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Moustapha Kamel Al-Sayed: « Les pays démocratiques garantissent l’indépendance des institutions publiques »

Mavie Maher, Lundi, 25 février 2013

Le politologue Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques, pointe du doigt la « frérisation » de l’Etat. Une opposition plus forte est à même de contrecarrer cette idéologie.

Moustapha Kamel Al-Sayed
Moustapha Kamel Al-Sayed

Al-Ahram Hebdo : Comment définissez-vous la notion de « frérisation » de l’Etat ?

Moustapha Kamel Al-Sayed : La frérisation de l’Etat signifie la tentative des Frères musulmans d’imposer leur hégémonie sur les institutions de l’Etat à travers le placement des Frères musulmans à des postes-clés tels que les ministères, les gouvernorats et les différentes institutions publiques. Sur un deuxième volet, cela signifie que les politiques adoptées par les Frères musulmans seront mises en application, puisque leurs partisans occupent les postes-clés du pouvoir exécutif. Cette frérisation est accompagnée d’une exclusion de tous ceux qui s’opposent à l’idéologie de la confrérie.

Bref, il s’agit d’une politique du bâton pour les opposants et de la carotte pour les partisans. Il faut reconnaître que les Frères musulmans au pouvoir ont le droit de recruter ceux qu’ils veulent au niveau du gouvernement, mais ils ne doivent pas s’arroger le droit de choisir les gens qui occuperont les postes-clés dans des institutions publiques pour assurer leur contrôle. Les pays démocratiques, tels que les Etats-Unis, ont des lois qui garantissent l’indépendance des institutions publiques pour assurer leur neutralité afin qu’elles soient au service de l’Etat et non au service du parti au pouvoir. Certains secteurs sont contrôlés par les Frères musulmans tels que le ministère du Développement local et le ministère des Waqfs. Ainsi que les journaux publics, le Conseil suprême de la presse et l’enseignement supérieur.

— Quelles sont, selon vous, les conséquences de cette politique ?

— Cette politique a de graves conséquences sur le pays. La performance du gouvernement est de plus en plus faible, ce qui va conduire à des tensions entre les citoyens parce que ceux qui soutiennent les Frères seront privilégiés au détriment des autres citoyens. En fait, cette « frérisation » est pire que l’hégémonie du PND, ancien parti au pouvoir, et de l’ancien régime, parce que les Frères musulmans agissent selon un plan défini qui vise à contrôler les esprits et les mentalités. A titre d’exemple la destruction de la tête de la statue de Taha Hussein à Minya et les déclarations faites quant à l’interdiction de la diffusion des chansons romantiques à la télévision officielle. Ces attitudes, même si elles ne sont pas un résultat direct de la politique des Frères musulmans, favorisent le terrain pour ce genre de comportements.

— Comment est-il possible de faire face à cette « frérisation » ?

— Pour contrecarrer ce plan catastrophique, il ne faut pas se contenter d’informer les citoyens sur ces dangers, il faut surtout lutter contre lui de manière pacifique, notamment à travers les médias. Il faut absolument que les citoyens soient conscients de ce danger. Mais il est primordial que tout cela soit fait à travers une opposition pacifique qui aura une forte présence dans la rue et qui sera une alternative au régime en place. C’est pour cela que je suis contre le boycott des prochaines législatives.

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