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Rajaï Fayed : Les combats entre les kurdes et les chiites auront lieu autour de leurs zones d’influence respectives

Mercredi, 16 novembre 2016

Directeur du Centre des études kurdes basé au Caire, Rajaï Fayed prévoit que la libération de Mossoul engendre des conflits inter-iraqiens encore plus graves. Interview.

Rajaï Fayed : Les combats entre les kurdes et les chiites auront lieu autour de leurs zones d’influe
Rajaï Fayed : Les combats entre les kurdes et les chiites auront lieu autour de leurs zones d’influence respectives

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous le rôle des forces kurdes, les Peshmergas, dans la libération de Mossoul ?

Rajaï Fayed : Les Peshmergas participent aux opérations de libération de Mossoul dans un contexte de discordes internes et externes. Les Peshmergas jouent un rôle primordial dans la libération de Mossoul, équivalent à celui des forces du « Hachd Al-Chaabi » (milices chiites) et bien plus important que celui des forces de l’armée nationale iraqienne. Mais les Peshmergas ont leurs propres desseins, qui vont au-delà du combat contre Daech, de la même façon que les milices chiites servent les intérêts régionaux de l’Iran. Donc les forces kurdes et les milices chiites participent au même combat mais avec des objectifs conflictuels concernant l’avenir des zones libérées de Mossoul.

— De quels objectifs s’agit-il ?— Les Kurdes, de confession sunnite, se battent pour une démarcation des frontières de leur région autonome, notamment les gouvernorats stratégiques de Kirkouk, Saladin et Diyala alors que les milices chiites cherchent à dissoudre la communauté sunnite de Mossoul.

— Peut-on parler de concurrence entre ces deux groupes armés ?— Oui, car leurs intérêts communs de libérer Mossoul n’excluent pas leurs divergences fondamentales. Le projet des milices chiites va au-delà du changement démographique des zones sunnites. Si on observe l’évolution et le positionnement des milices chiites autour de Mossoul, on se rendra compte que ces milices travaillent au service d’un projet iranien, qui consiste à créer une route reliant l’Iran à la Syrie, en passant par les villes de Mossoul et de Bagdad. Aujourd’hui, sur les deux rives de l’Euphrate, on trouve des Peshmergas déployés à l’est de Mossoul jusqu’à Erbil, et les milices chiites à l’ouest entre Tal Afar et Al-Kyara. Ces deux groupes ne sont unis que par un intérêt commun à très court terme.

— La situation risque-t-elle de dégénérer ?— Les problèmes entre les Kurdes et les forces politiques chiites s’aggraveront très probablement après la libération de Mossoul. Pour l’instant, les deux parties accusent d’une même voix la population sunnite de Mossoul de soutenir Daech. Mais après la libération de la ville, les combats reprendront entre les Kurdes et les chiites autour de leurs zones d’influence respectives.

— Si les milices chiites agissent de concert avec l’Iran pour atteindre la Syrie à travers l’Iraq, les Kurdes soutiennent-ils tous le projet d’autonomie régional ?

— Les Kurdes, où qu’ils soient, rêvent de la création du Rojava (le grand Kurdistan). Or, il existe des divergences entre les différentes forces kurdes derrière ce projet. Par exemple, il existe une animosité historique entre Erbil et Sulaymaniyah ou plutôt entre Massoud Barzani et Jalal Talabani. Barzani est proche de la Turquie et s’oppose au projet kurde en Syrie, alors que Talabani est proche de l’Iran et des Kurdes de Syrie. Il en est de même en Syrie où les factions kurdes s’accusent mutuellement de trahison et de malhonnêteté. Mais encore une fois, toutes ces divergences sont liées à des calculs d’intérêt régionaux et internationaux.

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