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La nouvelle diplomatie de Riyad

Hana Afifi, Mardi, 01 mars 2016

L'Arabie saoudite joue un rôle central au sein de la Ligue arabe et dans la région. Un rôle qui a acquis tout récemment une nouvelle dimension militaire.

La nouvelle diplomatie de Riyad
Un soldat saoudien en garde en juillet 2015 à l'aéroport d'Aden au Yémen, où l'Arabie saoudite dirige une campagne militaire arabe contre les Houthis. (Photo : Reuters)

L’Arabie saoudite occupe une position de plus en plus centrale dans le monde arabe. Une position qui se reflète dans les décisions de la Ligue arabe sur les conflits régionaux. L’influence saoudienne au sein de la Ligue arabe a atteint son apogée depuis le Printemps arabe. « A cause du recul économique de l’Egypte depuis la révolution et de la guerre civile en Syrie, le rôle saoudien dans le monde arabe a pris de l’importance », explique Yousri Al-Azabawi, analyste politique au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Ce rôle n’est pas tout à fait nouveau pour l’Arabie saoudite, l’un des six pays fondateurs de la Ligue arabe en 1945. Le rapport de force avait déjà changé dans la région après la défaite de l’Egypte lors de la guerre contre Israël en 1967, qui a poussé Le Caire à dépendre de l’aide financière arabe et étrangère et a vu ainsi son rôle rétrécir. Ahmad Youssef Ahmad, analyste politique, explique que « l’Arabie saoudite et l’Iraq se sont surtout imposés après 1973 lorsque les puissances pétrolières ont émergé avec la hausse des prix du pétrole. L’Iraq a alors commencé à jouer un rôle régional important, surtout au moment du boycott de l’Egypte par les pays arabes après la conclusion des accords de paix avec Israël en 1979. Mais avec l’invasion iraqienne du Koweït en 1990, puis l’invasion américaine de l’Iraq en 2003, l’Iraq a perdu sa position régionale laissant ainsi plus de place aux Saoudiens ».

Forte influence

Depuis 2011, les conflits armés dans plusieurs pays, surtout la Syrie, le Yémen et la Libye, ont permis au Royaume d’utiliser ses ressources économiques pour affirmer son leadership. « Le contrôle de la Ligue arabe par l’Arabie saoudite est dans une large mesure réel si l’on considère le financement interne de l’organisation », estime Azabawi. Il explique que Riyad utilise ses ressources pour influencer les votes en faveur de sa politique. Selon une source proche de la Ligue, qui a requis l’anonymat, son appareil administratif est effectivement contrôlé par l’Arabie saoudite même si le poste de secrétaire général est presque toujours occupé par un Egyptien. L’Arabie saoudite assume 14 % du budget de la Ligue. En ajoutant le financement des pays du Golfe, cela représente la moitié du budget. « Cela contraste avec la situation de 1964, au moment de la création de la force arabe commune. A cette époque, les pays arabes contribuaient tous de façon relativement égale au budget », explique Youssef Ahmad.

Selon lui, l’Egypte a aussi son importance au sein de la Ligue, et certains pays, notamment l’Algérie, l’Iraq et le Liban s’opposent également souvent aux décisions saoudiennes. « On peut parler de forte influence plus que de contrôle, car ce dernier terme donne l’impression que la Ligue suit uniquement l’Arabie saoudite », dit-il. Pour autant, « les relations égypto-saoudiennes rendent impossible à l’Egypte de se proclamer leader unique ou d’avoir une politique qui contredise l’Arabie saoudite, mais l’Egypte est capable d’avoir une position indépendante », souligne-t-il. Les déclarations émanant de la Ligue arabe sont souvent en accord avec les orientations de l’Arabie saoudite. « La plupart des décisions de la Ligue arabe ces dernières années reflètent la volonté de Riyad », lance Azabawi. Lors de l’agression israélienne contre le Liban en 2006, l’Arabie saoudite a condamné le Hezbollah qui combattait Israël, déclarant qu’il était responsable de cette agression. Rapidement, l’Egypte et la Jordanie ont fait de même. « En 2013, c’est l’Arabie saoudite qui a voulu que le siège syrien de la Ligue arabe soit donné à la coalition nationale syrienne pour remplacer le régime de Bachar Al-Assad », affirme la source proche de la Ligue. L’année d’après, le sommet de la Ligue au Koweït a permis au Conseil national syrien de participer à des réunions au niveau ministériel, malgré l’opposition de l’Iraq, du Liban, de l’Algérie et de l’Egypte. Et après l’exécution par Riyad du chiite Nimr Al-Nimr le 2 janvier, la Ligue arabe a condamné l’Iran après que l’ambassade saoudienne à Téhéran avait été attaquée par des manifestants.

Leader militaire

En Libye, la permission d’établir une zone d’exclusion aérienne en 2011 — qui a été suivie d’une intervention militaire de l’OTAN — était conforme à la volonté de Riyad, précise cette même source anonyme de la Ligue arabe. Ce rôle joué par l’Arabie saoudite au sein de la Ligue trouve une extension dans la région à travers des opérations militaires dans la guerre par procuration saoudo-iranienne que ces deux puissances se livrent en Syrie. C’est aussi Riyad qui a reporté le projet de force arabe commune. Pour Talal Salman, rédacteur en chef du journal libanais Al-Safir, l’Arabie saoudite se donne le rôle de chef de file des pays arabes. « A travers la guerre au Yémen, il est clair que l’Arabie saoudite se voit comme le leader politique et militaire de la coalition qui mène cette guerre ». En Syrie, l’Arabie saoudite soutient une opposition armée qu’elle arme et finance. Ce volet militaire représente un tournant de sa stratégie dans la région.

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