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Twitter, un outil anti-discrimination

Hana Afifi, Mardi, 19 mai 2015

Des milliers d’utilisateurs Twitter ont lancé une campagne exigeant la démission du ministre de la Justice pour ses propos discriminatoires. Objectif atteint.

Ministre de la Justice
Le ministre de la Justice, Mahfouz Saber, a dû démissionner suite à la vaste campagne contre ses propos.

Les utilisateurs des réseaux sociaux, surtout Twitter, ont fait connaître leur colère après les déclarations du ministre démissionnaire de la Justice, Mahfouz Saber. Celui-ci avait affirmé que les fils d’éboueurs « ne peuvent pas être juges ».

Les réseaux ont perçu ces commentaires comme racistes, avant de lancer le hashtag : « licenciez le ministre de la Justice ». Un jour plus tard, ce dernier a remis sa démission. Jusqu’au 13 mai, près de 6 000 utilisa­teurs de Twitter ont utilisé ce hashtag et diffusé 15 700 tweets, selon les chiffres du site d’analyse de données des réseaux sociaux « Topsy ».

Le hashtag « licenciez le ministre de la Justice » a été l’un des « Trending Topics » (TT) de Twitter. Un exemple de tweet utilisant ce hashtag est celui de Gamal Eid, avo­cat et activiste des droits de l’homme : « Je suis sûr qu’il y a un ministre, et je suis sûr qu’il n’y a pas de justice. #licenciez_le_ministre_de_la_justice », a-t-il dit le 10 mai. Le tweet a reçu 59 retweets et a été mis en favori par 50 personnes.

Assad Taha, fameux journa­liste de télé est l’un des utili­sateurs de Twitter ayant utili­sé le plus ce hashtag, selon le moteur d’analyse de Twitter « Keyhole ». Il a écrit sur son compte Twitter : « Monsieur l’éboueur, oui vos mains sont pures ». Le tweet a été retweeté 103 fois et mis en favori 76 fois. L’utilisateur @ElGabarty2013 — l’un de ceux ayant le plus tweeté d’après le moteur d’analyse « Keyhole » — a précisé que l’utilisateur @mar3e avait initié le hashtag. Ce dernier a écrit le 10 mai : « Les partis politiques égyptiens de toutes tendances doivent annoncer leur refus des déclarations racistes et sectaires du ministre de la Justice et doi­vent demander son licencie­ment ».

Pas la raison principale

Les analystes s’accordent à dire que les médias sociaux, surtout Twitter, ont contribué au départ du ministre, mais que ce n’est pas la raison principale. Rasha Abdulla, professeur de journalisme à l’Université américaine du Caire, auteur du rapport inti­tulé « Mapping Social Media » (cartographie des médias sociaux) — publié par Open Media Foundations, une organisation non gouver­nementale qui propose des outils technologiques pour l’utilisation des médias — , affirme : « Je serai très pru­dente en attribuant la démis­sion du ministre aux réseaux sociaux », avouant pourtant qu’ils ont joué un rôle. Elle pense que la déclaration était très embarrassante, surtout si elle provient d’un ministre de la Justice supposé veiller à ce que tout le monde soit traité de manière égale.

Ainsi, il fallait qu’il démis­sionne. « La déclaration était scandaleuse, à un tel point qu’il était impossible de la soutenir », dit-elle.

L’expert en réseaux sociaux, Tareq Amr, explique, quant à lui, que ces dernières années de nombreuses déclarations politiques ont fait l’objet de controverses et créé une pola­risation de la société. « Cette fois, la majorité ne pouvait que voir l’immoralité de la déclaration et elle l’a dénon­cée indépendamment des positions politiques ».

Il explique pourtant que si les réactions aux déclarations ont commencé sur les réseaux, elles ont donc été un stimu­lant de l’opinion publique.

Les réseaux jouent-ils alors encore un rôle déterminant dans le changement politique comme lors de la révolution en 2011 ? Abdulla répond : « Il faut admettre que ce rôle diminue et change selon les circonstances ». Elle appelle 2010 et 2011 « l’âge d’or » des réseaux sociaux en Egypte en raison des restric­tions actuelles sur la liberté d’expression.

Amr pense que les réseaux perdent en efficacité avec la polarisation politique, car les discussions se transforment en accusations personnelles et la majorité suit ceux qui par­tagent les mêmes points de vue. Il lance : « En ce moment, la majorité des dis­cussions sur les réseaux sociaux traduisent cet envi­ronnement très polarisé ».

Les articles sur la justice sociale dans la Constitution

Article 8

La société est basée sur la solidarité sociale. L’Etat s’engage à réaliser la justice sociale, fournissant les moyens de parvenir à une solidarité sociale qui garantit une vie décente à tous les citoyens, de la manière prévue par la loi.

Article 9

L’Etat garantit l’égalité des chances entre tous les citoyens, sans discrimination.

Article 11

L’Etat s’engage à réaliser l’égalité entre femmes et hommes dans tous les droits civils, politiques, écono­miques, sociaux et culturels, conformément aux condi­tions prévues par la Constitution.

L’Etat prend les mesures permettant une représenta­tion adéquate des femmes dans les fonctions électives, tel que prévu par la loi, et garantit aux femmes le droit d’occuper des postes-clés dans la fonction publique et la haute administration de l’Etat, de même que le recrute­ment dans les commissions et les organismes judiciaires, sans discrimination à leur encontre. L’Etat assure la pro­tection des femmes contre toutes les formes de violence et les mesures permettant aux femmes de concilier les obligations familiales et les exigences du travail.

L’Etat assure également le soin et la protection de la maternité, de l’enfance, des femmes chefs de ménage, des femmes âgées et des femmes les plus démunies.

Article 14

Les postes de la fonction publique sont un droit ouvert aux citoyens selon le critère de la compétence, sans favoritisme ni intercession. Ceux qui en ont la charge s’engagent au service du peuple ; l’Etat garantit leurs droits, les protège et veille aux conditions d’exercice de leurs fonctions servant les intérêts du peuple. Ils ne peu­vent être licenciés sauf par procédure disciplinaire, à l’exception des cas déterminés par la loi.

Article 53

Les citoyens sont égaux devant la loi, ils ont les mêmes droits et devoirs, sans discriminations fondées sur la religion, la croyance, le sexe, l’origine, la race, la couleur, la langue, le handicap, la classe sociale, l’appartenance poli­tique ou géographique, ou pour toute autre raison. La discrimination et l’incitation à la haine sont des crimes punis par la loi. L’Etat doit prendre toutes les mesures nécessaires pour éliminer toutes les formes de discrimi­nation, et la loi réglemente la création d’une commission indépendante à cet effet.

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