climat lors de la conférence de Paris sur le climat COP21, doit annuler ses subventions à l’énergie », annonce Ahmad Qandil, expert au CEPS (voir entretien).

En plus, pour Ibrahim Al-Ghitani, chercheur en économie, « le système des subventions à l’énergie est largement critiqué, parce qu’elles ne sont ni bien ciblées, ni rentables en tant qu’outil de protection sociale ». Ce sont ceux qui appartiennent à la classe moyenne et les plus riches qui sont les premiers bénéficiaires de ce système, et non pas les ménages les plus pauvres, qui représentent plus de 25 % de la population. Ainsi, la majeure partie des dépenses en subventions finit par favoriser les plus riches.

Selon le Fonds Monétaire International (FMI), en 2008, en Egypte, les 40 % les plus pauvres de la population n’ont reçu que 3 % des subven­tions à l’essence. En plus, dans son bulletin mensuel d’information sorti au mois de février dernier, l’innovation sociale (un cabinet spécia­lisé dans la promotion des projets économiques à forts impacts sociaux) a indiqué qu’en 2013, le ministère égyptien du Pétrole a révélé que 92 % des subventions à l’essence et 66 % des subven­tions de gaz naturel allaient aux 20 % des consommateurs les plus riches. Ajoutant aussi que les industries les plus consommatrices d’énergie, comme la fabrication du ciment, pro­fitent des carburants subventionnés bien qu’ils réalisent des gains énormes.

Pour Al-Ghitani, « le fait que les produits sub­ventionnés soient accessibles à tous, indépen­damment de leur revenu ou de leur richesse, crée des distorsions qui nuisent à l’économie ». Ces subventions pèsent excessivement sur les finances publiques. Par suite, il paraît que la réallocation des ressources libérées par les sub­ventions vers des dépenses publiques plus pro­ductives, comme l’éducation et la santé, « pour­rait aider à doper la croissance à long terme », pense Al-Ghitani.

Plusieurs étapes avant la réforme

Face à ces critiques, le gouvernement a cher­ché sur plusieurs étapes à réformer le système des subventions à l’énergie. C’est dans ce contexte que le gouvernement a lancé, en 2004, un programme de réforme des subventions com­prenant une forte hausse des prix de l’essence et du gasoil et une augmentation progressive des tarifs de l’électricité à raison de 5 % par an. La réforme est entrée en vigueur durant la période 2005-2008.

En 2008 également, le gouvernement a pro­cédé à une majoration sensible de la tarifica­tion du gaz naturel et de l’électricité appliquée aux industries à forte consommation d’éner­gie. Ce programme avait été élaboré dans l’optique de réaliser le recouvrement complet des coûts à l’horizon 2014. Toutefois, il a été suspendu en 2009 en raison de problèmes liés à la dégradation de la situation économique mondiale.

Et depuis l’exercice budgétaire 2012-2013, les statistiques officielles indiquent une volon­té de baisser les subventions des produits pétroliers, qui ont diminué, passant de 120 milliards de L.E. durant l’exercice 2012-2013 à 35 milliards durant l’exercice 2016-2017. Et suite à la dévaluation de la livre égyptienne au début de ce mois, le gouvernement a augmenté le prix du carburant d’environ 40 %.

Le gouvernement annonce que ces baisses font partie d’un programme ambitieux sur cinq ans qui a commencé par le lancement d’une carte à puce pour l’achat du carburant, dont la première phase a été achevée en juin 2013. L’objectif de cette carte à puce est de créer une base de données qui fournit des informations exactes concernant l’offre et la consommation des produits pétroliers. Le système vise à contrô­ler les quotas de carburants et à vendre le supplé­ment de consommation au prix du marché. Ce qui doit réduire les subventions sur les carbu­rants. Mais ce système de cartes à puce n’a jamais été mis en place véritablement.

Al-Ghitani, de son côté, propose d’élaborer un nouveau système des subventions énergétiques flexible, dans le cadre duquel on laisse les prix fonctionner librement, tout en gardant au gou­vernement le privilège d’intervenir pour subven­tionner les prix en cas de besoin.

En plus, Al-Ghitani pense que « l’Etat doit encourager les investissements dans le secteur de l’énergie renouvelable » qui aideront à répondre aux préoccupations croissantes au sujet des prix de l’énergie et de la sécurité énergétique dans le contexte de l’augmentation rapide de la demande au niveau mondial.

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