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Shehata Al-Meqqades : Je suis éboueur, fils d’éboueur et c’est un honneur !

Hana Afifi, Mardi, 19 mai 2015

Entretien avec Shehata Al-Meqqades, président du syndicat des Eboueurs, qui a réagi aux déclarations du ministre démissionnaire de la Justice.

Shehata Al-Meqqades
Shehata Al-Meqqades, président du syndicat des Eboueurs.

Al-Ahram Hebdo : Vous avez immédiatement réagi contre les déclarations du ministre de la Justice. Les avez-vous perçues comme attaque personnelle ?

Shehata Al-Meqqades : Ce n’est pas la première fois qu’on nous insulte. Il y a quelques mois, le ministre adjoint de la Justice a répon­du au journaliste Magdi Al-Galad qui lui a posé une question sur la classe moyenne. Il a donné une réponse cruelle sur les éboueurs. Quant aux propos du ministre de la Justice, je n’étais pas au courant au début. J’étais dans ma maison à l’entrée du quartier des éboueurs. J’ai entendu un bruit, c’était chaotique, les éboueurs hurlaient. J’ai ouvert la porte et ils m’ont dit : « Tu nous laisses comme ça et nous t’avions élu ? ». Ils m’ont montré ce qu’a dit le ministre. Bien sûr c’était une blessure, une blessure profonde.

— Vous avez répondu au ministre : « Mon fils est plus brave que votre fils, et je collecte vos ordures ». Que voulez-vous dire par cette déclara­tion ?

— J’ai parlé au journal Al-Youm Al-Sabie et je leur ai dit que je voulais réagir aux déclarations du ministre de la Justice. Et j’ai dit : « Mon fils est plus brave que votre fils, et je collecte vos ordures ». Et cela comporte beau­coup de significations que je ne vais pas expliciter. Beaucoup de figures publiques m’ont soutenu. J’ai ensuite répondu au ministre sur la même chaîne et dans le même studio : « Monsieur le ministre, dans les deux révolutions qui ont pris place, celle du 25 janvier et celle du 30 juin, les demandes princi­pales étaient, pain, liberté et justice sociale ». En ce qui est pour la liberté, tout le monde s’exprime, on est libre. Pour le pain, dans une certaine limite, merci Dieu, le président travaille avec le gouvernement de Mahlab à travers des accords, en bénéficiant à l’économie, comme la conférence éco­nomique. Mais pour la jus­tice sociale, je ne peux pas mentir, elle n’est pas pré­sente, non seulement dans la justice, mais dans tous les secteurs et les institutions de l’Etat.

Dans le secteur du pétrole, par exemple, le président du secteur emploie son fils et ses cousins. Dans le secteur de l’électricité, c’est la même chose. A l’université, les pro­fesseurs adjoints sont les fils des professeurs. Même chose chez les médecins, les ministres, les procu­reurs ou les juges. On est toujours dans l’ère d’avant 1952 avec le féo­dalisme et les pachas qui sont édu­qués et les fils de fellahs qui ne le sont pas. Le président a tous les pouvoirs. Je fais appel à lui, comme représen­tant non pas des éboueurs, mais des tranches moyennes et pauvres. La Constitution stipule que l’on est tous égaux.

— Mais cette perception des éboueurs est-elle plutôt une ques­tion sociale ?

— Il y a des gens qui respectent les éboueurs et pensent que c’est une profession respec­table, que c’est un métier qui n’est pas moins impor­tant que celui du médecin ou de l’ingénieur. Mais d’autres ne le respectent pas. Je blâme la société. Par exemple, quand un conduc­teur gêne un autre, il l’in­sulte en l’appelant « pou­bellier ». Ce qui ne signifie rien. Nous sommes des net­toyeurs et non des « poubel­liers ». Et imaginez-vous, ceux qui ne comprennent pas la valeur des éboueurs, ce que vous seriez sans eux. Je le dis ouvertement : je suis un éboueur, fils d’éboueur et c’est un honneur.

— Vous dites que vous classez les gens selon leurs ordures. Comment ?

— Si dans vos ordures il y a des cigarettes Marlboro, une bouteille de whiskey, un parfum cher, une car­casse de dinde … vous êtes riche. Les ordures d’un homme pauvre contien­nent plutôt des cigarettes Cléopatra, pas de dinde mais des os de poulet. Et d’une pomme il ne restera que les pépins. Ce genre de choses permet de comprendre si vous êtes en haut ou en bas de la classe sociale.

— Combien de personnes tra­vaillent comme éboueurs en Egypte ?

— Il y a 3 millions d’éboueurs qui transportent, collectent et recyclent les ordures en Egypte. Un million d’entre eux se trouvent au Grand Caire (Le Caire, Guiza et Qalioubiya). Chaque tonne d’ordures permet de faire travailler 7 éboueurs. 12 000 tonnes d’ordures sont collectées au Caire chaque jour. Que Dieu soit avec les éboueurs et les protège contre l’injustice !

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