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L’Afrique, nouveau partenaire de Téhéran

Amira Samir, Jeudi, 08 septembre 2016

Après la levée partielle des sanctions internationales, l'Iran cherche à réaffirmer sa présence en Afrique et en Amérique latine.

L’Afrique, nouveau partenaire de Téhéran
Le chef de la Diplomatie iranienne, Mohamad Javad Zarif, reçu par le président nigérian Mohamad Buhari, à Abuja, le 25 juillet 2016. (Photo : Reuters)

La République islamique d’Iran cherche à mettre en place une coopération de prime abord commerciale, mais également politique avec des pays éloignés de sa région, vu les relations tendues qu’elle entretient avec son voisinage. Ses relations avec la Chine et la Russie sont claires et plutôt bonnes. Mais le pays semble chercher à établir ce qu’on peut appeler des « amitiés politiques » avec des pays qui ne sont pas forcément de grandes puissances. En effet, les analystes indiquent que l’un des principaux traits de la politique étrangère de Téhéran est de mener une politique de puissance régionale et d’oeuvrer pour que cette puissance sorte de la zone proche-orientale. L’Iran s’est beaucoup tourné vers l’Afrique pour contourner les blocages internationaux américains et européens. « Les récentes démarches iraniennes pour nouer des relations avec certains pays africains montrent bien les intentions de l’Iran de sortir de l’isolement politique, mais aussi économique.

Aujourd’hui, Téhéran a réussi à établir de bonnes relations avec environ 30 pays africains. Le président iranien effectue des visites officielles périodiquement dans plusieurs pays du continent noir », explique Ayman Chabana, professeur à la faculté de sciences politiques de l’Université du Caire. En juillet dernier, le chef de la Diplomatie iranienne, Mohamad Javad Zarif, a effectué une visite dans quatre pays africains (Nigeria, Ghana, Guinée-Conakry et Mali) pour « relancer les relations économiques » avec ces pays. Il s’agissait de la troisième tournée du ministre iranien des Affaires étrangères sur le continent depuis la levée des sanctions internationales. Un peu plus tôt, en avril, le président sud-africain, Jacob Zuma, s’était lui-même rendu à Téhéran accompagné de nombreux hommes d’affaires. Cette visite a marqué un retour des échanges entre les deux pays. Cela faisait 30 ans qu’un président sud-africain ne s’était pas rendu en Iran. La dernière collaboration entre les deux pays remontait au temps du Shah. Il s’agissait d’un accord de coopération dans le domaine du nucléaire.

L’Iran et le continent africain entretiennent des relations stratégiques. « J’appelle tous les Iraniens actifs dans les secteurs économique, commercial, scientifique et culturel à saisir l’opportunité qu’offre ce continent », indiquait à la radio iranienne nationale, IRIB, en 2015, Hussein Amir Abdollahian, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, suite à une visite officielle dans plusieurs pays africains. Les faits ont montré que le rapprochement de l’Iran avec le continent africain a permis au pays de contourner l’isolement international et régional. Cependant, la présence iranienne en Afrique n’est pas tout à fait nouvelle. « Les relations économiques entre l’Iran et le continent noir datent du XVIe siècle », souligne Chabana. Et depuis des décennies, les exportations de pétrole brut iranien se sont fortement accrues et sont destinées à présent à plusieurs pays africains. L’Iran a conclu de nombreux contrats de coopération dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et de la sécurité. Elle entretenait depuis longtemps de bonnes relations avec le Kenya, le Soudan, le Sénégal et l’Erythrée.

Cependant, les relations iraniennes avec certains pays africains ne sont pas toujours au beau fixe. Certains ont tourné, récemment, le dos à l’Iran, surtout après sa rupture diplomatique avec l’Arabie saoudite suite à l’exécution d’un dignitaire chiite et le déclenchement au Yémen de la guerre dirigée par l’Arabie saoudite contre les Houthis, soutenus par Téhéran. « C’est le cas du Soudan, de Djibouti, de l’Erythrée et de la Somalie, anciens alliés historiques de Téhéran en Afrique. Ils ont annoncé officiellement la rupture de leurs relations diplomatiques avec Téhéran et leur ralliement à la guerre saoudienne au Yémen, ainsi que la fermeture des ambassades iraniennes sur leurs territoires. Pour eux, comme pour beaucoup d’autres pays africains, les relations avec l’Arabie saoudite sont beaucoup plus importantes », souligne Chabana.

Amérique latine : Une nouvelle stratégie

Parallèlement en Amérique latine, la République chiite cherche aussi à exercer son influence dans l’arrière-cour des Etats-Unis pour obtenir un soutien politique. « Le Venezuela est en première ligne de la stratégie iranienne en Amérique latine. Citons aussi le Nicaragua, la Bolivie ainsi que l’Argentine, le Brésil et le Mexique. Les liens complexes, économiques et politiques de l’Iran avec les pays de ce lointain sous-continent ne sont pas nouveaux, mais ils se sont resserrés récemment, et plus précisément après la levée partielle des sanctions », indique Naglaa Mekkawi, analyste politique et chercheuse académique.

Elle ajoute : « Cette stratégie était particulièrement active au début des années 2000. L’ex-président Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013) a effectué 7 tournées officielles dans la région pendant son mandat. Ces dernières années, Téhéran a tout fait pour se rapprocher de l’Amérique latine ». Depuis le début du mandat de Mahmoud Ahmadinejad, la politique étrangère de Téhéran a effectué un déplacement vers l’Amérique latine, afin de rattraper les Etats-Unis. Plusieurs pays d’Amérique latine, surtout Cuba, le Nicaragua et l’Equateur, sont présidés par des régimes anti-américains qui ont pris leurs distances avec les politiques internationales controversées des Etats-Unis.

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