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La problématique de la dévaluation

Amira Samir, Lundi, 07 novembre 2016

Comme l'Egypte, des pays comme la Chine, l'Inde, l'Argentine, le Brésil et la Russie ont déjà dévalué leur monnaie, avec des fortunes diverses.

La problématique de la dévaluation
En 2005, la monnaie russe a été dépréciée face au dollar.

Face à la détérioration de la situation économique dans certains pays, des initiatives ont été prises pour libérer la monnaie et créer une zone de change flexible ou flottante. C’est un système ancien, mais qui est revenu récemment sur le devant de la scène de manière dramatique, notamment depuis la crise économique des années 2000. Selon le Fonds Monétaire International (FMI), 82 pays et régions utilisaient le système de flottement en 2013, soit 43 % de pays du monde. Ce qui représente une hausse de 8 % par rapport à 2009. Cela signifie qu’il y a plus de pays qui utilisent aujourd’hui ce système d’échange flottant, selon une enquête menée auprès de 191 pays par le FMI. L’enquête a en même temps révélé que 65 pays et régions, y compris des pays industrialisés tels que le Japon, les Etats-Unis et de nombreux pays européens, utilisent le système flottant contrôlé, en vigueur dans 34 % des pays. Ce chiffre est inférieur à celui de 2009, soit 79 pays et régions (42 %). Un total de 25 pays et régions, y compris Hong Kong, utilisent un système de taux de change fixe, leurs monnaies sont indexées sur le dollar américain, indique le rapport de FMI.

Expériences ambitieuses

L’expérience de la Chine et celle de l’Inde ont été, pour certains experts, très ambitieuses. La Chine a décidé d’adopter le système de flottement contrôlé de sa monnaie en 2005 pour s’ouvrir davantage sur le monde et attirer les investisseurs étrangers. Et depuis, le yuan a évolué dans une fourchette par rapport à un cours central défini lui-même sur la base d’un panier de devises. Pendant la crise économique de 2008, la Chine a suspendu ce système. Et en 2015, elle l’a réutilisé en dévaluant le yuan de près de 2 % face au dollar américain, pour renforcer sa politique de libéralisation progressive de l’accès au yuan. La monnaie chinoise a subi une forte dépréciation face au dollar. Et début 2016, le yuan est tombé à son niveau le plus bas en cinq ans. « En effet, la Chine est un pays encore largement dépendant des exportations. Vu sa place dans l’économie mondiale, elle a profité de la dévaluation de 2005. Tandis que les récentes dévaluations de la monnaie chinoise ont eu de fortes répercussions non seulement sur la Chine mais aussi sur l’ensemble des marchés mondiaux. Cependant, le yuan a été soutenu par une stabilisation des marchés financiers chinois. Le niveau des réserves de change s’est stabilisé. Et c’est ainsi que les données économiques ont apporté de bonnes surprises, de bons chiffres d’affaires et une croissance supérieure aux attentes », explique Fouad Abou-Steit, professeur d’économie à l’Université de Hélouan. L’expérience de l’Inde (le pays le plus peuplé du monde) est proche de celle de la Chine. L’Inde a adopté en 2010 un système de flottement limité de sa monnaie qui est en grande partie liée au dollar américain. La roupie a été affectée, mais vu les exportations massives et la croissance démographique et économique, l’économie indienne reste florissante.

En Amérique du Sud, en Argentine, le gouvernement a adopté un plan économique anti-crise et a décidé le flottement du peso en 2002, pour faire face à la crise qui a frappé le pays l’année précédente. Entre les années 1970 et 2002, l’Argentine a connu pas moins de 8 crises de change. Les effets de la décision de flottement n’ont pas favorisé le peso argentin qui a chuté à plusieurs reprises face au dollar américain. En effet, la chute qui a redonné une compétitivité aux exportations argentines a accru l’inflation et entraîné une hausse des prix. L’Argentine a connu des problèmes financiers qui l’ont placée dans un contexte économique de crise et une situation qu’elle a connue une quinzaine d’années plus tôt. Ce n’est qu’en juin dernier que l’Argentine a réalisé son premier chiffre d’inflation crédible, après les réformes introduites par le président libéral argentin, Mauricio Macri, arrivé au pouvoir en décembre 2015.

L’expérience brésilienne était plus sévère. Le gouvernement a laissé flotter le real brésilien en 1999, ce qui a déclenché un vent de panique. A l’époque, la situation du Brésil était très difficile en comparaison aux économies de la région. En deux ans, le real brésilien a été déprécié de 40 % face au dollar. Ce sont les réformes de l’ex-président Lula (2002-2010) qui ont sauvé la monnaie brésilienne et ont rétabli la confiance des investisseurs en le real. Mais, en 2015, le Brésil a témoigné d’une nouvelle crise économique et une hausse des prix qui ont fait chuter progressivement le real. « L’expérience du Brésil et celle de l’Argentine n’ont pas été à la hauteur, parce qu’elles ont adopté le système de flottement généralisé non contrôlé par l’Etat. C’est précisément la cause de l’échec de leurs expériences », estime Farah Abdel-Fattah, professeur d’économie à l’Université du Caire. En Russie, en 2014, la Banque Centrale a diminué son soutien au rouble. Le pays est passé à un régime de libre flottement monétaire. La monnaie russe a été dépréciée face au dollar pour enregistrer, en 2015, après la crise de l’Ukraine, 62 roubles pour un dollar en comparaison avec 33 roubles en 2014. Même après le retrait des troupes russes d’Ukraine, le gouvernement n’a pas pu maintenir le cours du rouble à un niveau élevé et l’économie russe est encore en chute libre notamment avec la baisse des cours du pétrole. « A travers l’histoire, le flottement pur et simple a créé constamment des situations insupportables, car durant les périodes de flottement, les monnaies connaissent de très importantes variations causant de graves troubles économiques », conclut Abdel-Fattah.

Dans son rapport publié le 4 novembre, l’agence internationale Bloomberg, en revenant sur le cas égyptien, a signalé que pour un pays comme l’Egypte, qui a longtemps géré sa monnaie, la transition vers le système de flottement flexible est difficile, mais estime que « tout autre système hormis le flottement flexible sera voué à l’échec. Si les autorités manipulent les taux de change, l’activité sur le marché noir va inexorablement augmenter. C’est le cas du Nigeria. Cette expérience peut être également très coûteuse. Par exemple, en 2014, la Russie a dépensé environ 90 milliards de dollars américains pour sauver le rouble des spéculateurs avant de céder et de le laisser chuter à la fin de la même année », précise le rapport.

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