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Le gagne-pain des gradins

Manar Attiya, Lundi, 16 novembre 2015

Dans les stades, tout un monde exerçant de petits métiers vivait du foot avant la décision d'interdire l'accès aux supporters. Le retour prochain du public est pour ces gens un soulagement

Le gagne-pain des gradins
Les vendeurs ambulants, parmi d'autres petits métiers dépendant du foot, espèrent relancer leurs travaux en faillite depuis plusieurs années (Photo:Al-Ahram)

Sa charrette est garée devant le siège du club Ahli, à Guézira, au Caire. Zein Al-Abidine, vendeur ambulant, est là pour célébrer la dernière déci­sion de la Fédération égyptienne de football, qui permettra à partir de février 2016 au public d’assister aux matchs de foot dans quelques stades. Il avait l’habitude de vendre des drapeaux d’Ahli aux fans du club, ou encore des posters, badges et porte-clés à l’effigie de joueurs vedettes. « Pendant la saison, je pouvais gagner 250 L.E. par jour. Cela fait long­temps que j’attends une telle décision qui mettra fin aux années difficiles que nous avons vécues. Les gens n’achetaient plus mes produits, puisqu’ils suivaient les matchs chez eux ou dans les cafés à la télé », explique Zein Al-Abidine qui regrette aussi ces jours d’effervescence et d’enthousiasme qui régnaient dans les stades.

Ce vendeur n’est qu’une victime parmi tant d’autres touchées par la décision du ministère de l’Intérieur et de la Fédération égyptienne de football d’interdire aux supporters l’accès aux stades pour assister aux matchs. Une vaste économie tourne autour de ce sport : les usines de fabrication d’équipements, les sociétés de sécurité, les agences de publi­cité, ou encore les jardiniers pour l’entretien des gazons ...

D’après Gamal Mohamad Ali, ex-doyen de la faculté d’éducation spor­tive de l’Université d’Assiout, auteur d’une étude sur le sujet, il existe « entre 6 et 7 millions de personnes vivant du football en Egypte, tra­vaillant dans 38 secteurs liés directement ou pas à ce sport. Et si certains ont été épargnés par la désertion des gradins, les petits métiers ont payé le prix cher de cette décision ». Ainsi, Nadi Orabi, 28 ans, s’occupait de l’entretien des gradins et des gazons au Stade du Caire. A sa fermeture, il s’est reconverti en chauffeur de toc-toc. « Le football était pour nous une affaire rentable », dit-il.

D’après le général Ali Darwich, directeur du Stade du Caire, l’interdic­tion au public d’assister aux matchs de foot a fait aussi perdre énormé­ment d’argent à l’Etat. « On louait le stade aux clubs pour 50 000 L.E. par match et des places pour les buvettes pour 40 000 L.E. par jour. Sans compter la vente des billets. Les guichets rapportent beaucoup d’argent aux clubs, car le stade possède une capacité de 70 000 sièges, ce qui permet une rentrée d’argent de 350 000 L.E. par match en moyenne », précise-t-il.

Am Hémeida (57 ans) est chargé du lavage des tenues des joueurs de foot après les entraînements. Il ven­dait des boissons gazeuses et autres petits articles aux supporters. « En 6 heures, je pouvais gagner 350 L.E. Aujourd’hui, je vis des aides que certains joueurs me tendent à chaque entraînement. Voir de nou­veau le public sur les gradins du stade signifie tout simplement le retour des beaux jours. Il semble que, enfin, les responsables aient pensé à nous », conclut-il .

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