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La judaïsation rampante de Jérusalem

Aliaa Al-Korachi, Mercredi, 26 octobre 2016

Colonisation, expropriations, extension des limites de la municipalité, réduction de la démographie palestinienne ... Le processus de judaïsation de Jérusalem s’accélère et fait perdre à la ville sainte son caractère arabe et multiconfessionnel.

La judaïsation rampante de Jérusalem
Le tracé du mur de séparation a fait perdre à environ 60 000 Palestiniens leur droit de résidence à Jérusalem.

« A n’importe quel prix, nous devons amener des juifs dans Jérusalem-Est, et ce, dans un laps de temps très court, même s’ils doivent habiter dans des cabanes », déclarait Ben Gourion, le fondateur d’Israël, au lendemain de l’annexion de Jérusalem-Est en juin 1967, après la guerre des Six jours. Avant cette date, Israël ne possédait pas un seul centimètre de Jérusalem-Est. Aujourd’hui, il s’est emparé d’environ 87 % de la ville. La judaïsation de Jérusalem a commencé immédiatement avec le changement du statut juridique de la ville. Le décret numéro 1 du nouvel occupant de Jérusalem a stipulé que « Jérusalem-Est est une région où la loi, la juridiction et l’administration de l’Etat sont en vigueur ». Le 27 juillet 1967, un autre décret est vite promulgué pour autoriser l’extension des limites municipales de la ville. Un mois après l’annexion, la superficie de Jérusalem-Est, qui était initialement de 6 km2, était désormais de 64 km2 après l’annexion de 28 villages palestiniens et ce, en plus des 38 km2 de Jérusalem-Ouest occupée. Ce découpage, qui a rasé des quartiers arabes comme Bab Al-Magharbeh et de Harat Al-Charaf, visait à garantir à la ville une majorité juive significative en construisant un gigantesque projet de nouveaux quartiers juifs dans les zones nouvellement annexées.

Le plan Allon de judaïsation des territoires palestiniens occupés, proposé à l’époque par le vice-premier ministre, le général israélien Yigal Allon, en juin 1967, et qui a été adopté par les gouvernements israéliens successifs, consistait à couper la Jérusalem palestinienne de son arrière-pays situé en Cisjordanie, c’est-à-dire de Ramallah au nord, Bethléem au sud et de Jéricho à l’est. La colonisation était l’instrument le plus dangereux de la stratégie israélienne, guidée par le principe de créer une continuité territoriale juive qui brise la continuité territoriale arabe, comme l’explique Malek Awny, directeur de rédaction de la revue Al-Siyassa Al-Dawliya. Les colonies de Jérusalem ont ainsi poussé comme des champignons pour former une ceinture entourant les quartiers palestiniens de l’Est et coupant presque totalement la ville arabe du reste de la Cisjordanie. Ces colonies sont reliées administrativement par des infrastructures de transports. Ces infrastructures assurent la continuité géographique entre les colonies et d’autres colonies israéliennes en Cisjordanie. Israël planifie aujourd’hui d’annexer des colonies se trouvant en dehors des limites de la municipalité de Jérusalem afin de changer, comme l’explique Awny, la structure démographique de la vieille ville, tout en augmentant le nombre de juifs et de faire des Palestiniens une minorité. La plus importante colonie juive relativement proche de la ville est Maale Adoumim, située en Cisjordanie, à 7 kilomètres à l’est de Jérusalem, qui compte aujourd’hui plus de 37 000 habitants. « Modifier la réalité démographique de Jérusalem de manière à faire des Israéliens une majorité va donner à Israël un avantage politique lors des négociations sur le statut final de Jérusalem, tout en imposant un statu quo impossible à changer à travers les négociations entre Israéliens et Palestiniens », dit Awny.

Réduire la population palestinienne

Outre le découpage municipal, les confiscations des terres empêchant la réunification des familles et le retrait des cartes de résidence constituent d’autres instruments pour judaïser Jérusalem et réduire sa population arabe, comme l’affirme Ekram Badreddine, politologue. En fait, les Palestiniens de Jérusalem ont le statut de résidents permanents habituellement réservé aux citoyens étrangers et qui ne garantit pas le droit de résidence. Ce statut peut être annulé par l'Etat hébreu « d’une façon arbitraire » sous prétexte que ces Palestiniens résident hors des limites municipales de Jérusalem ou qu’ils sont déloyaux à Israël. Ce dernier a tellement réduit également l’octroi de permis de résidence aux conjointes et aux enfants de Palestiniens de Jérusalem.

Le droit de construire a été également confisqué pour les Palestiniens de Jérusalem. Bien que les Palestiniens représentent 65 % de la population de Jérusalem-Est, seuls 13 % du territoire leur sont attribués. Le nombre des démolitions des maisons palestiniennes construites illégalement, faute d’obtenir un permis de construction, augmente sans cesse. Selon l’OCHA (Office de coordination des affaires humanitaires dans les territoires occupés), 114 structures ont été démolies à Jérusalem-Est depuis le début de l’année, soit une augmentation de 40 % par rapport à l’année 2015.

Israël a promulgué aussi une série de lois pour confisquer les maisons des Palestiniens de Jérusalem. Par exemple, la loi de Propriété des absents autorise la confiscation de propriétés privées palestiniennes si le propriétaire était absent de Jérusalem lors de l’annexion en 1967 ou si la propriété appartenait à des juifs avant 1948 ou si les descendants ne vivent pas dans la municipalité de Jérusalem. Le blocage de la ville, en multipliant les points de contrôle pour paralyser la vie quotidienne des Palestiniens, est un autre moyen, selon Badreddine utilisé par Israël afin de « dépalestiniser » Jérusalem, en poussant les Palestiniens à partir de Jérusalem, vidant ainsi la ville arabe de sa centralité. Un morcellement physique vient d’être aussi imposé à la ville après la construction du mur de séparation en 2002. Le tracé de ce mur serpentait entre les quartiers palestiniens et les colonies israéliennes, sans respecter les limites administratives, afin de repousser de l’autre côté du mur les zones à forte démographie palestinienne. Ce mur a séparé physiquement environ 60 000 Palestiniens de Jérusalem, du centre de la ville et des services qui y sont fournis.

Mais le pire moyen de judaïsation, comme l’explique Awny, c’est la tentative de « brouiller l’identité arabe de Jérusalem à travers la judaïsation des noms de rues de l’arabe en hébreu, ou d’imposer aux enfants palestiniens de Jérusalem des programmes d’études israéliens, tout en éliminant toute référence à l’histoire nationale palestinienne, afin d’effacer des mémoires des Palestiniens et des Arabes tout lien historique avec cette ville », conclut Awny.

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