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Le facteur climatique sous-estimé

Dalia Abdel-Salam, Mercredi, 04 novembre 2015

Les pluies torrentielles qui ont frappé la ville d’Alexandrie, la semaine dernière, remettent sur le tapis le problème de la négligence et de la corruption. Mais les changements climatiques sont aussi montrés du doigt.

Les quantités d’eau qui se sont déversées la semaine dernière sur la ville d’Alexandrie (3,2 millions de m3) étaient 6 fois supérieures à la normale pour une journée d’automne. C’est ce qu’indique le premier ministre, Chérif Ismaïl, dans un rapport au président de la République.

« Il est vrai que les pluies sont normales en cette période de l’année, mais jamais en cette quantité », assure Emad Adli, président du Forum Egyptien pour le Développement Durable (FEDD). Selon lui, il s’agit d’un phénomène climatique extrême qui résulte des changements que la planète connaît depuis quelques années. Il y a 15 ans, les experts ont averti que l’Egypte, surtout Alexandrie, serait touchée par les changements climatiques et les phénomènes climatiques extrêmes. Un avertissement qui n’a pas été pris en compte par les responsables. Selon Magdi Allam, secrétaire général de l’Union des experts arabes de l’environnement, les scientifiques avaient estimé il y a quelques années que les effets « extrêmes » des changements climatiques ne se manifesteraient qu’au bout d’une cinquantaine d’années. « Mais nous avons vu apparaître ces phénomènes au cours des 10 dernières années, et leur intensité a été telle que les pouvoirs publics ont été parfois dans l’incapacité d’agir », explique Allam. Ce fut notamment le cas à Alexandrie. La ville a été entièrement paralysée par les pluies diluviennes. Tandis que certains dénoncent la négligence des pouvoirs publics, d’autres soulignent le caractère « anormal » et « inattendu » de ces pluies. Le général Yousri Henri, président de la Compagnie du drainage sanitaire à Alexandrie, a déclaré à la presse que « les eaux qui se sont déversées étaient d’une quantité telle que les réseaux d’égouts n’ont pas pu les assimiler ».

Les phénomènes climatiques extrêmes sont dangereux pour trois raisons : « Ils surviennent de manière impromptue généralement hors des saisons dans lesquelles ils sont attendus, ils sont d’une grande intensité, et ils gagnent en intensité d’une année à l’autre. Ainsi, l’ouragan, dont la vitesse était de 100 km il y a 10 ans, peut aujourd’hui atteindre une vitesse de 375 km/h », explique Magdi Allam.

Le tsunami de Fukushima, qui avait frappé le Japon, il y a quelques années, était un signal d’alarme pour le monde entier. La crise provoquée par les pluies torrentielles à Alexandrie montre les limites de la gestion des crises en Egypte. Et certains appellent à des mesures concrètes pour limiter les dangers dus au climat tant à Alexandrie que dans d’autres villes côtières. « L’Egypte a lancé en 2005 un projet pour la gestion des catastrophes, mais visiblement, ce projet ne s’est jamais concrétisé », raconte Mohamad Fawzi, ancien président du secteur de la gestion des crises relevant du Conseil des ministres.

« Une chose est sûre, un phénomène climatique extrême a frappé Alexandrie, on ne peut rien y changer. On doit à présent préparer l’infrastructure de manière à assimiler des quantités supplémentaires de pluies et mettre en place un système d’alerte précoce tout en consacrant, dans le budget, des sommes à l’entretien du réseau d’égouts », conclut Magdi Allam.

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