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Des élections renvoyées aux calendes grecques

Nourane Chérif, Mardi, 11 octobre 2016

Après de nombreuses tergiversations, les élections municipales palestiniennes ont finalement été annulées. Une nouvelle occasion perdue pour mettre fin à la division interpalestinienne.

Des élections renvoyées aux calendes grecques
La justice palestinienne a suspendu temporairement la tenue des élections municipales. (Photo : AFP)

En juin dernier, le premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, avait pris l’initiative d’annoncer l’organisation prochaine des élections municipales palestiniennes. Et bien que l’Autorité palestinienne, basée à Ramallah en Cisjordanie et dirigée par Mahmoud Abbas, ait été absente de la bande de Gaza, le Fatah y avait présenté des listes en vue de ces municipales. Mais à cause de la rivalité entre les deux parties, cinq listes électorales du Fatah ont été jugées non valides par les tribunaux de Gaza, un territoire dirigé par le Hamas.

Des avocats du Fatah avaient alors porté l’affaire devant la justice, qui a annoncé le 8 septembre dernier la suspension temporaire du processus électoral en Cisjordanie et à Gaza, sous prétexte que les juridictions gazaouies dépendant du Hamas sont jugées « non légitimes », puisqu’elles n’ont pas prêté serment devant le président palestinien. Le 3 octobre dernier, la Cour suprême, plus haute juridiction, a décidé d’exclure le territoire de Gaza du scrutin et de tenir ces élections uniquement en Cisjordanie, où l’Autorité palestinienne, chapeautée par Israël, ne dispose que d’un droit de gestion des municipalités.

Le Hamas a qualifié l’arrêt de la Cour suprême de « décision politique, discriminatoire qui entérine la division des territoires palestiniens ». La tenue des élections dans une seule partie du territoire a également déclenché des manifestations à Gaza et en Cisjordanie. Le lendemain du verdict, le gouvernement de Rami Hamdallah a annoncé que le scrutin, initialement programmé pour le 8 octobre 2016, se tiendrait « sous quatre mois », sans préciser si Gaza en ferait partie. Et finalement, mercredi 5 octobre, la Commission Electorale Centrale (CEC) palestinienne a annoncé l’annulation des élections municipales, sans fixer une autre date.

Erreur stratégique

Pour Mahmoud Karim, ancien ambassadeur de l’Egypte auprès de l’Autorité palestinienne, « cette annulation souligne les rivalités de plus en plus exacerbées entre les deux principales factions politiques palestiniennes, le Fatah, principale composante de l’Autorité palestinienne, et le Hamas, qui gouverne la bande de Gaza ». Avec l’annonce de l’organisation de ce vote en juin dernier, le Fatah avait parié que le scrutin serait boycotté par le Hamas. Mais mi-juillet, la réaction de ce dernier a doublement surpris le gouvernement de Ramallah et le comité central du Fatah. Non seulement le Hamas a annoncé la tenue du scrutin municipal à Gaza, mais il a également présenter ses propres listes en Cisjordanie. Le calcul politique du Fatah ne s’est donc pas révélé juste. Le parti au pouvoir avait parié sur un boycott du vote de la part du Hamas, croyant être dans la même configuration qu’en 2012, quand les élections municipales s’étaient déroulées uniquement en Cisjordanie et sans la participation de leur rival. Le Hamas avait annoncé sa non-volonté de participer aux élections. D’après l’ancien ambassadeur, « à travers sa décision de participer aux élections municipales de 2016, le Hamas voulait montrer qu’il n’entravait pas le processus démocratique qui vise à mettre fin à la division interpalestinienne ».

L’importance de ce scrutin émane du fait qu’il devait permettre aux Palestiniens d’élire leurs représentants et conseils municipaux au niveau des villages, villes et agglomérations. Il y a 416 conseils locaux dans les territoires palestiniens dont 391 en Cisjordanie et 25 à Gaza. En réalité, ce contrecoup de dernière minute a tout ruiné, alors que ces élections devaient être les premières organisées conjointement depuis dix ans en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Depuis 2006, date des dernières législatives, les deux mouvements politiques rivaux ne se sont pas présentés ensemble devant les électeurs. Pour Karim, il y avait un grand espoir que la réussite de ces élections soit une étape vers la réconciliation et qu’elles encouragent le peuple palestinien à réclamer l’organisation des élections du Conseil législatif (le parlement), du Conseil National Palestinien (CNP) (le parlement en exil du peuple palestinien), ainsi qu’un scrutin présidentiel, surtout que le mandat du président Mahmoud Abbas a pris fin depuis 2009. Mais, à cause de l’annulation complète de ces élections, ces espoirs se sont évaporés.

Face à cette situation compliquée, l’annulation complète des élections était l’un des pires scénarios : cette décision ne fait que creuser le fossé qui sépare les deux parties palestiniennes, dont l’unicité est indispensable pour dialoguer avec Israël. « Les pays arabes doivent jouer un rôle plus actif afin de mettre fin à la division interpalestinienne, car celle-ci continuera tant que les pays arabes continuent d’agir avec autant de passivité », conclut Karim.

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