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Hassan Nafea: « J’invite le président Morsi à prendre en compte nos propositions pour sauver ce qui reste du pays »

Propos recueillis par Chaïmaa Abdel-Hamid, Lundi, 24 décembre 2012

3 Questions au politologue Hassan Nafea, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, affirme que la scène politique ne connaîtra le calme que si le parti en place cesse de confisquer par la force tous les pouvoirs.

Hasan
Hassan Nafea

Al-Ahram Hebdo : Le « oui » l’emporte sur la Constitution. A quels scénarios devons-nous nous attendre dans la période à venir ?

Hassan Nafea : Il est fort probable que l’approbation de cette Constitution ne fasse qu’aggraver les choses. L’ensemble du processus est gravement entaché d’irrégularités et de malversations qui accentuent la division entre les citoyens. Si le gouvernement et le parti au pouvoir insistent sur la mise en application de cette Constitution rejetée par plus de la moitié du peuple, entre ceux qui ont dit non et ceux qui ont boycotté, et refusent de les prendre en compte, les choses ne vont sûrement pas se calmer et nous irons de crise en crise.

A commencer par le Conseil consultatif, auquel doit être transféré le pouvoir législatif jusqu’à l’élection d’un nouveau Parlement. Chaque loi qui y sera adoptée malgré le peuple et contre la liberté du peuple ne fera que provoquer plus d’affrontements et la colère de la rue. On s’attend tout particulièrement à ce scénario, puisque cette Chambre est élue selon l’ancien système. Y ajouter ou élire 90 nouveaux noms ne changera rien. Elle travaillera pour le parti au pouvoir. Il n’y a donc aucune différence entre ce nouveau Conseil consultatif et celui qui l’a précédé.

De plus, si on se retrouve dans trois mois, comme stipulé dans la nouvelle Constitution, avec de nouvelles élections parlementaires alors que l’opinion publique est complètement divisée, la crise politique deviendra incontrôlable. Il faut absolument tenter de trouver une issue à cette crise avant qu’elle ne dégénère. Ce ne sont pas les solutions qui manquent.

— Pensez-vous que l’opposition qui se trouve actuellement sur la scène politique, et rassemblée dans le Front du salut national, puisse faire face à tous ces défis ?

— Bien sûr que oui. Le Front a d’ailleurs déclaré dans son communiqué qu’il prendrait des positions fermes que possible et ne se laisserait pas faire. Le conflit sur le passage en force de la Constitution n’est pas la fin. Au contraire, c’est un point de départ. Cela a donné à cette opposition cette force qu’elle a actuellement dans la rue et qui se lit dans les résultats de ce référendum. Mais la mission ici n’est pas celle de l’opposition seule, c’est surtout celle du régime. Et c’est au parti au pouvoir de ramener le calme dans ce pays. S’il le veut. Il faut qu’il sache que son entêtement contre ces forces en opposition ne mènera à rien. Quant à l’opposition, je crois qu’il est temps qu’elle commence à se rassembler et qu’elle invite toutes ces forces populaires à rejoindre les nombreux partis officiels. Elle sera plus forte et coordonnera mieux ses actions.

— Vous avez parlé d’issues, lesquelles ?

— J’invite le président Morsi à écouter ces propositions pour sauver ce qui reste du pays. D’abord, je lui propose de considérer la partie restante de son mandat, qui doit s’achever en 2016, comme une période transitoire complémentaire. Elle devra être dirigée par un conseil de salut national, avec à sa tête le président lui-même. Celui-ci se chargerait principalement de la sécurité et des affaires internationales et partagerait les pouvoirs exécutifs avec un gouvernement d’union nationale. Ce gouvernement se chargerait de toutes les autres affaires de l’Etat et de la société civile. Ensuite, je propose de publier une nouvelle déclaration constitutionnelle. Elle définirait les objectifs de la période à venir, les relations entre les différents pouvoirs, et annoncerait la tenue de nouvelles élections présidentielles et parlementaires dans les premiers 6 mois de l’an 2016. En outre, l’ensemble des partis et des diverses forces politiques devrait former un comité constitué de leurs têtes de file, pour discuter du conflit sur la Constitution et parvenir à un accord à partir duquel serait rédigé un nouveau texte constitutionnel. Durant cette période, aucune élection ne devrait avoir lieu. Je crois que si ces étapes sont prises en compte, le pays pourra sortir sans trop de dégâts de cette crise.

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